Patience et longueur de temps

« Patience et longueur de temps font plus que force et que rage. » Quand nous étions enfants, l’avons-nous assez entendu, cette maxime du temps passé! La patience n’étant pas l’apanage de la jeunesse, on se faisait régulièrement sermonner par les adultes, surtout les personnes plus âgées, lesquelles avaient eu toute leur vie pour apprendre et pratiquer la patience. Une bonne dame de ma connaissance avait une bien belle expression pour nous conseiller cette vertu, elle disait : « Prends vent! Tu vas durer plus longtemps! » Cette hâte qui nous porte à courir vers demain ne peut que nous empêcher de profiter du moment présent. On gâche ainsi des heures précieuses qui ne reviendront pas!

Le départ des glaces… (Photo: Jacques Bouillé)

On dit que la patience, c’est l’art d’espérer. Dans un précédent Grain de sel, j’ai écrit que « l’automne est saison d’espérance ». Je dirais donc que si l’automne nous parle d’espérance, le printemps, pour sa part, nous incite à la patience. Dans son livre Andante, écrit en 1944, Félix Leclerc parle du début du printemps qu’il nomme « Les matins noirs ». Il écrit ceci : « Ces sortes de matins d’avril où on dirait que la nuit continue, qu’il n’y aura pas de lever. Et il pleut, et la neige fond; il y a de l’eau partout! » Il faut avoir l’espérance bien accrochée pour croire que tout ce paysage sale et boueux va devenir vert et fleuri, que ces arbres aux longs bras décharnés vont se couvrir d’un épais feuillage. Le pire, c’est quand, comme cette année, on a un hiver tout croche. En février, on se croyait au printemps et maintenant, au milieu de mars, la froidure reprend « du poil de la bête » et on n’a jamais eu autant de neige que depuis le 15 mars! Mais enfin, les glaces sont parties et si les oies tardent un peu, c’est sûrement à cause du froid; ça se comprend! Bientôt nous en serons au temps des sucres, la première fête du printemps! Mais si vous avez déjà assisté au processus de transformation de l’eau d’érable en sirop, ensuite en tire, et enfin en sucre, vous n’ignorez pas que ça prend une bonne dose de patience pour faire tout ce travail… « patience et longueur de temps », on n’y échappe pas!

Photo: Jacques Bouillé.

Après le temps des sucres, on n’en est encore qu’au tout début du printemps. Les bourgeons commencent à poindre. Des buttes de neige sale s’élèvent encore aux endroits moins ensoleillés. Pour passer le temps, qui passe de toute façon, disons donc plutôt « pour occuper le temps », on peut toujours visiter les quincailleries et les centres jardins, qui nous offrent déjà tout ce dont nous aurons besoin bientôt, très bientôt! Des outils au mobilier de parterre ou de patio, en passant par les graines de semences de fleurs et de légumes, tout contribue à nous aider à patienter en attendant le vrai printemps.

La renaissance de la nature, c’est long, et c’est parfois difficile. En avril il n’est pas rare de passer quelques jours d’affilée à frôler le zéro, même si le temps d’ensoleillement allonge chaque jour. Notre patience est très limitée, nous ne sommes après tout que des humains! On a tellement hâte de ranger les vêtements et tous les accessoires qui rappellent l’hiver. On résiste difficilement à l’envie de porter la petite veste légère qu’on vient d’acheter… Mais il est préférable d’attendre! Un autre dicton dit aussi: « En avril ne te découvre pas d’un fil! », et c’est vraiment mieux de prendre ça au sérieux. On n’a pas de temps à perdre avec un rhume de printemps.  Ce sont souvent les pires.

Enfin, on arrive au mois de mai! S’il est un mois qui a été chanté sur tous les tons et de toutes les manières, c’est bien celui-ci.  De l’Hymne au printemps de Félix Leclerc, au vieux cantique de notre enfance C’est le mois de Marie, en passant par Le temps du muguet ou C’est dans le mois de mai, vous connaissez certainement aussi bien que moi plusieurs chansons qui célèbrent ce si joli mois. Quand il fait beau au mois de mai, on oublie les rigueurs de l’hiver, la noirceur des jours de pluie; comme la nature on reprend vie… tant il est vrai que le beau printemps, celui de l’herbe vert tendre et des arbres en fleurs, c’est bien ce dernier mois avant l’été! N’est-ce pas que ça valait la peine de patienter!

La rue Saint-Antoine en mai, vue du clocher de l’église (photo: Jacques Bouillé).

Je termine avec cette prière que j’ai trouvée par hasard un jour où je devais en avoir grand besoin : « Seigneur aide-moi à apprendre et à aimer la patience. Lorsque je suis tendue par toutes les choses qui me préoccupent, arrête mes pas et tranquillise mes pensées. Donne-moi le courage de supporter les contrariétés qui m’assaillent. Je sais que lorsque je suis impatiente avec les autres, c’est avec Toi que je le suis, Seigneur. Enseigne-moi la patience, enseigne-moi la sérénité, enseigne-moi la paix.  Amen »

© Madeleine Genest Bouillé, 17 mars 2017

Il était une fois des gens heureux

Vous connaissez sûrement cette chanson Il était une fois des gens heureux. Ça raconte l’histoire des gens qui ont vécu avant nous dans ce pays, ceux qui nous ont fait ce que nous sommes, qui nous ont légué tout ce qu’ils avaient et tout ce qu’ils savaient. Des gens heureux… du moins c’est ce qu’il nous semble, quand on regarde les albums de photos. C’est l’une de mes chansons préférées. Elle est de Stéphane Venne, un de nos meilleurs auteurs. Je vous livre la réflexion que cette chanson m’a inspirée.

