Une chaloupe… fabrication maison!

Deux belles planches de pin

qu’on a réservées à cet effet depuis déjà longtemps.

D’autres morceaux de pin plus petits;

des vis, des cordes, une scie, un marteau… de l’eau.

Tout plein d’autres outils… au cas où.

Sans oublier le galon à mesurer,

surtout pas!

Quelques jours de beau temps,

pas trop chaud… pas trop froid, du beau temps sec!

Une certaine habileté…

acquise depuis longtemps.

L’œil et la main justes.

Bien important : un brin de « jarnigoine »

et surtout, beaucoup de patience!

Et puis, le fleuve en face de la maison,

qui inspire et qui attend,

la chaloupe et son constructeur!

© Madeleine Genest Bouillé, 18 septembre 2017

(Nouvelle version d’un poème écrit en 1995)

Les maires de Deschambault

Au temps du Régime Français, les territoires habités étaient divisés en seigneuries,  chacune, sous l’autorité d’un seigneur. En même temps, les colons étant majoritairement catholiques, à mesure que la population augmentait, on a formé des paroisses, chacune d’elles regroupée autour de son église et de son presbytère, sous la gouverne du curé qui prenait alors une importance aussi grande sinon plus que le seigneur. Vers la fin du XVIIe siècle, les Anglais sont devenus les maîtres… on ne les avait pas choisis, mais ils étaient là pour rester. Alors, bien des choses ont changé; tranquillement, pas vite, on a aboli les seigneuries, pour les remplacer par des municipalités, les citoyens élisaient un maire, et ce maire représenterait sa municipalité dans un conseil de comté. Mais, dans la vie de tous les jours, les habitants ont continué encore longtemps d’identifier leur territoire par l’appellation de « paroisse »… préférant définir ainsi leur appartenance!

À Deschambault, le premier maire fut comme vous le savez tous, n’est-ce pas, Paul Benoît. Mais saviez-vous qu’avant d’être maire de sa paroisse, Paul Benoît a d’abord été maire du conseil de comté? Voici ce qu’en dit Luc Delisle, dans La Petite Histoire de Deschambault. « En 1847, un acte de la Législature créait les conseils de comté. Lors d’une des premières réunions, tenues au Cap-Santé, en décembre 1847, Paul Benoit, notable de la municipalité de Deschambault, fut élu maire du comté de Portneuf. » Un peu plus loin, on lit ceci : « Il possédait une faconde, une volubilité de parole peu ordinaire dans nos campagnes ».  Que voilà un maire comme on les aime!

La famille Benoît habitait la vieille maison située dans le bas du village, et qui a été incendiée il y a quelques années. Il ne reste de cette famille à ma connaissance, qu’un seul descendant résidant à Deschambault et c’est mon ami Gérard Naud, dont la mère était une Benoît. Depuis Paul Benoît qui a été maire de 1855 à 1858, il y a eu exactement 39 maires, en comptant les 4 maires (1951 à 1990) de la partie de Deschambault qu’on appelait la Paroisse, et qui était constituée des 2e, 3e rangs et de La Chevrotière. Je remarque que jusque dans les années 1950, les maires n’étaient rarement en poste plus de 4 ans, et souvent, moins, sauf quelques-uns qui ont régné 7 ans et plus, dont Louis Bélisle, de 1881 à 1888, Bruno Germain, l’aïeul de la famille Germain, maire de 1916 à 1923, Laurent Bouchard, de 1929 à 1940 et Ls-Philippe Proulx, de 1940 à 1947. Je rappelle que M. Proulx s’est marié tout juste après la fin de son mandat, ce qui faisait dire par certaines personnes un peu moqueuses que M. Proulx avait été le seul homme « vierge et maire » à Deschambault! Mais étant donné que M. Proulx était particulièrement farceur, on ne faisait que lui remettre la monnaie de sa pièce!

Louis-Philippe Proulx et son épouse, Marie-Louise, 1947 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Le successeur de M. Proulx a fait beaucoup parler de lui! En effet, Jean-Baptiste-Henri Gauthier, que tout le monde appelait familièrement J.B.H., après avoir été maire de 1947 à 1951, est devenu maire de la nouvelle municipalité du Village de 1951 à 1956. J.B.H. était un homme d’affaires entreprenant. En 1921, il achète son premier autobus et fonde la Compagnie des Autobus Gauthier; en 1925, il acquiert un deuxième véhicule et en 1949, la compagnie gère un circuit qui couvre de N.D. des Anges, St-Casimir, Deschambault, jusqu’à Québec, aller-retour. En 1949, la compagnie possède 6 autocars; le garage est situé à Deschambault et on compte 7 chauffeurs et 6 mécaniciens. J.B.H., en plus d’être maire de sa municipalité, est aussi président-gérant de la Gare d’autobus St-Roch à Québec. Il demeure dans la maison où est actuellement situé le Bistro Chez-Moi, il possède les terres à l’arrière de sa maison et des deux voisines ainsi qu’une bonne étendue de cette partie du cap Lauzon, où seront créées plus tard les rues de la Salle, Gauthier et Notre-Dame.

Pour beaucoup de citoyens des années 50, J.B.H. Gauthier fut surtout l’artisan de la séparation de la municipalité. Pour en parler, j’emprunterai quelques passages du livre « Deschambault », de l’historien Yves Roby : « …En 1948, 99 signataires font connaître au ministre leur souhait de voir le territoire alors désigné comme municipalité de St-Joseph de Deschambault, divisé en deux municipalités distinctes. » Plus loin, l’auteur précise : « Ils font valoir que les propriétaires de biens-fonds situés dans le territoire décrit plus haut, sont dépourvus d’un système adéquat d’approvisionnement d’eau, et qu’ils ne possèdent aucun système de prévention contre les incendies. »  On sait que cette requête a été contestée. Les opposants ont au moins réussi à faire traîner les choses en longueur jusqu’en 1950 où le projet est revenu sur la table du conseil. Finalement, la division de la municipalité prend effet le 1er janvier 1951. Le maire Gauthier qui avait travaillé très fort est élu maire du Village, tandis que M. Lionel Saint-Amant, éminent citoyen du 2e Rang, devient maire de la Paroisse, poste qu’il occupera sans opposition jusqu’en 1967. S’il y eut un maire qui a été apprécié et respecté, ce fut sans aucun doute Lionel Saint-Amant! 

Lionel St-Amant, premier maire de la « Paroisse » de Deschambault (source: Louise St-Amant, avec autorisation).

