Quand le quotidien se vivait au rythme de l’année liturgique

Aujourd’hui 25 novembre, c’est le dernier dimanche de l’année liturgique. Le « thanksgiving », le « black Friday »? Jadis on ne connaissait pas ça. Comme je l’ai écrit déjà, nous commencions le mois de novembre par la fête de tous les saints, le 1er et le lendemain, c’était le « jour des morts ».  Ce n’était pas vraiment le temps de danser des rigodons!

Le 25 novembre, c’était d’abord la fête de sainte Catherine, qui pour nous était surtout la fête des « vieilles filles ».  Quel rapport avec Catherine d’Alexandrie qui fut décapitée à cause de sa foi au Xe siècle? Je ne saurais vous le dire. Je me souviens que le Cercle des Fermières fêtait la Sainte-Catherine, avec l’inévitable tire à la mélasse, en souvenir de Marguerite Bourgeois qui, paraît-il, utilisait ce stratagème pour amadouer les jeunes amérindiennes. Albert Larieu, un français venu vivre au Québec de 1917 à 1922 et qu’on appelait le « chantre des us et coutumes », a écrit une chanson intitulée La Tire qu’on retrouve dans un des cahiers de La Bonne Chanson. Quand j’étais étudiante et que le 25 novembre était un jour de classe, mère Saint-Fortunat, la cuisinière du couvent, faisait aussi pour cette occasion la délicieuse tire qu’on étirait tant et plus et qui nous collait aux doigts. Mais quel délice!

Quand, comme aujourd’hui, le 25 novembre tombe un dimanche, on oublie un peu Catherine et on fête le Christ-Roi. Les paroles du psaume de ce jour disent ainsi : « Le Seigneur est roi, il s’est vêtu de magnificence… La terre tient bon, inébranlable. Dès l’origine, ton trône tient bon ». À la fin de la messe, aujourd’hui, nous avons chanté le beau vieux cantique en latin Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat. De plus, tout au long de cette dernière semaine de l’année liturgique, les lectures de l’Apocalypse de saint Jean nous font réfléchir à notre fin dernière. Quand l’apôtre Jean raconte ce qu’il a vu et entendu, ça m’amène à penser aux débordements de la nature qui surviennent maintenant dans toutes les zones de notre vieille terre…

Dimanche prochain, le 2 décembre, ce sera donc le premier dimanche de l’Avent. Dans le quotidien, l’avant Noël prend beaucoup plus de place que l’Avent tout court; dans mon enfance, c’était l’inverse! Maintenant, très tôt, on s’affaire aux décorations extérieures. On en profite quand la température est encore clémente et on veut que ce soit plus beau d’année en année!  Et puis, la voisine a ajouté de nouvelles illuminations… il ne faut pas être en reste! Dans ma jeunesse, à la campagne, il n’y avait que les magasins qui arboraient des décorations lumineuses, pas beaucoup, mais c’était invitant! Chez nous, on commençait à peine à mettre une couronne sur la porte de la maison et on trouvait cela bien beau! Évidemment, on ne décorait pas avant les derniers jours précédant Noël. Pour ce qui est du sapin, on allait le couper quelque part dans le bois, vers le 20 décembre et il était décoré dans la soirée du 24 décembre. C’était donc une surprise pour les enfants, quand on nous réveillait pour la messe de minuit… l’arbre de Noël  tout garni, la crèche où on venait de déposer le petit Jésus et les présents étalés sous l’arbre. Quelles merveilleuses images, quels souvenirs impérissables!

L’Avent était un temps de pénitence; que voilà un mot tombé en désuétude! Au couvent, les religieuses nous incitaient à faire de petits sacrifices pour « faire plaisir » au petit Jésus. Je vous ai parlé déjà du calendrier de l’Avent que nous avions fabriqué une année; sur une feuille quadrillée où on avait tracé une crèche, chaque carré correspondait au nombre de jours avant Noël. Quand nous avions bien travaillé, fait nos devoirs et appris nos leçons, nous pouvions colorier les carrés. La notion de mérite était toujours très présente. Maintenant, on achète aux enfants des calendriers de l’Avent, remplis de sucreries, qu’ils dégustent un jour à la fois, alors que dans mon enfance, on nous incitait à nous priver de bonbons durant cette période précédant Noël… autre temps, autres mœurs!