« C’était en des temps plus silencieux… » Il n’y avait pas cette foule d’appareils électriques qui fonctionnent tous en même temps dans la maison, avec la télévision toujours présente, même quand personne ne l’écoute,  et ces tablettes et ces téléphones intelligents qui mobilisent l’attention, tellement qu’on ne se parle plus! La radio jouait en sourdine, on augmentait le son seulement pour les programmes qu’on écoutait religieusement : les romans-fleuve, les nouvelles, et le soir, le chapelet en famille, puis le samedi, la soirée du hockey. Quand les programmes étaient terminés, on tournait le bouton. Le silence avait du prix et il mettait en valeur les conversations des gens de la maison. On avait le temps de se regarder, de se parler. Autour de la table, à l’heure du repas du soir, on se racontait sa journée. Les enfants manifestaient leur présence en faisant semblant de se chamailler; si le ton montait, on les réprimandait un peu, pour la forme. « Parlez à ceux qui s’en souviennent… »

 « Ils disaient toutes choses avec leurs yeux si pleins de confiance… » Dans la famille, on se faisait confiance. Les explications duraient moins longtemps, il n’était pas nécessaire d’en dire trop. D’un regard on se comprenait. Chacun faisait son métier : le père gagnait le pain de la maisonnée, certaines décisions lui revenaient de droit. La mère, eh bien, c’était la mère, le cœur de la famille et c’était elle qui avait en définitive, le dernier mot. Elle disait au père : « Tu as bien fait », ou « C’est une bonne idée ». Ils étaient d’accord; sinon elle disait seulement : « On en reparlera ». C’était aussi à elle que les enfants se confiaient, souvent à demi-mot.

« Tout était si simple et merveilleux… » On se fréquentait entre voisins sans cérémonie : « Assoyez-vous donc… Vous prendrez bien une tasse de thé? » Et on se racontait les nouvelles de la paroisse.  On ne s’inquiétait pas tellement de ce qui se passait ailleurs dans le monde… c’était si loin le monde! Il y avait moins de journaux, donc moins de journalistes pour compliquer les événements et leur donner une ampleur démesurée. Et les nouvelles arrivaient avec beaucoup de retard. On attachait plus d’importance à ce que le curé disait dans son sermon qu’aux boniments des annonceurs de radio!

« C’était quand les mystères pouvaient rester mystérieux… »  Pour les gens de ce temps-là, les mystères, ça faisait partie de la vie. Maintenant on veut tout expliquer, tout décortiquer, tout comprendre. Pourtant il y a des choses qui doivent rester comme elles sont, où elles sont. Une vie sans mystère, c’est comme une longue route trop droite, ça peut devenir ennuyant, endormant même!

« Il était une fois des gens de paix. Puis vinrent les années de vent mauvais… » Elle était pourtant loin, la guerre. Ça se passait de l’autre côté de l’océan. Le gouvernement avait promis qu’on n’enrôlerait personne de force. Seulement les gouvernements, ça dit une chose un jour et parfois, le lendemain, ça dit le contraire.  C’est selon si on est en période d’élection ou non. On est allés cueillir les hommes dans leurs foyers. Certains se sont cachés pour éviter la conscription, d’autres se sont mariés, à toute vitesse, pour l’éviter… quitte à le regretter après.

« À table il y eut des chaises vides, aux yeux vinrent les rides… » La guerre, elle en a fait des ravages! Beaucoup de nos soldats sont tombés sur les champs de bataille en Europe. Après, dans les campagnes et dans les villes, se comptaient maintes familles endeuillées. Et puis, les femmes avaient commencé à travailler à l’extérieur de la maison, dans les usines de guerre. On s’habitue vite à gagner de l’argent! On s’aperçoit qu’on a besoin d’un tas de choses dont on se passait très bien avant. Pour ceux qui étaient revenus de « l’autre bord », comme on disait dans le temps, autant que pour leur famille, la vie n’a plus jamais été la même.

« …il ne resta plus rien de vrai… » Les humains ne changent pas, du moins pour certaines choses. Voilà que maintenant encore, il y a des chaises vides autour de la table, dans les maisons, où des hommes ont choisi d’aller se battre, pour empêcher d’autres hommes de venir chez nous répandre la terreur. Mais la terreur traverse les océans, elle est partout, elle change de costume, de visage… les bons ne sont plus tous bons et on s’aperçoit que les méchants ne sont pas toujours ceux qu’on croit!

« Il ne faut pas chercher à savoir où s’en va le temps.  Il s’en va pareil aux glaces sur le Saint-Laurent… » Comme les glaces, les années passent et se fondent dans l’océan de toutes les vies passées. Il ne faut pas chercher à savoir où s’en va le temps… on doit juste en profiter, l’utiliser le mieux possible, sans le gaspiller.

« On fait toute la vie semblant qu’on va durer toujours. Pareil au fleuve dans son cours… » Vivre d’espoir, c’est la seule façon de vivre heureux. On le sait bien qu’on ne durera pas toujours, mais au fond on espère qu’il restera quelque chose de ce qu’on a été, de ce qu’on a donné, de ce qu’on a vécu. Le fleuve sait lui aussi qu’il s’en va se perdre dans la mer, il n’arrête pourtant pas de couler pour ça!

« Et c’est peut-être rien que pour ça qu’on fait des enfants… » Dans le temps, on se mariait et les enfants venaient tout naturellement, parce que le mariage était fait pour ça. Au commencement, il a bien fallu peupler ce pays si dur à défricher. Les enfants, c’était la main d’œuvre, la relève, la continuité de la famille, de la terre, de la patrie. C’est toujours vrai. Pourquoi préparer un avenir s’il n’y a personne à mettre dedans!

« Il était une fois des gens heureux… » Et c’est en se souvenant de ces gens-là qu’on travaille, qu’on va de l’avant, qu’on aime et qu’on vit en essayant d’être heureux, nous aussi.  Parce qu’aujourd’hui comme hier, malgré tout, « le monde est beau! »

 © Madeleine Genest Bouillé, 5 mars 2017

N.B. Toutes les photographies proviennent de ma collection privée.

 

(Texte paru dans Récits du Bord de l’eau, 2008)

Quand on s’endimanchait…

Jadis le dimanche était un jour de repos… quand même, il n’y avait pas juste Dieu qui avait le droit de se reposer le 7e jour! Tout d’abord, on « s’endimanchait ». Ce qui signifie qu’on sortait nos vêtements « du dimanche ». Cette journée commençait par l’assistance à la messe, et pour cette sortie hebdomadaire, les femmes – des fillettes jusqu’à la grand-mère – portaient leur plus beau chapeau, en paille et garni de fleurs, à partir de Pâques jusqu’à la fin d’août; en velours, pour l’automne et en feutre orné de plumes, pour l’hiver.  Les hommes endossaient leur habit propre, sans oublier la cravate. À ce propos, ma mère avait coutume de dire : « Un bon cheval porte son attelage… un homme doit endurer sa cravate et une femme, son chapeau! » Toutefois, maman assaisonnait parfois les adages à sa manière. Ainsi pour ce dicton, quand j’ai eu envie de faire raccourcir mes cheveux, selon la mode, la fin de la phrase était plutôt : « …une femme doit endurer ses cheveux. »  Allez donc savoir quelle était la version originale!