Pour la longévité, les champions sont sans contredit Laurent Bouchard, mentionné plus haut, Lionel Saint-Amant (la palme du règne le plus long, 16 ans!), et toujours dans la Paroisse, Fernand Masson et Henri Gariépy, qui ont occupé la fonction de maire chacun 10 ans, tandis qu’au Village, Charles-Henri Johansen a été en fonction de 1956 à 1971. « Monsieur Charles », comme on l’appelait familièrement, connaissait tout le monde, surtout les agriculteurs avec lesquels il faisait le commerce des animaux, étant boucher comme son père, Henri Johansen. Il aimait la politique et militait activement dans l’organisation de l’Union Nationale. Pendant ma jeunesse, je suis souvent allée jouer avec les filles de M. Johansen Madeleine et Colette. La famille Johansen demeurait dans la première maison à gauche, sur la Rue Saint-Joseph. Je me souviens qu’on entrait par la porte de côté, qui ouvrait justement sur le bureau de monsieur le Maire : un vrai bureau de « monsieur important »! Quand Monsieur Charles recevait, soit des commerçants ou encore des personnes qui avaient affaire au maire, on entrait alors par l’arrière de la maison, dans la cuisine, où on était reçu par Madame Simone, une femme d’une rare patience, toujours souriante… Que de beaux souvenirs! Charles-Henri Johansen était un homme qui semblait toujours de bonne humeur; même quand il était pressé, il trouvait un bon mot pour chacun. S’il est des maires qui ont marqué l’histoire par leurs œuvres, je dirais que le règne de Charles-Henri Johansen fait partie de nos belles pages d’histoire. Ces 15 années ont vu éclore plusieurs associations, entre autres, l’O.T.J. qui a pris en charge les loisirs pour les jeunes et les moins jeunes; notre maire étant père d’une nombreuse famille, cet organisme lui tenait particulièrement à cœur. C’est aussi au cours du mandat de M. Johansen que fut créée la première Brigade des Incendies et que nos rues ont acquis le nom qu’elles portent encore aujourd’hui.

Le maire Charles-Henri Johansen (source: Colette Johansen, avec autorisation).

Après les 15 ans de règne de Charles-Henri Johansen, c’est Claude Sauvageau qui prit la relève. Maire de 1971 à 1977, on lui doit entre autres choses, l’ouverture de la bibliothèque municipale installée en 1972 au Vieux Presbytère; j’ajoute cependant que le projet fut piloté par un conseiller tenace et convaincu, Monsieur Maurice Bourgault, assisté d’une bénévole tout aussi convaincue, Aline Paquin. En 1976, la Municipalité se joint aux bénévoles de la nouvelle Corporation du Moulin de La Chevrotière pour obtenir du ministère un permis pour la restauration des moulins. Le chantier  sera en même temps une école de menuiserie de restauration. C’était une première au Québec!  En 1977, Yvon Bilodeau succède à M. Sauvageau, pour un court terme de 2 ans, où l’on voit notamment naître le journal mensuel Le Phare. En 1979, Ernest Masson est élu maire, il sera en poste jusqu’en 1990. Cette décennie verra la fondation du Comité d’Embellissement en 1980. Avec le maire Masson, en 1985, la Municipalité se dote d’un Office Municipal d’Habitation. Le H.L.M. sera érigé sur ce qu’on appelait jadis « le champ du Curé ».

Et voici qu’en 1990, les deux municipalités sont réunies comme elles l’étaient avant 1951, avec le maire Jacques Bouillé (1990-2005). Ce dernier s’embarquait alors dans une grande aventure, marquée par la création du parc industriel, l’arrivée de l’aluminerie et tout ce qui s’ensuivait. Ce règne de 15 ans verra aussi une nouvelle fusion, cette fois avec la municipalité voisine de Grondines en 2002 ainsi que la construction de l’échangeur et le début des travaux de la route Guilbault. Un nouveau développement résidentiel, la rue Montambault, a aussi vu le jour durant cette période, permettant à de nombreuses nouvelles familles de s’installer dans notre beau village.

Pour ce qui est du maire actuel, Gaston Arcand, je crois qu’on peut lui décerner le terme utilisé par l’historien Luc Delisle, en parlant de Paul Benoît : il possède de toute évidence « la faconde » du premier maire! Cela lui est certes utile, puisqu’il s’en va allègrement vers ses 12 ans de règne. Avec un bon bagage de réalisations à son actif, il pourrait battre les records de longévité…étant en poste depuis 2005!

© Madeleine Genest Bouillé, 12 septembre 2017

Des paysages qui ont bien changé

La côte du quai, avant 1937.

La plupart de ceux qui qui voient cette photo ont de la difficulté à visualiser l’endroit d’où elle a été prise. Il faut donc commencer par expliquer que le tracé de la route 138 (autrefois, la 2) ne passait pas aussi près de la côte, étant donné que la route était l’actuelle rue Johnson. Il est donc permis de supposer que la personne qui a photographié la route du quai devait être placée à côté de la maison Vézina – qui appartenait alors à son constructeur, Alfred Petit. On constate qu’il y avait déjà quelques chalets. C’était du temps où par beau temps, le quai était un lieu de promenade très fréquenté! Et il y avait aussi le navire l’Étoile qui accostait régulièrement au quai, comme dans plusieurs autres villages du bord du fleuve.

La rue Johnson en 1958.

J’ai déjà parlé de notre vieille route qui était autrefois bordée de maison seulement du côté nord, sauf en haut de la côte, où la dernière maison construite par Alfred Petit semble prise dans un coin, entre deux routes; et en bas de la côte où l’on voit la maison de Ch.-Auguste Bouillé, aujourd’hui la maison J.Yves Vézina et sa voisine où résidaient les demoiselles Neilson. Cette maison avait été construite par un Proulx, qui je crois était apparenté aux Neilson. La côte appartenait aux enfants! L’hiver on glissait, sur tout ce qui nous tombait sous la main, traîne, traîne-fesse, ou si on manquait de traîneaux, de grands cartons faisaient aussi l’affaire. Je vous ai parlé aussi de nos jeux d’été dans la côte, surtout ce jeu très animé qu’on appelait « En bas de la ville ». Le seul arbre qui trônait sur le coin de la côte était ce magnifique orme, un géant qui devait être pour le moins centenaire. Sur la photo, notre chien Bruno a l’air perdu… c’est qu’il attendait le photographe, mon frère Fernand.

La Caisse Populaire en 1970.

Vous ne l’auriez sans doute pas reconnue! Elle venait d’être construite. Les plans, audacieux pour l’époque, avaient été acceptés par les administrateurs de la Caisse, qui n’étaient quand même pas des jeunots! Cet édifice a été remanié quelques fois avant qu’on lui donne son aspect actuel. Il faut se rappeler qu’à cette époque, on construisait très peu de maisons de style québécois traditionnel. On avait vécu longtemps dans nos vieilles demeures et on voulait du moderne! Les propriétaires de maisons anciennes changeaient leurs fenêtres à six carreaux… le bardeau de cèdre n’avait plus la cote. On voulait du neuf qui avait l’air nouveau. Et l’édifice de la Caisse Populaire en était le meilleur exemple!

Mes petits gars à la patinoire, en 1973!

C’était peut-être un samedi… et papa avait emmené ses deux aînés patiner alors que la glace était déserte. Jean-Marc avait pas loin de 8 ans et Patrick approchait de ses 6 ans. Le petit Éric n’avait que 3 ans ½, il était resté à la maison avec maman. Eh oui, on est sur la patinoire du village, derrière l’école! N’est-ce pas que le paysage a changé? On dit qu’une image vaut mille mots.  C’est le cas pour cette photo!

Cabanes à pêche au quai de Deschambault en 1977.

