Ces « Madames AVON » que j’ai connues…

6542597Si vous avez vu le film Édouard aux mains d’argent (version française de Edward Scissorhands), vous vous rappelez certainement de « l’ambassadrice AVON », correctement vêtue de son petit tailleur avec chapeau assorti; l’image même de la vendeuse de cosmétiques des années soixante. Sauf qu’à ma connaissance, il n’était pas courant que, comme on nous le montre dans le film, les représentantes Avon testent leurs produits sur les clientes, enfin, pas celles qu’il m’a été donné de rencontrer.

Depuis mon jeune âge, j’ai connu six « Madames AVON », comme on appelait les représentantes de cette compagnie de cosmétiques fondée à New-York en 1886. Malheureusement, je n’ai de photo d’aucune d’elles. Dommage, j’aurais aimé vous présenter au moins celles qui ne sont plus de ce monde. Pour ce qui est de la première, j’étais encore trop jeune pour être cliente; elle venait rencontrer ma mère pour vendre ses produits. Maman aimait beaucoup les parfums, en particulier celui qui s’appelait To a wild rose. Après son décès, on retrouvait encore l’odeur de cette fragrance dans ses tiroirs. La toute première vendeuse Avon que j’ai connue était une femme qui me paraissait très grande, peut-être ne l’était-elle pas tant que ça… Elle avait les cheveux blond platine, ce qui était rarissime à Deschambault dans les années quarante. Elle s’appelait Julienne, elle habitait la maison où nous demeurons depuis 1971. Dans mon souvenir, je la revois; c’était sans doute l’hiver, car elle portait un manteau de longueur trois-quarts en léopard et elle était coiffée d’un turban violet. Et pour comble, ses ongles très longs étaient vernis du même violet que son turban! Je n’en revenais pas, je la trouvais tellement chic! Elle n’était pas vraiment belle, mais elle était originale. Elle avait quelque peu l’allure de l’actrice Marlene Dietrich. Elle aurait pu figurer comme mannequin dans les revues de mode que ma mère lisait, soit la Revue Moderne ou la Revue Populaire!

avon-ad-1959J’ai commencé à acheter les produits Avon avec la deuxième de ces vendeuses à domicile. Elle se nommait Gracia… et elle portait bien son nom, toujours tellement élégante; elle avait beaucoup de classe. Autrefois, étant donné que les catalogues de cosmétiques n’étaient pas illustrés comme maintenant, une vendeuse Avon devait tout d’abord utiliser elle-même le plus possible les produits qu’elle offrait. C’était le cas pour Julienne et pour Gracia. Rouge à lèvres et vernis à ongles assortis, fond de teint, poudre et parfum… Je ne sais pas si on leur offrait des cours de maquillage, mais elles étaient vraiment impeccables… ni trop, ni trop peu! Gracia était de plus une femme dotée d’un esprit fin, plutôt moqueuse. C’était une personne fière, mais qui savait se montrer aimable. Je me souviens de la fois où j’ai acheté mon premier petit pot de crème Avon, il s’agissait d’un produit pour « jeune fille ». Elle m’avait aussi donné des échantillons de divers articles qui devaient me convenir. N’y connaissant absolument rien, j’avais bien entendu apprécié les conseils de ma vendeuse.

il_570xN.700819506_90a5Ma troisième représentante Avon s’appelait Angélique, c’était une dame plus toute jeune et elle n’a pas fait ce travail très longtemps. Elle était gentille, pas gênante et elle était très jasante. J’étais alors maman de jeunes enfants; peut-être est-ce la raison pour laquelle je me souviens moins bien de madame Angélique; je manquais sûrement de temps pour la jasette! Ensuite il y eut Raymonde, qui a été « Madame AVON » pendant plusieurs années. On se connaissait depuis longtemps, on échangeait des potins, on parlait de tout et de rien et je ne me sentais pas obligée d’acheter ou non ses produits. Parfois, si elle estimait qu’un article ne valait pas la publicité qu’on en faisait, elle le disait tout simplement. Raymonde était une personne pas compliquée. On était loin du temps où les vendeuses de produits de beauté devaient être des cartes de mode pour mieux vendre leurs produits! Raymonde était ma représentante Avon quand la compagnie a commencé à offrir des bibelots et objets d’art pour différentes occasions, soit pour Noël, la Saint-Valentin ou l’Halloween. J’ai acheté de Raymonde en 1997 une petite boite à musique, avec un Père Noël qui patine sur un miroir; tous mes petits-enfants ont joué avec ce bibelot musical… hélas, au dernier Noël, la musique avait commencé à fausser. Je ne sais pas encore si je vais le jeter…

Quand Raymonde a pris sa retraite, elle était déjà atteinte de la maladie qui l’a emportée. J’ai été un certain temps sans vendeuse Avon. Jusqu’à ce que je trouve ma cinquième représentante à Portneuf, ce qui était moins pratique. Mais voilà que depuis quelque temps, j’ai de nouveau une « Madame AVON » qui vient chez moi. Elle s’appelle Nathalie, c’est la plus jeune de toutes les ambassadrices Avon de mon histoire… elle a l’âge de ma fille! Très gentille, elle a quand même moins de temps pour la jasette que celles qui l’ont précédée… Mais on peut communiquer par Internet! C’est la « Madame AVON » des temps modernes!