Demoiselle endimanchée en 1944 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Le samedi, les jeunes filles de la maison avaient la tâche de préparer les vêtements du lendemain. Il s’agissait, entre autres, de repasser les chemises blanches des petits garçons qui  étaient  enfants de chœur aussi bien que celles du père et des frères; il y avait aussi le pressage des habits. Généralement les hommes avaient chacun un habit; dans la plupart des cas, le père qui avait conservé le même tour de taille que dans sa jeunesse, portait encore son habit de noce. Quand ça n’allait plus, l’épouse qui était bonne couturière posait un « rossignol » pour agrandir la taille du pantalon à l’arrière et elle rapprochait les boutons au bord du veston; dans les cas extrêmes, on en achetait un neuf, que monsieur porterait jusqu’à la fin de sa vie! Autrefois, les tissus étaient très résistants, alors souvent, les plus jeunes étaient vêtus d’un habit confectionné par la mère, et qui était cousu dans un costume usagé dont on avait retourné le drap. Dans certaines familles, les filles ne pouvaient sortir le samedi soir, ou recevoir leur prétendant, tant que les vêtements des hommes n’étaient pas tous prêts pour le lendemain!  De même, les cavaliers n’avaient pas d’autre choix que d’attendre que leur promise ait terminé sa tâche. Alors, soit ils prenaient l’habitude d’arriver un peu plus tard, où ils en profitaient pour jaser avec les parents…. pour avoir la fille, il était important de faire la conquête des futurs beaux-parents!

Photo de 1938 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Pour la plupart des familles, en milieu rural, la messe était LA sortie du dimanche! D’abord, il n’était pas question de manquer ce rendez-vous dominical à l’église. Évidemment, il y avait des curés qui faisaient des « sermons à rallonge »; alors quand la température le permettait, certains hommes profitaient de ce moment pour sortir fumer une pipe et jaser de politique ou des travaux de la ferme. Il me revient une boutade racontée par je ne sais plus quel oncle et qui nous faisait bien rire.  Un beau dimanche, un homme entrant à l’église, était tellement absorbé par ce qu’il disait à son voisin, qu’il avait trempé ses doigts dans l’eau bénite en prononçant ces mots: « Si t’avais vue ce cheval :  quatre – belles pattes – bien – blanches! »  Les derniers mots, étant dits en accord avec le signe de croix! Mais trève de plaisanterie, lorsque ces messieurs reprenaient leur place dans le banc familial, ils se faisaient regarder de travers par leur épouse.

La sortie de la messe, c’était en quelque sorte « l’heure des nouvelles »! Les hommes continuaient leurs conversations sérieuses… Les mères se saluaient et parlaient de tout ce qu’elles avaient fait au cours de la semaine, ainsi que des projets pour les prochains jours: « Si la température se maintient, on va aller ramasser les framboises; il paraît qu’elles sont mûres. Les enfants en ont mangé hier en allant au pêcher au ruisseau…» Elles jasaient tout en gardant un œil sur leurs filles qui bavardaient et riaient avec leurs amies, s’exclamant les unes, les autres, sur la robe ou le chapeau neufs. Parfois, une demoiselle s’éloignait du groupe avec un jeune homme… cherchant un peu d’intimité. La mère devait alors s’arranger pour surveiller sans en avoir l’air, et si les tourtereaux semblaient trop près l’un de l’autre, elle envoyait un enfant annoncer que « le père nous attend dans la voiture »! Dès lors, le soupirant qui désirait passer au stade de prétendant devait faire la demande aux parents, afin d’avoir la permission « d’accrocher son fanal les bons soirs».

Jeunes gens en toilettes du dimanche (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Quand on s’endimanchait, surtout durant la belle saison, les dimanches où la température était douce et ensoleillée, c’était chaque fois la fête! Une fête qui débutait sur le perron de l’église et aux abords, une fête gratuite, où toute la paroisse était invitée!

© Madeleine Genest Bouillé, 9 février 2017

 

(Texte original produit pour le bulletin Le Phare de mars 2017)

La vie, c’est comme le gâteau Caramilk

Dans notre famille, à partir de février on entame la saison des anniversaires. Durant sept mois, on en a au moins un ou deux chaque mois. J’aime faire des gâteaux de fête; même si plus souvent qu’autrement, ils ne sont jamais aussi beaux que je le voudrais, mais au moins ils sont bons. Quand mes enfants étaient plus jeunes, chacun avait sa préférence :  gâteau aux ananas pour l’aîné – quand ce n’était pas une tarte aux bleuets! –, gâteau « Forêt Noire » pour le deuxième, le troisième qui fête en juillet avait presque toujours un gâteau décoré de fraises, tandis que notre fille ne fêtait jamais sans un gâteau « rose », au grand désespoir de ses frères qui n’aimaient pas ça du tout!

Un jour, j’ai reçu la recette du fameux « gâteau Caramilk ». Tout un gâteau! La première fois qu’on « embarque » dans cette recette, ça s’appelle : « Tenez bien vos tuques, ça va barder! » Curieusement, j’en ai tiré la réflexion suivante : la vie, c’est comme le gâteau Caramilk!

Le début de la recette est bien simple, comme les années de la petite enfance, dont on ne garde d’ailleurs que peu de souvenirs. Je dois commencer par étaler au fond du moule un mélange de sucre et de cacao en poudre. Seulement ça, c’est facile!

Dans la vie, viennent ensuite les premières années d’école, beaucoup d’apprentissages, mais comme on est enthousiaste! Dans la recette, j’en suis rendue à mélanger les ingrédients comme pour tout gâteau ordinaire. Jusque-là, c’est du travail, soit. Mais si on ne fait pas deux choses à la fois, si on est attentif, qu’on ne placote pas trop (comme à l’école), ça va très bien.