Certainement prise en janvier, cette image témoigne que par chez nous, la pêche aux petits poissons des chenaux n’avait pas encore perdu sa popularité. Une bonne dizaine de cabanes, ça fait pas mal de « monde à la messe », comme on dit! Je peux vous affirmer que ça mordait car j’y suis allée quelques fois. Je crois que la photo a été prise du côté est du quai… mais je peux me tromper et le photographe n’est plus en mesure de me renseigner.  Enfin, cette image prouve qu’on ne s’ennuyait pas l’hiver à Deschambault!

L’Hôtel de la Ferme en 1978.

Cet édifice construit sur les fondations du manoir seigneurial des Fleury d’Eschambault, sieurs de La Gorgendière, s’appelait l’Hôtel de la Ferme, à la belle époque de la Ferme-École provinciale, et plus tard, la Station de Recherches. La photo a été prise en 1978, année où l’on célébrait le 60e anniversaire de la Station. Cette maison était située au bout de la grande allée, du côté est de la route, pas loin du fleuve. On y logeait surtout les travailleurs et aussi occasionnellement les visiteurs, agronomes ou autres personnalités. Il y avait aussi un logement familial, à l’étage. On remarque sur cette photo les magnifiques fleurs des jardins qui faisaient la fierté des dirigeants de la Station, surtout en cette année de Jubilé. La vie à « La Ferme » était très animée; il y avait une école de rang; plusieurs édifices à logements étaient occupés par des familles, alors, des enfants, il y en avait!  Les gens s’entraidaient; côté loisirs, il y avait un court de tennis, on avait une équipe de balle molle en été et de ballon-balai en hiver. C’était en somme, un petit village dont les liens étaient tissés serrés. Parlez-en aux « anciens » qui ont vécu leur jeunesse à la Ferme… ils vous raconteront bien mieux que je ne saurais le faire.

Le Moulin à scie Paquin en 1980.

Si vous êtes de ces bons marcheurs qui empruntent la raboteuse rue du Moulin, autrefois appelée « la route à Bouillé », et si vous vous rendez de l’autre côté du pont de la rivière Belle-Isle, ne cherchez pas le moulin… il n’existe plus depuis 1985. Sur les deux photos jointes à ce texte, vous pouvez voir, à gauche, le moulin à scie, qui autrefois était un moulin à carde et qui devint en 1854, la fonderie Damase Naud, dont les poêles à bois sont devenus célèbres. L’autre photo a été prise à l’arrière de la maison, dont les derniers occupants furent les membres de la famille de M. Rolland Paquin. Lors de la construction de l’autoroute 40, la fermeture de la route du Moulin, pas assez importante pour qu’on y fasse un viaduc, a sûrement pesé fort dans la balance pour ce qui est du sort du moulin à scie!  L’histoire est ainsi faite de ces petits détails…

Le cap Lauzon en 1986.

Qu’est-ce qui manque? Mais oui, l’escalier! L’escalier du cap Lauzon a été construit en 1995. Auparavant il y a toujours eu des gens qui descendaient et remontaient la falaise à cet endroit… à leurs risques et périls! Quand on revient au temps où les Religieuses du Couvent avaient des élèves pensionnaires, il existait un escalier rudimentaire que les jeunes empruntaient pour aller sur la grève. Mais avec le temps, les marches ont disparu, pour ne laisser que les traces d’un sentier plus ou moins effacé.  Cette photo a été prise le 21 juin 1986, lors d’une promenade en chaloupe en avant-midi. Pourquoi je m’en rappelle? Parce que ce jour-là, la cloche du Couvent qui avait été vendue depuis quelques années, a été replacée dans son clocher, pour la Fête du 125e anniversaire de cette vénérable bâtisse, qui a eu lieu en septembre de cette même année.

Voilà!  C’était une petite virée à Deschambault des années 30 aux années 80!

© Madeleine Genest Bouillé, 7 septembre 2017

Réflexion devant une rose…

Les fleurs de notre parterre commencent à pendre la lippe. Les vaillants phlox résistent de leur mieux; surtout les mauves. Les roses sont presque tous fanés et les blancs s’en tirent pas trop mal, mais on voit bien qu’ils se forcent pour tenir le plus longtemps possible. Vraiment, il ne reste plus que quelques plantes robustes, qui ne fleuriront qu’à l’automne. Par contre, mon rosier de la fête des Mères, qu’on a transplanté au printemps a décidé de nous faire une surprise. Il nous avait donné une rose, au début de l’été, une seule! Ensuite, les pucerons ont ravagé le feuillage. Mais il y a quelques semaines, une nouvelle tige a poussé, ses feuilles sont magnifiques… les pucerons doivent être partis ailleurs! Et voilà qu’aujourd’hui, une rose a commencé à s’ouvrir. Une superbe rose rouge. Bien qu’encore timide, cette fleur sera, j’en suis bien certaine, notre dernière rose de l’été!

Et alors, m’est venue à l’oreille cette jolie chanson, originaire d’Irlande, The last rose of summer. La version originale (cliquez ici pour en entendre une version) est un poème de Thomas Moore, qui date de 1805; la musique serait de John Stevenson. Il y a plusieurs versions françaises de La dernière rose de l’été, dont celle du compositeur Eddy Marnay, qui était interprétée par Nana Mouskouri :

Pour entendre la version de Nana Mouskouri, cliquez sur l’image.

« Si demain tu cueilles une rose, dont le cœur est déjà fané
 Dis-toi bien que cette rose, est la dernière de l’été.
Hier encore au voisinage, fleurissait tout un jardin
Dont il ne reste que feuillage, que l’hiver brûlera demain. »

J’aime particulièrement le deuxième couplet,  que voici :

« En amour comme en toute chose, en amour comme en amitié
Si ton cœur trouve une rose, cette rose, il faut la garder.
Même si c’est la première que tu aies jamais trouvée
C’est peut-être aussi la dernière, et la vie n’a qu’un seul été. »

J’ai trouvé une autre version, celle-ci de Francis Blanche (1921-1974), un parolier français qui était aussi un acteur connu. On y ressent là aussi la mélancolie de la fin de l’été :

« Une rose que l’on cueille, la dernière d’un bel été
Une rose qui s’effeuille, avant même d’avoir été.
Plus un chant au vent d’automne, plus d’oiseaux aux alentours.
Et personne qui lui donne, la chaleur des anciens jours. »

« Une rose que l’on garde, la dernière d’un bel été.
Une rose que l’on regarde, souvenir d’un roman passé.
On retrouve un jour d’automne, la couleur de la fleur coupée.
Mais personne ne redonne son parfum à l’amour fané. »

La version qu’on retrouve dans le 7e album de « La Bonne Chanson » est d’une tristesse, comme on en voyait souvent dans les paroles des chansons d’autrefois, où il était courant de « mourir d’amour »… alors qu’il est tellement plus agréable d’en vivre!  En haut de la page, un nom seulement : F. Flotow. Est-ce le compositeur des paroles? Sans doute, puisque la musique est de J. Stevenson.  On a du moins l’avantage d’avoir la musique…

« Seule ici, fraîche rose, comment peux-tu fleurir?
Alors qu’à peine éclose, tu vois tes sœurs mourir.
En ces lieux, des hivers, le deuil sombre s’étale,
Et la brise n’exhale nul parfum dans les airs. »

« Pourquoi seule, ignorée, languir dans ce jardin?
L’aquilon t’a frappée, ne fuis plus ton destin.
Laisse-moi te cueillir, sur ta tige tremblante
Et d’amour palpitante, sur mon cœur, ah! viens mourir! »

Pauvre rose!  Elle doit vraiment regretter d’être encore là, tandis que ses sœurs sont toutes  disparues.