Quand j’étais dans les « petites classes », celles qui étaient situées au troisième étage du couvent, je croyais plus ou moins au Père Noël.  Même si, une année, je lui avais écrit et que j’avais reçu les cadeaux demandés, je n’étais pas certaine… Il y avait bien la fois où je l’avais vu en personne au Magasin de la Compagnie Paquet à Québec, mais il faut croire que le personnage n’était sans doute pas assez convaincant! Comme la plupart des enfants, je faisais une liste de cadeaux, mais à l’époque, nous n’étions jamais assurés de recevoir les présents que nous avions demandés. Il faut dire que la liste de cadeaux, ce n’était pas une commande… c’était seulement la liste de nos espoirs!

Il est vrai de dire que le quotidien se vivait au rythme du calendrier liturgique. Au temps d’hier, toutes les grandes fêtes commençaient par une messe; Noël, avec sa messe de Minuit, le Jour de l’An, où après la grand’messe, Papa nous donnait sa bénédiction. À la fête des Rois, nous avions hâte d’aller voir la crèche après la messe, car on y avait installé les Rois Mages et chaque année, pour nous, c’était nouveau; on avait hâte de les voir! Il y avait bien sûr le gâteau des Rois avec le pois et la fève… mais la joie de cette journée était quelque peu atténuée du fait que papa devait retourner à Montréal, et souvent, l’école recommençait dès le lendemain!

Sauf pour les grandes vacances d’été, nos congés scolaires étaient reliés aux fêtes religieuses. Nous avions aussi congé le jour de notre Confirmation, ainsi que lors de la Communion solennelle. Pour le temps des Fêtes, l’école finissait vers le 21 décembre pour ne recommencer qu’après les Rois, puisqu’il y avait trois fêtes religieuses. Le congé de Pâques, comprenait les jeudi, vendredi et samedi saints, ainsi que le lundi de Pâques.  Les seules fêtes civiles chômées étaient la Fête du Travail – souvent, les classes n’étaient pas encore commencées –, le lundi de Pâques et la Saint-Jean-Baptiste, où les cours étaient terminés. L’Action de Grâces a été instituée au Canada à la fin des années 50.

Nos dimanches et jours de fête se passaient entre le Gloria in excelsis Deo et l’Alleluia pascal!

© Madeleine Genest Bouillé, 26 novembre 2018

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Quand novembre s’installe…

Gâteau aux fruitsQuand novembre s’installe pour de bon, que le soleil commence à se faire « pépère » et qu’il a envie de se coucher vers quatre heures de l’après-midi, c’est le temps de cuisiner le gâteau aux fruits. C’est ainsi que débutent les pâtisseries du temps des Fêtes! Auparavant, je consulte la liste des ingrédients pour voir ce qui manque. Il faut acheter les fruits confits, les noix, le Sherry. Un beau matin, c’est décidé, je m’y mets! Je commence par préparer les moules et tout l’attirail : bols à mélanger, ustensiles. Je mélange les fruits confits et les noix avec le Sherry. Pour l’ambiance, ça prend de la musique de Noël; comme il ne faut quand même pas aller trop vite non plus pour ne pas faire peur à l’hiver, tellement timide au début, je me contente de pièces instrumentales. Après que les fruits eurent macérés assez longtemps dans l’alcool, c’est le moment de « démêler » la pâte. Ce qui veut dire en réalité, la « mêler ». Les termes culinaires ont de ces caprices! Encore quelques petits airs de circonstance… Et on fait cuire le gâteau lentement, à four pas trop chaud. Que ça sent bon! Quand il y a dehors une petite couche de neige, c’est le bonheur total! Mais cette année, pas chanceuse, il n’y a pas un brin de neige, ici près du fleuve.