Voici que les choses commencent à se compliquer. Je dois étendre la moitié du mélange de pâte dans le moule. La moitié, c’est peu et ça ne s’étend pas bien, mais tant bien que mal, j’y arrive. Maintenant on me dit d’enfoncer dans la pâte deux tablettes de chocolat Caramilk en morceaux. Ça n’a pas de bon sens, je n’y arriverai jamais. Il y a beaucoup trop de petits carrés! Pour me consoler, j’en mange deux morceaux… ça fera ça de moins à caser. Dans la vie, cette étape-là, c’est quand on est rendu à l’âge de « raison ». On a commencé à connaître les hauts et les bas de la vie d’étudiant. Il y a des journées où, que ce soit au niveau strictement scolaire, ou avec les amis, la famille, on rencontre des difficultés, des déceptions auxquelles on n’est pas habitué: « C’est pas vrai le Père Noël… Les parents et les professeurs n’ont pas toujours raison… On aurait de bien meilleures idées qu’eux parfois, souvent même! »

L’étape suivante, je la comparerais à cette période de la vie où l’on flotte sur un petit nuage rose : la vie est belle, on est en amour, c’est nouveau, ça va durer toujours… du moins on le croit. J’étends sur ma moitié de gâteau la deuxième couche de sucre-cacao.

Finalement, ce n’est pas si difficile que ça cette recette-là. Attendez… c’est maintenant que ça se corse! Il faut étendre le reste de la pâte par-dessus cette deuxième couche de sucre-cacao. Il me semble qu’il ne reste pas assez de pâte; j’ai du mal mesurer la première moitié, ça ne couvrira jamais. Sainte Anne, sainte Catherine, sainte Gudule… c’est qui donc la patronne des cuisinières? Au secours! Bon, après bien des misères, j’y arrive tout de même. J’espère que ça va étendre en cuisant. Oh! Mais c’est pas tout. Il faut encore enfoncer dans la pâte deux autres tablettes Caramilk en morceaux. Quelle idée de fou j’ai eue de vouloir faire ce gâteau de malheur! Je mange encore deux carrés, je les mérite bien. Et puis ça fera ça de moins, je sais plus où les mettre. Enfin voilà, c’est terminé.

L’apparence est très ordinaire, mais attendez que ça cuise. Quel gâteau! Ça lève, c’est superbe et surtout, c’est un pur délice! Les morceaux de Caramilk en fondant, font un marbré caramel-chocolat, un vrai péché! Vous vous demandez quel rapport ça peut avoir avec la vie? La dernière partie de la préparation du gâteau, c’est ce que chacun de nous vivons chaque jour. Ce n’est jamais comme on voudrait : pas assez de ceci, trop de cela.  On s’est trompé quelque part et la vie n’offre pas toujours de « deuxième chance », comme à la télévision. Parfois, les apparences sont trompeuses. On pose des gestes, on prend des décisions, on craint les résultats… ou parfois ceux-ci se font attendre. On crie « Au secours ! »… pas sûr d’être entendu. On essaie de se donner des chances par tous les moyens : on lésine ici, on escamote la vérité là, on fait quelques entourloupettes pas toujours correctes. Ça, ce sont les carrés de chocolat que j’ai subtilisés à la recette, vous voyez! Mais on s’encourage malgré tout, et on va jusqu’au bout, surtout!

Je crois fermement oui, qu’on doit aller jusqu’au bout; appelez cela de la foi, de l’espérance indécrochable ou simplement de la curiosité. Lâcher en cours de route, c’est gaspiller de si bonnes choses et rater un si bon gâteau! Parce que vraiment, la vie est belle et bonne… comme le gâteau Caramilk!

© Madeleine Genest Bouillé, 28 février 2017

(Texte paru pour la première fois dans mon 2e livre, Grains de sel, grains de vie, en 2006).

Soirée de Mardi gras

Vous souvenez-vous du Mardi gras? Évidemment, ça dépend de l’âge que vous avez. Pour ma part, j’ai des souvenirs de cette soirée de veille de Carême qui remontent très loin. Quand j’étais enfant, j’avais hâte d’être une grande personne pour pouvoir m’amuser comme ces jeunes gens qui semblaient avoir un plaisir fou à se déguiser et à aller de maison en maison pour fêter le Mardi gras!

J’ai retrouvé une composition française, rédigée alors que j’étais en onzième année. Pour ceux qui ne le savent pas, c’était l’équivalent du cinquième secondaire. Tout d’abord, dans le haut de la page était inscrit la devise de l’année scolaire en cours : « Ma vie, un service! » Tout un programme! Je ne savais pas à l’époque qu’un jour je ferais partie du Club Lions dont le devise est « Nous servons »…

Le Mardi gras à la campagne, illustration d'Edmond J. Massicotte (source: Bibliothèque et Archives Canada).

Le Mardi gras à la campagne, illustration d’Edmond J. Massicotte (source: Bibliothèque et Archives Canada).

Voici donc, textuellement, ce que j’écrivais en 1957. « C’est le soir du Mardi-Gras »! Vers huit heures, les premiers visiteurs apparaissent au tournant de la route. Quelque temps après, la maison s’emplit déjà de joyeuses salutations et de rires. Les jeunes gens et jeunes filles s’interpellent et essaient de s’identifier dans leurs costumes tous plus bizarres les uns que les autres : ici un diable, plus loin, une chinoise, dans un petit groupe là-bas, un mendiant, une reine égyptienne – peut-être Cléopâtre! – et un Indien. C’est un rassemblement de toutes les nations, de tous les âges et de toutes les classes. L’hôtesse souhaite la bienvenue et propose une danse, la « Boulangère ». Tout le monde acquiesce et les musiciens s’ébranlent. La joie et la musique tourbillonnent avec les couples, sous l’œil bienveillant des aînés. Après la « Boulangère », se succèdent un quadrille et un « Brandy ». On est vraiment gai parce qu’on s’amuse franchement. Les vieux assis un peu à l’écart, ressassent leurs souvenirs : « Te souviens-tu quand on allait veiller chez Untel? Là on avait du plaisir! » Un autre fait écho : « Oui, dans notre temps, on avait du plaisir! » La danse prend fin et on décide de jouer aux cartes. On joue à « la Poule », au « Rummy » ou au « Coeur », suivant les groupes. On s’amuse ferme jusqu’à ce que la maîtresse de maison vienne interrompre les joueurs en leur rappelant que demain, c’est le Mercredi des Cendres et qu’il faut réveillonner avant minuit. »

Étant donné que je n’ai jamais eu beaucoup d’ordre, la première feuille se termine sur ces mots : « La table est dressée dans la grande cuisine dont elle occupe le centre. Une nappe immaculée courre d’un bout à l’autre de la table, recouverte des vingt-deux couverts et des plats appétissants… »  Et ça s’arrête là! J’ai perdu la deuxième feuille.