Toutes ces belles paroles, pour une rose! Mais, c’est la dernière de l’été… Elle mérite d’être célébrée. L’été n’est jamais trop long dans notre beau Québec. Pour beaucoup de gens, l’automne est la saison que l’on accueille sans joie. On dit « Déjà! Ça n’aurait pas pu attendre un peu! » Et puis, quand décembre approche, pour reprendre les paroles la chanson C’est la première neige : « C’est l’hiver qui s’avance et l’automne, en silence, disparaît lentement. » La fin du printemps nous réjouit, c’est l’été qui fait son entrée comme une star, escortée  de soleil et de chants d’oiseaux! Les beaux jours ensoleillés, les soirées plus longues, les vacances! Que de la joie! Par contre, quand l’hiver prend de l’âge, il ne fait rien pour qu’on le regrette. Je le comparerais à une personne qui vieillit mal, qui se laisse aller, l’humeur morose, quelqu’un qui renonce à tout ce qui peut lui rendre la vie plus douce. L’hiver s’enlaidit avant de nous quitter, vraiment il ne veut pas qu’on garde de lui quelque beau souvenir. Mais, Dieu sait qu’on a la mémoire courte… en novembre, on recommencera à se préparer à l’hiver et à souhaiter un peu de neige, pour égayer les jours trop courts!

© Madeleine Genest Bouillé, 31 août 2017

Prendre le temps

Nous revenons d’un court voyage, mon mari et moi; avec l’âge, on préfère partir moins longtemps pour revenir moins fatigués. Comme dans la chanson popularisée par Alain Morisod, et qui a pour titre Prends le temps, je crois « qu’il faut prendre le temps, s’arrêter de temps en temps avant que la vie passe et que tout s’efface »… Je remarque surtout que nos escapades ressemblent de plus en plus à des pèlerinages. On retourne aux endroits qu’on a déjà visités, seuls ou avec mon frère Roger et son épouse Diane, qui nous a quittés l’an dernier. Quelques photos prises sur la promenade en bois qui longe la baie de Tadoussac me rappellent justement le voyage fait en 2010.

Diane et moi à Tadoussac en 2010.

Cette année, nous avions planifié un itinéraire assez simple, en y ajoutant toutefois quelques « traverses », pour le plaisir de la chose. Nous nous sommes d’abord rendus à Tadoussac, où on n’a pas le choix d’utiliser le traversier à l’embouchure du Saguenay, à moins de vouloir absolument se rallonger en faisant le tour par Chicoutimi, ce que, soit dit en passant, nous avons déjà fait! Cette année, malgré qu’il y ait trois bateaux à cet endroit, nous avons quand même attendu près de deux heures du côté de Baie Ste-Catherine. Du temps perdu? Pas vraiment, on peut sortir de l’auto, marcher un peu sur le bas-côté de la route. Et puis, comme le dit si bien la chanson : « On prend le temps, on écoute le vent… il nous dira que les rêves, bien trop tôt s’achèvent. »

Il y avait au moins sept ans que nous n’étions pas allés à Tadoussac. Les rues nous ont parues beaucoup plus escarpées… il nous a bien fallu admettre que ce sont plutôt nos jambes qui sont moins alertes! C’est le cas de dire qu’il est préférable de « prendre le temps ». Partant du stationnement de l’église, on descend vers la vieille petite chapelle dite « des Indiens », qui date de 1747. Il s’agit de la plus ancienne église en bois en Amérique du Nord. Avant de continuer, on admire encore une fois le majestueux Hôtel Tadoussac. Le premier hôtel érigé en 1864, étant devenu vétuste, a été démoli, puis reconstruit en 1942 par le président de la Canada Steamship Lines, William Coverdale. Nous voici enfin sur la promenade; on passe d’abord devant la bâtisse datant de 1942, qui est une réplique du premier poste de traite construit en 1600 par Pierre Chauvin de Tonnetuit. Ce poste était un lieu d’échanges entre Amérindiens et Européens. L’histoire nous raconte que William Coverdale a fait ériger cette bâtisse pour y exposer sa collection d’objets amérindiens. C’est un endroit très intéressant à visiter. Nous y étions venus pour la première fois en 1970 avec  nos trois garçons de cinq, trois et un an. Que de souvenirs! Mais malheureusement, pas de photos de ce voyage.

Les restaurants ne manquent pas à Tadoussac et il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses! Après souper, on ne tarde pas à rentrer pour se reposer de cette belle, mais épuisante journée. Le lendemain, après un solide déjeuner et une petite virée dans quelques boutiques, on est comme qui dirait, « d’équerre pour continuer ».  L’avant-midi, le temps d’attente à la traverse est pratiquement nul. Bien vite, nous revoici de l’autre côté du bras de mer, qui n’est plus le fleuve et pas encore le Saguenay. Je pensais aux gens qui habitaient cette région, autrefois, avant les traversiers modernes qu’aucun mauvais temps ou presque n’arrêtent, et je me disais combien ces gens devaient être patients! N’ayant pas d’autre choix que de vivre avec les contraintes que leur imposait Dame Nature, ils savaient certainement « prendre le temps ».  Et je suis persuadée qu’ils étaient heureux malgré tout dans leur si beau coin de pays!

Sans nous attarder, nous filons vers Saint-Siméon; la veille on nous a prévenus qu’il y avait un temps d’attente de deux heures pour la traverse. Ce village avec ses routes qui montent et qui descendent (encore!) est très beau! Nous avons eu le temps de l’apprécier.  Comme mon conducteur n’aime pas être en retard, il avait stationné l’auto dans le pied de la côte qui mène au quai. Donc, promenade de bas en haut et de haut en bas, pour revenir à l’auto. De loin, on voit venir notre traversier, le « Trans Saint-Laurent ». La première – et dernière – fois où nous avons effectué cette traversée, c’était le 30 juin 1964, lors de notre voyage de noces en Gaspésie! Eh oui! C’est que, voyez-vous, nous avons fait un voyage de noces « à rallonge ».  Mais pour le moment, la rive sud est loin quand même et il nous semble bien petit, notre bateau…. heureusement, quand il s’approche, il devient plus imposant. Il faut dire qu’il y en a des autos et des camions, de toutes dimensions, qui attendent… Il fait beau sur le quai de Saint-Siméon et le vent est bon! Quelle bonne idée nous avons eue de « prendre le temps et le garder longtemps »! Nous aurons une heure pour contempler le fleuve et son chapelet d’îles et de temps à autre, voir sauter ce qui nous semble être des bélugas. On rencontre un cargo, à côté duquel on trouve notre traversier bien petit! Vraiment « La vie est bien plus belle, quand on a le temps ». Et sur un bateau, quand on n’y est que passager, du temps, on en a tout plein!