127S’il y a une chose que j’aime en novembre, c’est bien la confection du gâteau aux fruits! L’odeur de cuisson du gâteau, au son de la musique, c’est comme l’ouverture officielle de ce temps « d’avant Noël » que j’aime presque autant que les fêtes mêmes. Quand mon gâteau est cuit, refroidi, emballé et rangé dans sa boîte de métal, je peux me permettre de faire l’inventaire des décorations. Elles sont rangées dans des contenants étiquetés. Je vérifie chaque contenant et si je n’ai pas éliminé les éléments fanés ou brisés, après les dernières Fêtes, soit par paresse ou parce que je ne m’en sentais pas le goût, je fais le tri et je garde seulement ce qui est encore utilisable. Alors je note ce qu’il faudra remplacer. Mais, je ne sais pas pourquoi ni comment, il se trouve toujours un élément qui n’est pas dans la bonne boîte, soit qu’on avait oublié de l’enlever et qu’on l’a rangé plus tard dans le premier contenant du bord, ou encore, c’était la fin de la corvée et on avait plus envie de chercher la boite où cette chose incongrue était supposée aller se cacher pour les douze prochains mois. Pas grave? Non, sauf quand je serai rendue à accrocher justement cette foutue babiole et que je devrai passer un temps fou à la chercher! Mais c’est comme ça chaque année ou presque.

Good HousekeepingPetit à petit, à mesure que les jours raccourcissent, je me permets un peu plus souvent de faire jouer la musique d’ambiance, surtout quand je consulte mes magazines de Noël, dont j’ai une assez bonne collection, laquelle date des années 80 jusqu’à aujourd’hui. Des revues américaines surtout, Good Housekeeping, Family Circle, ou Victoria, parce que ces magazines sont abondamment décorés! On y trouve tout plein d’idées et de recettes pour le temps des Fêtes. Je n’aime pas tout, mais je pige des idées ici et là et surtout j’aime parcourir ces revues, qui me rappellent les modes de ces années déjà lointaines. Je revois des détails que j’avais oubliés. En écoutant mes chansons préférées j’oublie les boites de décorations qui m’appellent, je me détends et je rêve…

Ainsi s’achève le mois de novembre. On tourne la dernière page du calendrier et cette année, il n’y a toujours pas de neige! Sainte Bénite, que je suis donc pas avancée! C’est la faute de ce « môsusse » de genou. Il va falloir pédaler maintenant. Je commence à poser les décorations à l’intérieur; heureusement, l’homme de la maison se charge des décorations extérieures. Que vienne décembre, on l’attend et on est prêts à le recevoir!

À bientôt pour la suite des choses…

© Madeleine Genest Bouillé, 28 novembre 2015.

Calendrier de l’Avent… ou de l’avant?

6a00d8341c676f53ef00e54f3222668833-640wiOn ne résiste pas à la coutume du « calendrier de l’Avent ». Pour plusieurs, c’est tout ce qui subsiste du temps de l’Avent, tel qu’on le connaissait autrefois, et qui, d’une certaine façon quoiqu’en moins long, ressemblait au Carême. Les temps ont bien changé! Maintenant, dès qu’on a un enfant assez grand pour compter au moins jusqu’à 25, on achète le traditionnel calendrier de l’Avent. Il s’agit souvent d’un coffret en carton dans lequel, du 1er au 25 décembre, on ouvre une petite fenêtre pour découvrir un chocolat. Un chocolat! Dans mon enfance, cela aurait été impensable puisqu’on devait se priver de friandises durant cette période. Pour ma part, c’était encore pire puisque mon anniversaire étant le 28 novembre, très souvent ça tombait pendant l’Avent… pas drôle du tout! Pour en revenir au calendrier de l’Avent, il se présente de multiples façons, ainsi ça peut-être un bibelot décoratif pour le temps des Fêtes et qui de plus, est réutilisable. Récemment, j’ai vu une petite maison en céramique à laquelle on doit accrocher un chiffre par jour, soit à la porte ou aux fenêtres. Les fabricants font preuve de beaucoup d’imagination : il faut vendre le produit! Le but recherché étant de faire patienter les enfants jusqu’à Noël. Mais, une chose est certaine, ces objets sont des calendriers « d’avant Noël », donc rien de commun avec les calendriers « de l’Avent » que j’ai connus étant jeune.