Ma tante Thérèse et un ami, dans les années 40. Ils avaient interchangé leurs vêtements! (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Ma tante Thérèse et un ami, dans les années 40. Ils avaient interchangé leurs vêtements et elle s’était dessiné une moustache! (Coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Quand j’ai rédigé ce texte, j’ai sûrement brodé quelque peu sur le thème du Mardi gras. J’essayais toujours d’embellir la vérité… croyant que cela me donnerait de meilleures notes. Mais dans mes souvenirs, ce dernier soir avant le Carême, maman nous envoyait nous coucher. Il y avait de l’école le lendemain, qui était le Mercredi des Cendres. Si les plus jeunes s’endormaient, il n’en était pas de même pour nous, les « moyens ». On se dissimulait pas loin de l’escalier, de façon à pouvoir regarder entre les barreaux ces joyeux personnages, lesquels étaient de plus en plus joyeux à mesure que la veillée avançait. Pour ce qui est des costumes, vraiment, les princesses étaient rares, les chinoises et les Indiens aussi. Les joyeux  fêtards  s’habillaient plutôt de vieux vêtements, parfois portés à l’envers, et ils se barbouillaient la figure de fard à joue, de farine ou de cirage à chaussure. Hommes et femmes se confondaient, les uns portant les habits des autres… c’était à qui auraient les costumes les plus bizarres! Pour écrire ma rédaction, je m’étais sans doute inspirée de lectures choisies par notre professeur, et parfois les descriptions d’intérieur de maison ou de vêtements recherchés me faisaient rêver. Lors de la vraie soirée de Mardi gras, la musique et les danses étaient cependant bien réelles, car dans la famille de ma mère, tout le monde jouait de l’un ou l’autre instrument, piano, violon, accordéon; je peux vous garantir que ça dansait et ça chantait! Des chansons à répondre, dont certaines n’étaient pas faites pour les jeunes oreilles… Mais, voilà! On n’y comprenait pas grand-chose, on se demandait même ce que les « veilleux » pouvaient bien trouver de si drôle! Et quand, à la fin de mon texte, j’évoque le goûter de fin de soirée, je m’éloigne vraiment de la réalité. Ma mère, aidée d’une de mes tantes, ne mettait pas la table comme pour un réveillon, elle servait du sucre à la crème, des galettes, du thé et parfois un petit vin maison. Ce qui est bien réel, c’est que les réjouissances devaient cesser un peu avant minuit, car alors on entrait en carême, et ça c’était sérieux!

Soirée de Mardi gras à l'école du village en 1968 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Soirée de Mardi gras à l’école du village en 1968 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

J’avais écrit je ne sais où et quand cette phrase d’une chanson que chantait Nana Mouskouri : « C’est incroyable, la mémoire, comme ça déforme la vue. Ça vous raconte une autre histoire que celle que l’on a vécue ». Plus tard, quand je fus d’âge à m’y amuser, j’ai assisté à des soirées de Mardi-gras. Je n’ai aucun souvenir ni des costumes, ni des jeux ou des danses. Dans ma mémoire, le Mardi gras, c’est ce soir où nous regardions entre les barreaux de l’escalier, évoluer les adultes qui riaient et chantaient, et qui nous faisaient un peu peur tellement ils étaient affreux, avec leurs guenilles et leurs barbouillages. Il n’y a pas à dire, la mémoire, ça nous joue des tours!

© Madeleine Genest Bouillé, 25 février 2017

Si on parlait de l’église… 2e partie

Comme beaucoup de gens ayant atteint un âge vénérable, notre église a connu plusieurs « opérations », des ajouts, des retraits… toujours dans le but d’améliorer le décor et l’utilité de l’édifice. En consultant divers documents, dont celui qui a paru dans le journal communautaire Le Phare en 1978, on apprend qu’en 1893, un orgue a été installé au jubé; il s’agit de l’orgue actuel, un Warren, instrument réputé pour sa solidité et la clarté de son timbre. Cet orgue a été classé en 1965, tout comme l’église et son décor intérieur. En 1894, on procède à la bénédiction des stations du Chemin de la croix; il est à remarquer que le coût de ces tableaux a été payé par les familles, dont on peut encore voir les noms des donateurs sous chacun des tableaux. Et en 1899, on décida d’installer une fournaise… comme on dit souvent « plus ça change, plus c’est pareil »! Réchauffer l’église aura donc toujours été un problème! Enfin, en 1905, plusieurs travaux de rénovation sont exécutés : les dorures de l’intérieur de l’église sont rafraîchies par J.H.A. Marcoux, un artiste peintre. Le sculpteur F.P. Gauvin complète les ornements des médaillons des portes du chœur. Les six verrières sont mises en place et on construit des « bergères » qui prendront place au milieu de l’allée centrale; ces bergères seront enlevées lors des travaux des années 50. Pour terminer cette longue période de travaux, en 1906, le perron de pierre et le grand trottoir sont construits.

Les années 50 marqueront une période de travaux qui, soi-disant pour le mieux, ont quand même changé l’apparence de l’église, à l’intérieur et aussi à l’extérieur. Tout d’abord, on a enlevé les bancs carrés qu’on appelait familièrement les « boîtes à beurre », pour les remplacer par des bancs plus modernes et, il faut bien l’avouer, plus confortables… mais qui, selon certains experts, ne vont pas vraiment avec l’architecture du reste de l’édifice. Dans la même veine, on a enlevé les petits jubés, qui encadraient l’orgue de chaque côté; on accédait à ces jubés, qu’on appelait « le troisième ciel », par un étroit escalier le long du mur arrière de l’orgue. Pour ce qui est du « banc d’œuvre », qui était jadis adossé au mur, en avant de l’allée latérale du côté sud, on l’aurait modifié et teint de la même couleur que les autres bancs, pour ensuite le placer en avant de l’allée centrale, côté sud toujours.