Rivière-du-Loup! Sur la route 132, nous sommes en pays connu. Nous l’avons descendue et remontée plus d’une fois cette route. Pour aller en Gaspésie, ou seulement dans le Bas du fleuve. Nous commençons par repérer notre pied-à-terre et prendre un peu de repos. Ce ne sont pas les hôtels, motels et restaurants qui manquent dans cette partie de la ville.  Nous ne mourrons pas de faim! Après une bonne nuit, nous reprenons la route pour la dernière étape. Mais avant de quitter Rivière-du-Loup, nous voulons revoir la chute qui doit bien être toujours au même endroit. Décidément, ce voyage sera marqué par les routes en pentes, car pour trouver la chute en question, évidemment nous roulons sur plusieurs rues, qui montent, et montent, et qu’on finira bien par redescendre.  Enfin, nous voici au Parc de la Chute, situé au cœur du centre-ville. Les abords de cette chute d’une hauteur de 33 mètres, sont très bien aménagés, une ancienne centrale hydroélectrique rappelle que Rivière-du Loup, fut une des premières villes du Bas Saint-Laurent à produire de l’électricité.

Notre voyage tire à sa fin, mais je le redis: « Il faut prendre le temps… la vie est bien plus belle quand on a le temps ». Nous consultons le guide touristique de la région, des fois qu’on trouverait des lieux à visiter. Ce qui nous amène à délaisser la route 132 pour nous rendre dans les villages plus au sud. Saint-Philippe-de-Néri, Mont-Carmel… et voilà qu’on s’égare dans un rang, on ne sait plus où on est rendus; le chemin rétrécit, il n’est pas asphalté, quand tout à coup, on se retrouve sur le haut d’une montagne. Une immense croix est érigée sur un belvédère; il y a même des tables à pique-nique… et quelle vue! À couper le souffle! Nous sommes à Saint-Pacôme. De cette hauteur, on voit le village, avec l’église, les maisons, une rivière qui serpente, des fermes… puis le fleuve et la rive nord dans le lointain brumeux. Quel beau cadeau pour une fin de voyage! Par un heureux hasard, on se retrouve dans ce petit village, avec ses routes qui montent et qui descendent, qui a abrité il y a longtemps des gens de ma famille, du côté Petit. En effet, Rose Petit, la sœur de mon grand-père, avait épousé Élysée Morin, un citoyen de Saint-Pacôme. Dans cette paroisse, ils ont eu quatorze enfants. Ma mère me racontait qu’elle était allée à quelques reprise en visite chez sa tante Rose, où elle avait une cousine de son âge, prénommée Mary (les prénoms à l’anglaise étaient alors à la mode), laquelle un jour épousa Éloi Laurin, de Charlemagne. Parmi leurs nombreux enfants, ils eurent un garçon, Camille, qui devint psychiatre et plus tard, politicien. Camille Laurin, qui était issu d’une famille libérale, a fait partie des pionniers du Parti Québécois au côté de René Lévesque; on l’a surnommé le Père de la loi 101. Il est décédé en 1999.

« Il faut prendre le temps… car la vie est une fête, qui trop tôt s’arrête. » Après cet épisode inattendu, nous avons continué notre chemin sur la route 132. Nos voyages avec Diane et Roger avaient lieu la plupart du temps, à la fin de juillet ou au début d’août.  Alors, inévitablement, sur le chemin du retour, nous arrêtions dans les kiosques à légumes où nous achetions des épis de blé d’Inde. C’était devenu une tradition.  Alors, on ne pouvait pas passer à côté… nous avons donc acheté du blé d’Inde! Puis, nous avons décidé de passer sur le pont de Québec. Tout est bon pour allonger le chemin du retour…. encore une tradition! Je le redis : « la vie est bien plus belle, quand on prend le temps! »

© Madeleine Genest Bouillé, 17 août 2017

J’aimais les dimanches…

J’ai retrouvé les paroles d’une chanson de Félix Leclerc qui a pour titre Les dimanches. Je ne sais pas de quand date cette chanson. Certainement du temps où le dimanche était jour de repos, fait pour la messe, les visites, les promenades… et les fréquentations sérieuses!

« Ceux qui disent que les dimanches
Sont jours d’ennui, d’espoir qui flanche
N’ont donc jamais mal dans le dos
Pour n’avoir pas besoin de repos. »

J’aimais les dimanches, du temps où les commerces étaient fermés, sauf le Magasin Général, qui ouvrait une heure avant la messe et une heure après, pour accommoder les gens qui venaient de loin. On avait plaisir à s’endimancher. En été surtout, quelle joie c’était de porter une jolie robe, avec un chapeau assorti. Les mères de famille aussi s’endimanchaient, mais au retour de la messe, elles s’empressaient de remettre leur tablier, leur journée n’étant pas finie, loin de là! Les messieurs se distinguaient par leur bel habit « du dimanche », chapeau de feutre bien brossé et chaussures fraîchement cirées, sans oublier la cravate! Comme disait ma mère : « Un bon cheval porte son attelage : les hommes doivent endurer leur cravate, et les femmes leur chapeau! » Ces hommes qui toute la semaine étaient vêtus « d’overalls », avec sur la tête, une vieille casquette aplatie, avaient fière allure le dimanche, rasés de près, les cheveux lissés au « brylcream ». Le dimanche, tout le monde « se mettait sur son 36 »!

« Mais c’est dimanche que s’arrêtent
Ceux qui ont pain et amitié
Ceux qui n’ont rien regardent couler
Le son des cloches sur les toits. »

J’aimais les dimanches, c’était jour de famille, de parenté. Dans notre enfance, c’était dimanche que l’oncle Maurice nous arrivait dans la vieille guimbarde où s’entassaient six ou sept enfants, avec tante Yvette, toujours pimpante! Des années plus tard, les beaux dimanches nous rassemblaient, frères et sœur, avec chacun notre marmaille pour souper « chez grand-maman ». Ma mère craignait toujours de ne pas avoir assez de nourriture pour tout le monde, invariablement vers la fin du repas elle disait: « Allez-vous réchapper votre vie? » Quand  pour une raison ou une autre, on « sautait » un dimanche, maman téléphonait lundi ou mardi au plus tard, pour s’informer s’il y avait quelqu’un de malade…

« Mais c’est dimanche que Ti-Jean
Va voir Marie, sa souveraine
En complet bleu, c’est le seul temps
Qu’il tourne le dos à la semaine »

J’aimais les dimanches au temps de nos « fréquentations pour le bon motif », de préférence bien sûr, quand je ne travaillais pas. Que voulez-vous! Le Central du téléphone, ça fonctionnait jour et nuit, sept jours par semaine! Alors il arrivait que je doive être au poste, de jour ou de soir; mais j’avais le droit de recevoir mon prétendant! Ce jeune homme patient s’asseyait sur le divan, tandis que moi, sur ma chaise haute, face au standard téléphonique qu’on appelait « switchboard », je répondais aux clients, entre deux  compliments. J’avoue que ce n’était pas l’idéal pour se conter fleurette… mais c’était dimanche, journée à ne pas gaspiller!