Quand j’étais étudiante au couvent, je ne me souviens pas en quelle année, notre professeur, une religieuse, nous avait fait fabriquer notre calendrier de l’Avent. Vous comprendrez qu’il était très différent de ceux qu’on trouve aujourd’hui! Ce travail était exécuté durant le cours de religion étant donné que la fête de Noël est d’abord une fête chrétienne, pour laquelle autrefois, on se préparait en conséquence! Le lundi de la première semaine de l’Avent, au cours de catéchisme donc, on bâtissait notre calendrier. Sur une feuille quadrillée, nous devions tracer la forme d’une grotte ou d’une cabane, dans laquelle, lors d’un des derniers jours de classe avant Noël, nous placerions Marie, Joseph et le petit Jésus, couché dans sa crèche.

ATT00007Ça peut sembler simple… mais le niveau de difficulté était quand même assez élevé. Il fallait construire une crèche. Chacun des carrés représentait une pierre de la grotte ou de la cabane qui abriterait la sainte famille. Chaque jour, pour avoir le droit de colorier les carrés, nous devions la veille avoir « passé une bonne journée », c’est-à-dire avoir su nos leçons, fait nos devoirs et avoir été sage en classe. Si je me souviens bien, on devait aussi remplir les carrés des dimanches et des jours de congé, à la maison. Mais sur le ce point, même si on avait oublié le calendrier dans le pupitre, ou qu’il était demeuré dans le sac d’école, à ma souvenance on coloriait les carrés sans se poser de question. Les bâtisseurs ne doivent surtout pas « s’enfarger dans les fleurs du tapis »!

Calendrier Avent Julie Vachon

Calendrier de l’Avent confectionné par une artisane de la région, avec les petites douceurs de Julie Vachon, la chocolatière du village.

Notre professeur était tout de même assez magnanime, elle avait compris que pas un élève ne voulait arriver aux vacances de Noël avec une crèche à moitié construite. Surtout que ce calendrier dûment rempli, avec les personnages préalablement découpés dans des revues ou des images et collés chacun à sa place, était joint à notre bulletin de décembre avec l’inévitable lettre aux parents pour le Jour de l’An. La lettre du Jour de l’An, parlons-en! Nous avions un modèle auquel nous devions nous conformer, composé dans un style cérémonieux où, de plus, nous disions « vous » à nos parents, ce qui n’était pas d’usage chez nous. Ce texte ne me ressemblait pas du tout! J’aurais tellement préféré qu’on nous laisse rédiger notre lettre avec nos mots. Mais comme j’étais trop gênée pour dire mon opinion… je faisais comme les autres et je copiais la fameuse lettre qui ne variait guère d’une année à l’autre!

Pour revenir au calendrier de l’Avent, je ne me souviens pas qu’on ait fait ce travail plusieurs années. Ce dont je suis certaine par contre, c’est que finalement, tous les élèves de la classe sont arrivés à la fête de Noël avec une crèche plus ou moins bien dessinée – nous n’étions pas tous des artistes – mais à laquelle il ne manquait pas une pierre! Je revois encore mon calendrier; je l’avais collé sur une feuille bleu foncé et j’avais décoré le faîte de ma grotte d’une étoile dorée avec des rayons qui descendaient jusque sur la tête de l’Enfant-Jésus… j’étais bien fière de mon travail. Ça, c’était vraiment un « calendrier de l’Avent »!

© Madeleine Genest Bouillé, novembre 2015