Ancienne carte postale de l'église...

Ancienne carte postale de l’église…

Dans ce même élan de changement, l’autel principal a été amputé de l’étage du haut, qui était constitué de trois niches dont chacune logeait une statue. Quelqu’un a jugé que cet étage était de trop! On avait aussi repeint en gris les six statues qui étaient alors attribuées à L.T. Berlinguet; peut-être qu’on voulait leur donner l’aspect de la pierre, mais vraiment, elles ressemblaient à d’affreux fantômes! Quand on rappelle cette période de gros travaux à l’église, c’est sans contredit, la réfection des clochers, qui fut le plus gros changement. Évidemment, pour ceux qui n’ont pas connu l’aspect de l’église auparavant, il est difficile de comparer. Mais, en 1957, ces clochers ont beaucoup fait jaser! Surtout, que les gens du village ont pu suivre l’évolution des travaux, à commencer par la descente des cloches; on ne les avait jamais vues d’aussi près! Je me souviens quand j’allais au couvent; on s’arrêtait souvent pour regarder les travaux; certaines élèves, parmi les plus grandes, saluaient de leur plus beau sourire les travailleurs, sans aucun doute pour les encourager!…

On ne peut parler de l’église sans s’arrêter aux six statues qui ornent le haut du chœur. Dans une brochure intitulée Les Baillairgé à Deschambault, publiée par le Musée du Québec en 1999, on nous rappelle que, « originellement, le Christ et la Vierge étaient entièrement dorés, tandis que les quatre autres personnages étaient polychromes. Les six statues ont pour la plupart connu trois repeints complets successifs, correspondant à autant de campagnes de rafraîchissements de l’intérieur de l’église (1905, 1956 et 1980) ».

Justement, lors de la réfection de 1980, on a refait la peinture de l’intérieur de l’église, tout en gardant sensiblement les mêmes couleurs, sauf qu’on a enlevé la petite touche de   turquoise qui ornait les médaillons. Ce n’était pourtant qu’un petit détail, mais pour ceux qui ont connu « l’avant », l’après était moins beau. On a aussi repeint (encore!) les six statues, cette fois, dans les mêmes teintes que le reste de l’intérieur de l’église.

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(Source: Musée virtuel de Deschambault, CLDG).

Enfin, en 1999, après une restauration minutieuse qui a duré près de deux ans, nos six statues ont retrouvé leurs socles, de chaque côté du chœur, ainsi que leur auteur : Le Christ et la Vierge sont de Thomas Baillairgé et les autres de François Baillairgé. Vous voulez savoir qui elles représentent? On reconnaît facilement les deux statues dorées, lesquelles figurent le Christ et la Vierge. Identifions maintenant les autres : celui qui porte la tiare du pape, est Saint Grégoire le Grand; le Roi, avec sa couronne et son sceptre, Saint Louis, qui fut roi de France; le prêtre vêtu de sa chasuble, représente Saint Ignace de Loyola et l’autre prêtre, plus sobrement vêtu, avec sa croix, figure Saint François-Xavier.

Notre église est remarquable! Nous devons en être fiers… dans un avenir assez rapproché, elle aura à jouer plusieurs rôles, bien différents de ceux auxquels elle a été habituée. Qu’on le déplore ou qu’on l’approuve, il est à espérer que les rôles qu’on lui attribuera respecteront ce qu’elle a été pour les gens de Deschambault tout au long de ces 180 années.

© Madeleine Genest Bouillé, 19 février 2017

Vue actuelle de l'intérieur de l'église (photo: © Patrick Bouillé).

Vue actuelle de l’intérieur de l’église (photo: © Patrick Bouillé).

Si on parlait de l’église…

Du fleuve ou de la route, on la voit de loin. Telle une forteresse sur le Cap Lauzon, l’église de Deschambault domine le décor environnant depuis 180 ans. À ce sujet, les premières lignes d’un vieux cantique me reviennent en mémoire : « Temple témoin des premiers vœux, et du bonheur de l’innocence, je te dois, image des cieux, les plus beaux jours de mon enfance… »

Qu’on la vénère comme témoin de la foi de nos ancêtres, qu’on l’aime parce que c’est le plus beau joyau de notre patrimoine local, ou qu’on l’admire en tant que monument d’une grande valeur architecturale, recelant plusieurs œuvres d’art, notre église ne peut laisser personne indifférent.

Dans le journal municipal Le Phare de novembre 1978, on avait publié l’histoire de « nos églises », le temple actuel étant le deuxième. Dans l’Histoire, on dit que la première église était orientée vers l’est, légèrement plus au sud que l’église actuelle. Il s’agissait d’une construction de style roman. À l’intérieur on y retrouvait le tableau « La Vision de Saint-Antoine », qu’on peut encore voir dans notre église. De l’histoire de cette première église, on retient surtout ce passage où l’on raconte qu’en 1759, une frégate anglaise qui remontait le fleuve, tira un boulet de canon qui transperça de part en part le mur de l’église, près de la toiture.

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Église Saint-Joseph, avec ses anciens clochers de bois.

En 1833, on élaborait des plans pour la construction d’une nouvelle église.  Il est noté que les matériaux de l’ancienne furent utilisés pour l’édification de la salle publique (Salle des Habitants).  Thomas Baillargé fut désigné pour tracer les plans de la future église.  Le 7 juillet 1835, l’évêque de Québec, Mgr. Joseph Signay, présidait à la bénédiction de la première pierre. Et le 24 décembre 1838, M. le curé François Morin bénissait la nouvelle église.