« Mais c’est dimanche qu’on s’arrête
Comme dans le creux vert d’une baie
Et qu’on enlève son collier
Pour oublier qu’on est des bêtes »

J’aimais les dimanches du temps où les enfants étaient encore à la maison.  Ce n’était pas jour de ménage, ni de lavage, ni non plus de repassage. C’était encore moins jour d’épicerie, de boucherie, de pharmacie… Si on sortait, c’était pour aller voir la parenté ou pour se promener, tout bonnement! En été, au cours de nos balades, on s’arrêtait pour manger une crème glacée, petits et grands étaient contents! Les soirs d’hiver on regardait la télévision, c’était nos « Beaux Dimanches » à nous. Après souper, quand on avait de la visite, il nous arrivait de jouer tous ensemble à des jeux de cartes ou de société, tel le jeu de « pichenottes » ou le Crible… sans oublier la Correspondance!

Oui vraiment, j’aimais et j’aime encore  les dimanches!  Et comme je ne suis pas la seule à les aimer, il nous arrive de temps à autre en famille, de « s’arrêter pour le pain et l’amitié »,  alors,  je bénis ces moments de bonheur!

© Madeleine Genest Bouillé, 3 août 2017

Les fruits et les gens de par chez nous!

Comme on les aime les fruits de par chez nous! Ils nous arrivent frais, ils n’ont pas subi les désagréments d’un long voyage en train, en camion ou autrement. Ils ont été cueilli hier… on les déguste aujourd’hui! La belle saison n’est pas longue, mais pour se faire pardonner d’être aussi brève, elle est vraiment généreuse.

Notre été nous offre tout d’abord les petits fruits, sans doute les plus délicieux! Fraises, framboises, bleuets et mûres… merveilles! Viennent ensuite les pommes, les prunes et tous les produits du potager, en terminant avec les nombreuses variétés de courges et citrouilles qui célèbrent à leur manière l’automne et ses couleurs! J’aime vivre dans un pays qui a quatre saisons. Je reprends les paroles de Gilles Vigneault, dans la chanson Les Gens de mon pays; on apprécie encore plus « notre trop court été », du fait qu’il est précédé de « notre hiver si long ».

Ma petite-fille Émilie au verger (Photo: ©JMontambault).

Si on me demande lequel de nos petits fruits est mon préféré, je ne suis pas capable de choisir. Je les aime tous. Chacun a sa saveur, sa texture particulière… c’est comme les gens en fait.

Certaines personnes sont comme les fraises, les petites fraises des champs. Ce qu’elles peuvent être discrètes, ces mignonnes! Il faut vraiment les chercher pour les trouver, et c’est parfois leur parfum qui nous guide. Comme ces timides qui ne se laissent découvrir que petit à petit, qui s’effarouchent si on veut aller trop vite; des êtres charmants une fois qu’on les connaît bien. Mais comme on doit user de délicatesse pour parvenir à les approcher!

Ah! les framboises! Quels merveilleux souvenirs me reviennent à la mémoire quand je me rappelle nos randonnées jusqu’au bois, avec mes frères et notre père ! C’est peut-être le plus savoureux parmi les petits fruits. Mais si les framboises sont faciles à cueillir, elles nous déçoivent souvent après. On revient du champ ou du bois avec un contenant rempli à ras bord…et quand on arrive à la maison, le contenant n’est plus qu’au trois-quarts plein, et encore : elles ont « foulé » les pas fines! De plus, elles sont difficiles à nettoyer. Il y a de ces personnes décevantes; elles promettent beaucoup, mais ne tiennent guère leurs promesses. Oh! Elles sont gentilles, aimables; toujours prêtes à dire oui si on leur demande un service, mais il ne faut pas trop s’y fier. Au jour dit, soit elles ont oublié ou elles ont un autre rendez-vous!

Parlons des bleuets. Si vous avez remarqué, les bleuets ne poussent pas dans de belles terres riches. Non, ce délicieux petit fruit, on le trouve dans les savanes, les « brûlés », les terres pauvres. Le bleuet est un fruit tout simple, solide, facile à cueillir et facile à conserver ou à congeler. Il ne perd ni sa saveur, ni sa couleur. Ainsi, les gens les plus serviables, honnêtes, ne sont pas toujours issus de milieux favorisés. Ce ne sont pas nécessairement les plus instruits, ni ceux qui nous en mettent plein la vue. Mais quel bonheur, quand on trouve un ami qui, comme le bleuet, est sincère, pas compliqué,  quelqu’un sur qui on peut vraiment compter.  C’est un vrai trésor!

Vous êtes déjà allé cueillir des mûres? C’est une entreprise risquée! Ce petit fruit s’entoure de barbelés, comme pour se défendre de toute intrusion. Pourtant, comme elles sont bonnes ces mûres! Les grains plus serrés, plus fermes que les framboises, elles se tiennent bien dans le contenant quand on les cueille; mais on en revient les doigts ensanglantés, les jambes aussi parfois. Il y a des gens comme ça. Remplis de qualités, mais d’un abord difficile, on ne sait pas trop par quel côté les approcher…de vrais ours! À peine un « bonjour » quand on les rencontre, il faut avec eux aller droit au but, sans s’embarrasser de civilités. La plupart du temps, lorsqu’on est venu à bout de franchir ce rempart souvent fait de timidité, on découvre une personne gentille, qui ne demande qu’à rendre service. Ça vaut la peine d’aller au-delà de la première impression, on y gagne parfois un ami sincère!

Ma fille Marie-Noël, en pleine cueillette! (Photo: ©JBouillé).

Cherchez bien parmi vos connaissances… Vous trouverez des petites fraises, sûrement quelques framboises, plusieurs même! Donnez-vous la peine de trouver des mûres… et je vous souhaite de trouver au moins un vrai bleuet!

© Madeleine Genest Bouillé, 2 août 2017

 

(Tiré d’un texte paru dans Grains de sel, grains de vie en 2006.)

Ah! Les framboises!

Ce soir, après le souper, mon époux est allé bravement cueillir des framboises dans le champ près de la rivière. Des vraies framboises sauvages, comme on en ramassait quand on était enfants et que papa nous emmenait avec lui dans le bois sur la côte, de l’autre côté de la voie ferrée du CN. Ça nous semblait loin; on montait dans le champ derrière notre vieille maison de pierre, on traversait le ruisseau Gignac sur le pont de bois et on continuait… Un peu plus haut dans le champ, il y avait un petit bosquet où il poussait toutes sortes d’arbres, cenelliers, trembles, cerisiers sauvages, amélanchiers – qu’on appelait « arbres à petites poires ». Et enfin, on arrivait à la « track », comme on disait. Parfois, on avait la chance de voir passer un train; on comptait les « cages », jusqu’à ce qu’enfin arrive la dernière, « la cage du Père Noël ». La petite gare était peut-être encore utilisée, mais je n’en suis pas certaine.