Ce qui frappe tout d’abord celui qui la voit pour la première fois, ce sont ses dimensions. Pourquoi une église aussi imposante pour un village, somme toute, plutôt petit? À ce propos, il est utile de rappeler que lors de la construction de l’église en 1837, les limites de Deschambault s’étendaient beaucoup plus loin, au nord et au nord-ouest, puisque les paroisses de Saint-Alban, Saint-Gilbert et Saint-Marc-des-Carrières n’étaient pas encore fondées. De plus, à cette époque, tous les paroissiens fréquentaient l’église et ce, malgré l’éloignement et les mauvais chemins, sous peine d’être traité de mécréant!

Mais, retournons admirer notre église… Ce qui retient l’attention en plus de l’imposante façade, c’est la double rangée de fenêtres. On dit que l’architecte Thomas Baillairgé a voulu ainsi accorder la même importance aux deux étages. À l’intérieur, on remarque en effet la structure des deux jubés latéraux. L’architecture intérieure toute de bois, a été exécutée de 1840 à 1850 par le sculpteur André Paquet, toujours d’après les plans de Baillairgé. Paquet a aussi été le maître d’œuvre de beaucoup d’autres ouvrages; entre autres, la chaire, une merveille de sculpture ornementale, et les trophées du sanctuaire – panneaux décorés de chaque côté du chœur –  qui sont remarquables.

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Église en 1957, avec les clochers actuels. À remarquer: le motif ornemental des portes du cimetière, et l’un des anges sculptés par Louis Jobin.

Durant la saison estivale, notre église est chaque année de plus en plus fréquentée par les touristes qui proviennent de tous les points du globe. Vraiment, il y a là de quoi être fiers… car bien avant les touristes, ce sont d’abord nous, les paroissiens de Deschambault, qui devons être les premiers admirateurs et les gardiens de notre patrimoine. N’est-ce pas?

À bientôt pour une autre page de l’histoire de notre église…

© Madeleine Genest Bouillé, 16 février 2017

(Pour plus d’information sur le patrimoine religieux de Deschambault, on peut consulter le Musée virtuel du 300e.)

Quand tu parles pas

Tout ce que tu dis… quand tu parles pas!
Moi je l’entends et puis j’aime ça.
On se comprend tellement mieux
Quand nous laissons parler nos yeux…

Quand on se parle sans les mots
Tout est clair comme l’eau!
Les paroles déguisent souvent la pensée
C’est pas moi qui l’ai inventé!

À trop discuter, on finit par s’entêter,
Quand on s’entête on peut se tromper…
Nos pensées se croisent sans se rejoindre,
Les mots nous empêchent de nous atteindre.

L’indifférence s’habille de longues phrases
Pour occuper le temps qui passe
Crois-moi, parler n’est nécessaire
Que si l’on n’a rien de mieux à faire!

Viens près de moi, ne parle pas…
Avec tes yeux, avec ton cœur, écoute-moi.
Si je t’aime, c’est justement pour ça :
Tout ce que tu dis… quand tu parles pas!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 14 février 2017

L’amour, ce qu’on en dit et ce qu’on en pense!

oqwp8iy6La Saint-Valentin est à nos portes et on ne peut quand même pas faire comme si cette fête des amoureux nous laissait indifférents! Mais qu’est-ce que cet amour dont on parle sur tous les tons, de la comédie à la tragédie? Dans l’opéra de Carmen, on chante que : «  l’amour est enfant de Bohème, qui n’a jamais connu de loi »… c’est grandiose, dramatique! Par contre, ce qu’on nous fait voir dans les films, à la télévision ou sur Internet et ce qu’on lit dans les revues et les romans modernes nous montre l’amour comme quelque chose de « capotant », une flambée qui dure le temps d’un beau feu d’artifice… c’est-à-dire, pas longtemps!

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais pour ma part, je crois que l’amour, le vrai, c’est plus que ce petit feu de camp qui réchauffe seulement les mains, laissant le dos frissonnant dans la fraîcheur du soir. On a à peine le temps de faire griller quelques guimauves, et c’est fini! Tout le monde sait qu’un feu qu’on n’attise pas meurt tout doucement… Les braises ont fréquemment besoin d’être réveillées.

carte-postale-ancienne-amourPour étoffer mon grain de sel, je suis allée voir ce qu’en disent les penseurs, les écrivains, quelques saints même, toutes gens d’époques différentes. Tout d’abord, saint Paul, ce saint sévère à qui on reproche parfois de ne pas aimer les femmes, consacre tout une épître à l’amour; ça se résume en ces mots : « Si je n’aime, je ne suis rien ». Saint Augustin – un saint qui ne l’a pas toujours été – précise que « La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure ». D’une façon très poétique, un proverbe africain dit : « Là où l’on s’aime, il ne fait jamais nuit ». Si l’amour peut éclairer la vie, la comtesse de Ségur nous prévient qu’il est aussi « comme la lune : quand il ne croît pas, il décroît ».

Qu’est-ce donc que cet amour dont on ne parle souvent qu’à demi-mot – sans doute pour ne pas l’effrayer – et qui est la cause de tant de bonheur et aussi, de tant de malheur ? D’après Victor Hugo – un infidèle notoire – « Aimer, c’est la moitié de croire ». Et qui ne connaît pas cette phrase de Saint-Exupéry : « S’aimer, ce n’est pas se regarder l’un, l’autre, c’est regarder ensemble vers la même direction ». L’auteur du Petit Prince dit aussi : « L’amour véritable commence là où il n’attend rien en retour ». Philosophe français, du début du XXe siècle, Gabriel Marcel nous donne cette très belle définition : « Aimer un être, c’est espérer en lui pour toujours ». L’amour vrai peut même se passer de paroles selon cet autre philosophe français, Jean Guitton : « L’amour solide, c’est pouvoir se taire ensemble sans briser l’entretien ».

presentationQui n’a pas déjà lu ou entendu ces vers de Rosemonde Gérard : « …et chaque jour je t’aime davantage… aujourd’hui, plus qu’hier, et bien moins que demain ». Dans l’amour qu’est-ce qui importe? Michel Quoist dit : « L’essentiel de l’amour n’est pas de faire quelque chose pour l’autre, mais bien d’être là pour l’autre ». Dans la même veine, Félix Leclerc nous dit : « L’amour se passe de cadeau mais pas de présence ». De Félix, j’aime beaucoup cette autre pensée : « Le verbe AIMER pèse des tonnes : des tonnes de chagrins, d’inquiétudes, de joies, etc… Ne le fuis pas. Le verbe NE PAS AIMER pèse encore plus lourd ».