Le combat fait rage dans le champ! À l’arrière-scène, on voit la petite gare d’autrefois… (photo: Fernand Genest, coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Nous n’avions plus qu’à monter la côte, qui n’était pas bien raide, mais il fallait attendre les plus jeunes qui allaient à la vitesse à laquelle leurs petites jambes leur permettaient d’aller. Georges ne voulait pas passer pour un bébé; il se dépêchait et marchait à grandes enjambées, comme un homme! Roger, plus jeune d’une année, faisait de son mieux, mais son petit seau attaché à sa ceinture lui battait les jambes et il nous criait de l’attendre. Pauvre petit bonhomme! Parfois, il fallait rattacher son soulier, ou encore il perdait son chapeau, c’était toujours une aventure! Il nous ralentissait, mais jamais notre père ne réprimandait  les petits… ni même les plus grands!

Mes frères! (Coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Nous ne devions pas trop nous éloigner les uns des autres, même si le bois n’était pas très épais. Florent était le champion ramasseur de framboises! Il cueillait les fruits consciencieusement comme tout ce qu’il faisait et remplissait son contenant avant tout le monde. Heureusement! Car André et moi n’arrêtions pas de parler et de s’inventer des histoires. Nous étions des espions à la poursuite de redoutables bandits; les vaches qui paissaient au pied de la côte n’ont jamais su qu’elles faisaient partie de notre scénario. Sans s’en douter, ces pauvres bêtes jouaient le rôle des méchants! Il existait à cette époque un illustré qui avait pour titre, l’Agent X-13, et André dévorait ces petites revues. Alors on jouait aux détectives et on prenait notre rôle tellement à cœur qu’on en oubliait évidemment de ramasser les framboises. Florent nous disputait bien un peu, mais il finissait de remplir nos seaux! Il n’était pas question de revenir à la maison avec un contenant vide.

Les dangereux ennemis de nos aventures champêtres! (photo: Fernand Genest, coll. privée Madeleine Genest Bouillé)

Papa qui travaillait à Montréal, dans une fonderie, était tellement heureux quand il se retrouvait dans la nature. Il profitait de ces moments pour nous enseigner les noms des arbres, des fleurs et des fruits. Il semblait connaître tout ce qui poussait dans le bois. Quand il trouvait une « talle » de « quatre-temps » ou de « catherines », il nous les faisait goûter, tout en nous prévenant de ne goûter que les fruits qu’il nous indiquait. Je n’ai jamais trouvé le vrai nom des « catherines », petit fruit qui ressemblait aux framboises, et qui n’était peut-être qu’une variété de cette espèce. Par contre, je sais maintenant que le quatre-temps est le fruit du cornouiller. Ces petits fruits ronds d’un beau rouge orangé, sont groupés par quatre. Au printemps, les cornouillers forment un beau tapis de fleurs blanches. Papa nommait aussi les différents oiseaux qui nous égayaient de leurs chants. Nous aimions particulièrement l’oiseau des bois qu’on appelait « Frédéric » et qui a pour nom le bruand chanteur. Quand on l’entendait, on lui répondait sur le même ton: « Cache tes fesses, Frédéric, Frédéric! » Un des garçons s’amusait à siffler comme l’oiseau, si bien qu’on les prenait souvent l’un pour l’autre. Comme je marche maintenant de préférence sur les surfaces planes et solides, je n’entends plus que rarement le chant de « Frédéric ».

Mes parents, Julien Genest et Jeanne Petit (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Ah! les framboises! J’ai déjà dit que c’était le fruit préféré de ma mère. Je ne crois pas que c’était seulement à cause de sa saveur et de son parfum. Le temps des framboises, voyez-vous, c’était aussi le temps des vacances de notre père… des vacances qui passaient hélas, bien trop vite! Ce petit fruit si fragile, qui, quand on le cueille, se tasse dans le contenant, si bien qu’il baisse de moitié, c’était le symbole même de notre été, si court qu’on aurait toujours voulu le remplir à ras bord. Malgré tout, aujourd’hui encore, quand on arrive à la fin de l’été, on a toujours l’impression qu’il nous en manque un bout! Mais quand même, quel beau temps que celui des framboises!

© Madeleine Genest Bouillé, 26 juillet 2017

Sombreros et mantilles

On a les vers d’oreille qu’on peut! Depuis quelques jours, je m’éveille avec une chanson des années 40 qui a pour titre Sombreros et mantilles. Allez savoir pourquoi! L’artiste qui interprétait cette chanson s’appelait Rina Ketty; elle avait un fort accent italien, étant née à Sparzana, en Italie. Elle avait pour prénom Cesarina… dont elle avait gardé seulement les deux dernières syllabes, comme nom d’artiste.

Maman aimait bien cette chanteuse qui avait une jolie voix claire. J’étais toute jeune encore alors que Rina Ketty était déjà une vedette très connue. Ses chansons passaient fréquemment à la radio. Je me rappelle que maman fredonnait souvent en écoutant ces refrains, soit : Sérénade sans espoir, La Madone aux fleurs, et évidemment Sombreros et mantilles. J’essayais bien d’apprendre les paroles pour chanter moi aussi ces chansons, mais je ne les comprenais qu’à moitié… et encore!

Voici les paroles du début de la chanson Sombreros et mantilles : « Je revois les grands sombreros et les mantilles, j’entends les airs de fandango et seguedilles, que chantent les senoritas si brunes, quand luit sur la plazza, la lune ». Et voici à peu près ce que je comprenais: « Je revois les grands sombreros et les frémilles… j’entends un air de vent dans le dos et des guenilles… qui chante la senorita des prunes… quand on est loin là-bas, la lune. » C’était n’importe quoi! Mais j’aimais tellement chanter que ça ne dérangeait nullement de ne pas avoir les bons mots.

Je dois ajouter que chez nous, avec quelques frères plutôt moqueurs, c’était un jeu de changer les paroles des chansons qu’on entendait à la radio ou sur les disques qu’on écoutait à la maison, surtout qu’on n’y comprenait pas grand’chose. On plaçait n’importe quel mot, du moment que ça rimait, ça faisait l’affaire. Et certains de mes frérots avaient un vrai talent pour rendre la chanson comique et parfois même un peu méchante, mais si peu! On avait du plaisir à peu de frais, surtout quand il s’agissait de chanteurs et chanteuses qui possédaient un accent étranger, tels Rina Ketty, Tino Rossi et surtout Luis Mariano, qui était originaire du pays Basque espagnol. C’était alors le chanteur préféré de ma grande sœur et elle n’aimait pas ça du tout quand on virait les chansons de son beau Mariano à l’envers. Ce pauvre Luis! Il écorchait le français tellement qu’on ne saisissait presqu’aucune des paroles qu’il s’efforçait pourtant de bien chanter, de sa superbe voix de ténor. Il me revient justement la chanson du film Andalousie, dans lequel Mariano  incarne un toreador; alors qu’il est porté en triomphe juste avant de livrer un combat sans merci avec le taureau, il chante « Ole torero! C’est l’honneur des gens de cœur et de courage… » Je crois que c’est la seule phrase complète dont on saisissait les mots. Les couplets de cette chanson parlent entre autres, du « fier torero Dominguez Romero, dont la vaillance sans défaillance est le drapeau ». Ce pauvre torero! Il était méconnaissable, quand nous chantions ses exploits!