Donc, aimer, c’est être là pour l’autre, espérer en lui, croire en lui. Ce n’est pas tout.  C’est d’un écrivain autrichien, Reiner Maria Rilke, que nous vient cette pensée : « Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à la personne aimée, c’est la liberté ». Celle-là, elle mérite d’être lue, relue et méditée!

Quand j’étais étudiante, la mode était aux carnets d’autographes. C’était un accessoire indispensable et c’était à qui aurait le plus de signatures. Sur la première page de mon carnet, mon père avait écrit ceci : « Rien ne fait un effet plus magique que celui d’être aimé. C’est comme si le bon Dieu posait la main sur votre épaule ». Et voici un proverbe russe qui en dit long : « Les défauts sont épais là où l’amour est mince ». À ceux qui croient que l’amour et le mariage sont incompatibles, André Maurois dit ceci : « Un mariage heureux est une longue conversation qui semble toujours trop brève ». Et que dire de ce si joli poème de Félix Leclerc :

st-valentin-3« Plus fragile que la feuille à l’arbre, la vie.
Plus lourde que montagne au large, la vie…
Légère comme plume d’outarde,
Si tu la lies, à une autre vie…
Ta vie… »

 Il y en aurait tant d’autres, de ces pensées, maximes et poèmes, et que dire des chansons, telles l’immortelle Parlez-moi d’amour! Tous nous parlent de l’Amour avec un « grand A ».  Je termine avec ces deux petits mots qui en disent beaucoup :

De Julos Beaucarne, le barde belge : « Plus on aimera trop, moins ce sera assez ».

Et de Victor Hugo : « Moi, je ne veux qu’aimer, car j’ai si peu de temps! »

Bonne Saint-Valentin à  chacun et chacune de vous!

© Madeleine Genest Bouillé, 11 février 2017

Les beaux glaçons!

C’est une belle journée de février. J’écris en regardant miroiter le soleil sur le fleuve gelé. Le fleuve gelé? Ah oui! C’est vrai, cet hiver il n’est pas gelé partout. Je vous explique ce phénomène; passé l’embouchure de la rivière Belle-Isle jusque dans le haut du village, quelques petites iles émergent du fleuve à marée basse, et en hiver, ces ilots retiennent les glaces. Ce qui nous donne la chance d’avoir une large bande de glace, pour nous rappeler le temps où le fleuve « prenait » jusqu’au « chenail » selon l’expression en usage autrefois. Maintenant, avec les gros bateaux qui sillonnent la « route d’eau » tout l’hiver, les glaces ne résistent pas.

Crédit photo: Jacques Bouillé (©coll. Madeleine Genest Bouillé)

Crédit photo: Jacques Bouillé (©coll. Madeleine Genest Bouillé)

À cette période-ci de l’hiver, alors que le soleil et le froid jouent à cache-cache, la façade de notre vieille maison est ornée d’un rideau de glaçons; on dirait qu’ils ont été posés là pour remplacer les décorations du temps des Fêtes! Vous allez rire, mais quand je sors pour aller chercher le courrier ou pour une promenade, je ne peux m’empêcher de me décrocher un beau glaçon, en prenant bien soin de ne pas le briser. C’était un jeu quand nous étions enfants – j’ajoute que mes grands enfants le font encore parfois, quand ils viennent à la maison.

Lorsque nous étions jeunes, je me souviens du plaisir que nous avions à décrocher les glaçons qui pendaient du toit, le but étant de ne pas les briser. C’était à qui aurait le plus beau! On s’amusait ensuite à les planter dans les murailles des forts que les garçons avaient construits. Pendant que nous, les filles, décorions les édifices de neige avec ces ornements glacés, les gars, pour faire les « fins », bombardaient nos fragiles sculptures. Bien entendu, nous ripostions et alors, c’était la guerre! Je revois les rangées de « boulets » de neige, alignés sur le rebord de la forteresse… ça prenait peu de choses pour déclencher les hostilités! Quand les gars lançaient leurs cris de Sioux sur le sentier de la guerre, nous répondions avec des cris aussi vigoureux, quoique plus aigus! Quand j’y pense… Nous nous amusions simplement et avec peu de choses, en ce temps-là. Peu de choses? À vrai dire, non, puisque notre terrain de jeux était vaste et variait selon les saisons. On savait utiliser ce que justement, chacune des saisons nous offrait : la neige et la glace, en hiver, les rigoles au printemps, les champs et la grève en été, puis en automne, les feuilles mortes.  Il me semble qu’on ne s’ennuyait jamais… Mémoire, qu’en dis-tu?

Crédit photo: Jacques Bouillé (©coll. Madeleine Genest Bouillé).

Crédit photo: Jacques Bouillé (©coll. Madeleine Genest Bouillé).

Je reviens à ce beau jour de février… À chaque hiver, je me décroche au moins une fois un beau glaçon que je plante sur un banc de neige, même s’il n’y reste pas longtemps. Ça peut paraître enfantin, mais pour moi, c’est un geste qui a une signification. Je dirais que c’est un retour aux sources, comme quand, durant l’été, on ramasse des coquillages et des roches sur la grève. Quand je fais le ménage, il n’est pas rare que je retrouve une boite où sont entassés ces trésors venus de la grève; parfois il y a une date écrite sur la boite, parfois non. Ce besoin de décrocher des glaçons, c’est aussi comme quand, à l’automne, on ramasse quelques belles feuilles qui jonchent la pelouse. Ces feuillages qu’on place ensuite entre les pages d’un livre et qu’on oublie jusqu’à ce que, par hasard, lors d’une froide journée d’hiver, on ouvre un livre d’images et on y trouve une feuille d’érable ou de chêne, toute belle, comme si on venait de la cueillir. Malheureusement, pour ce qui est des glaçons, on ne peut pas les conserver! À moins de les avoir pris en photos…  comme vous pouvez le constater!

Je ne sais plus qui a dit ceci : « On ne se guérit pas de son enfance ». Que c’est donc vrai! Et avouez, c’est tant mieux!

© Madeleine Genest Bouillé, 3 février 2017