Les chansons de Luis Mariano étaient pour la plupart truffées de mots espagnols. Entre autres, la chanson thème du film La Belle de Cadix, où on parle de caballeros, de posada, des hidalgos, Juanito de Cristobal et Pedro le matador. Ce n’était vraiment pas étonnant si la Belle de Cadix, à la fin du premier couplet « ne voulait pas d’un amant » et à la fin du deuxième, « est entrée au couvent »!

Je me suis égarée avec Luis Mariano… rien que de très normal! Mais je reviens à Rina Ketty dont les mélodies rythmées étaient aussi sujettes à des changements de paroles de notre part lorsque nous étions enfants. Une de ses plus belles chansons a pour titre Montevideo, qu’on s’amusait à nommer « Montez vider l’veau ». Et pourtant, quelques années plus tard, alors que je commençais à connaître les chansons à la mode et que je me faisais un devoir d’apprendre consciencieusement toutes les paroles, c’est justement Montevideo que j’ai interprété pour ma première soirée d’amateurs. Ce genre de veillée était très à la mode. Tous ceux et celles qui chantaient ou jouaient d’un instrument donnaient leur nom pour participer à ce concours, où les gagnants recevaient un prix, jamais bien gros; mais ce qui importait, c’était de participer et d’être applaudi, comme de vrais artistes! Ma tante Rollande était l’accompagnatrice attitrée. Elle jouait du piano à l’oreille et pouvait accompagner presque n’importe quelle pièce… même quand l’interprétation était plus ou moins juste. C’était elle qui m’avait suggéré cette chanson, dont la musique, sur un rythme sud-américain, est assez difficile. C’était toutefois une pièce qui mettait en valeur autant le talent de l’accompagnatrice que celui de l’interprète. Vous me demandez si j’ai gagné? Je ne m’en souviens même pas… mais il me semble que je portais une robe mauve.

Pour terminer, j’emprunte quelques-unes des paroles de Sombreros et mantilles :

« J’ai quitté le pays de la guitare… Mais son doux souvenir en mon âme s’égare… Dans un songe souvent, tandis que mon cœur bat… Il me semble entendre tout bas… Une chanson qui vient de là-bas. »  Il me faudrait plutôt dire, « une chanson qui vient de ce temps si lointain ».  À une prochaine parlure!

© Madeleine Genest Bouillé, 20 juillet 2017

Le trèfle qui croyait avoir quatre feuilles

Il avait grandi dans un terrain vague, en bordure du fleuve, là où la tondeuse n’a jamais mis le pied. Il faut savoir que la vie normale d’un brin de trèfle, comme celle d’un brin de chiendent ou autre herbe du même genre, ça dure un été… à moins d’avoir la malchance de pousser sur un terrain où il y a des humains, donc des tondeuses à gazon!

champ trèfle

En ce lieu béni des dieux, en général tout poussait et vivait librement. Je dis bien « en général », car comme il y poussait aussi des petites fraises des champs, il arrivait donc que des gens viennent cueillir ces petits fruits, et en même temps quelques fleurs sauvages. Les humains, ça ne fait pas attention, ça pose leurs gros pieds n’importe où et forcément, il arrive qu’ils détruisent d’innocentes plantes qui ne leur ont pourtant jamais rien fait.

Le brin de trèfle dont je vous parle avait ceci de particulier qu’il croyait avoir quatre feuilles. Lui et ses frères vivaient tellement rapprochés les uns des autres, pour ainsi dire, imbriqués les uns dans les autres, qu’il était vraiment difficile de savoir quelle feuille appartenait à qui. Ils se balançaient tous ensemble au gré du vent, se couchant tous du même côté, pour se relever d’un même geste, comme en un ballet bien ordonné. Leurs feuilles pendaient tristement toutes ensemble sous la pluie, puis reprenaient vie d’un commun accord sous les chauds rayons du soleil. Pourquoi ce petit brin se croyait-il différent? Nul n’aurait pu le dire. Mais c’était ainsi. Et ça lui faisait comme on dit « un petit velours »!

kiosque et trèfle 2

Sur ce terrain où, je le répète, tout poussait comme au paradis d’Adam et Ève, il y avait aussi plusieurs églantiers. Un jour, une jeune fille du village vint pour cueillir des églantines, une douzaine exactement, les plus belles, bien sûr. Elle choisissait les fleurs avec grand soin et prenait bien garde de ne pas écraser les autres plantes. Elle allait légère et court vêtue comme la Perrette de la fable, sauf qu’elle était toute à sa cueillette et ne rêvait pas à d’improbables fortunes. Après avoir ramassé les fleurs dont elle avait besoin, elle se mit à chercher des fleurs de trèfle, une douzaine de blanches et une douzaine de mauves, comme le mentionnait la recette du miel de trèfle. Notre petit brin de trèfle, voyant venir la jeune fille, tentait de relever la tête afin qu’elle le choisisse, lui qui, croyait-il, possédait quatre feuilles. Il disait : « Si tu me cueilles, tu auras la chance tout au long de ta vie, penche-toi un peu plus, regarde par ici… non pas par-là, je te dis : par ici! »  Mais les brins de trèfle ont une toute petite voix et la jeune fille n’entendait rien.  Justement elle se mit à chanter une bien jolie ballade où il était question « d’une fille blonde et douce, qui aimait à se reposer dans les bois, couchée sur la mousse, écoutant les oiseaux chanter ». Les oiseaux semblaient aimer ce chant puisqu’ils l’accompagnaient de leurs trilles les plus mélodieuses.

La jeune fille ramassait toujours ses trèfles et bien entendu, quelques feuilles se mêlaient aux caboches blanches et mauves. Soudain, notre petit brin rempli de prétention se sentit frémir, puis il perdit pied et se vit soulevé par des doigts légers mais solides. Il en fut tout étourdi, il se voyait monter, monter…jusqu’au ciel, lui sembla-t-il!  Il secoua la tête, puis s’aperçut alors qu’il n’avait que trois feuilles comme presque tous ses frères. Il n’en croyait pas ses yeux et il fut tout d’abord très déçu. Mais ce qui lui arrivait était tellement extraordinaire qu’il n’eut pas le loisir de pleurer longtemps sur son sort, cette aventure lui parut même plutôt excitante. Finalement il n’était pas si malheureux que cela. Il faisait maintenant partie d’un joli bouquet rose, mauve et blanc, égayé du vert des feuilles de trèfle et d’églantines. Du haut de son perchoir, il vit tous les trèfles encore sur le sol, si près les uns des autres, qu’il était bien difficile de savoir s’ils avaient trois ou quatre feuilles.

Avant d’être déposé soigneusement par les mains de la jeune fille dans un grand sac de toile avec les autres plantes, il eut le temps de se souvenir de la vie qu’il avait menée, là en bas, tout près de ses semblables. Il se rappela la force du lien qui les tenait unis, lui et ses frères, face aux intempéries et aux grands vents; il revit les beaux jours de l’été où ils se gorgeaient de soleil tous ensemble. Et il comprit combien il avait été heureux. Il ne savait pas ce que lui réservait l’avenir – y avait-il seulement un avenir? Alors il envoya vers le ciel un « merci », seulement merci, pour ce cadeau qui s’appelle la vie!

© Madeleine Genest Bouillé, 17 juillet 2017

(Tiré de Récits du bord de l’eau, 2008.)