© Madeleine Genest Bouillé, août 2015

La maison où j’ai grandi

Maison où j'ai grandi 1« Quand je me tourne vers mes souvenirs

Je revois la maison où j’ai grandi

Il me revient des tas de choses

Dans un jardin, je vois des roses… »

(Chanson de Françoise Hardy)

1955

La maison où j’ai grandi…

La maison où j’ai grandi n’est pas celle où je suis née. Je n’ai en fait que peu de souvenirs de la maison où je suis née; celle en face de l’école qui porte maintenant le numéro civique 249. Je me rappelle la porte-fenêtre qui donnait sur l’étroit perron en arrière; aussi l’escalier qui montait à l’étage où il y avait les chambres. Ce dont je me souviens vraiment, c’est d’abord la chambre de ma sœur, avec les poupées de papier étalées sur un meuble et auxquelles je ne devais pas toucher. Et aussi la chambre de maman, avec la chaise berçante en osier et la lucarne, placée trop haut; on devait monter quelques marches pour regarder par la fenêtre. Et le salon où il y avait le piano, je trouvais cette pièce très grande… Voilà, c’est à peu près tout. C’est que, voyez-vous, j’avais à peine trois ans quand j’ai commencé à « me faire garder » ailleurs (voir Aurore et moi, un de mes premiers textes).

La maison en pierre de taille au début des années 50, avec l'appentis à l'est. La cave de la maison, probablement plus vieille, ainsi que l'appentis en pierre des champs seraient les vestiges d'une ancienne poudrière.

La maison au début des années 50, avec l’appentis à l’est. La cave de la maison, probablement plus vieille, ainsi que l’appentis en pierre des champs seraient les vestiges d’une ancienne poudrière.

La maison où nous avons achevé de grandir – physiquement, parce que pour le reste, ce n’est jamais fini! – celle d’où nous sommes partis chacun vers notre destin, c’est celle de la rue Johnson, la vieille route, comme on disait. Une maison où enfin nous étions seuls, toute la famille, sans personne d’autre et pas non plus de voisins collés, une vieille maison en pierre, sombre, froide… que tous ensemble nous avons su rendre chaude et vivante! Cette maison est très vieille. On ne sait pas au juste quand elle a été construite. Quand nous avons emménagé en 1949, la cave était divisée par des murs de pierres très épais; on nous a dit que c’était jadis une poudrière. Lors de sa construction, cette bâtisse était, paraît-il, beaucoup plus longue. Toujours selon les dires, c’était la caserne de la milice, l’endroit où l’on stockait les munitions. Le petit appentis en pierre, accolé à la partie et qu’on appelait « la laiterie », est aussi très vieux.

Dans les premières années où nous avons vécu dans cette maison, nous n’en étions pas propriétaires. Mais pour nous, les enfants, cela ne faisait aucune différence. C’était chez nous. La porte en avant ouvre toujours sur la grande cuisine. Comme dans la plupart des maisons anciennes, c’est la pièce où l’on vit; en fait, tout se passe dans la cuisine! Les poutres énormes font paraître le plafond encore plus bas. La table entourée de multiples chaises occupe le centre de la pièce; près du mur, côté ouest, le poêle à bois trône tout près de la chaise berçante de maman. Le salon, c’est l’endroit où l’on va pour jouer du piano, écouter de la musique, lire ou causer tranquillement; jadis, je m’en souviens, j’y ai veillé avec mon amoureux… Autrefois, un escalier rudimentaire grimpait le long du mur de pierre jusqu’à l’étage qui n’était qu’un vaste grenier, dans lequel on avait construit une chambre, un peu comme une cabane. C’était la chambre de ma sœur; la pièce ayant une ouverture grillagée dans le plancher, elle était ainsi réchauffée par le poêle de la cuisine. La porte arrière de la maison donne sur le hangar. Quand nous sommes arrivés dans cette maison, au fond du hangar, il y avait encore ce qu’on appelait les « bécosses ». C’était ingénieux, au moins les gens n’avaient pas à sortir dehors en hiver… quoique, le hangar, c’était presque aussi froid que l’extérieur! Durant les premiers temps où nous l’habitions, elle n’était vraiment pas luxueuse la vieille maison des Morin… pour tout dire, elle manquait de commodités. On dit que « tout vient à point à qui sait attendre »… c’est ce qui est arrivé!

Mes frères Florent et Roger, et moi, vers 1955. La maison à l'arrière plan est celle de feu Jean-Yves Vézina

Mes frères Florent et Roger, et moi, vers 1955. La maison à l’arrière plan est celle de feu Jean-Yves Vézina (127, rue Johnson).

Graduellement, quoiqu’un peu en retard, le vingtième siècle est entré dans la maison. Salle de bain, escalier, deux autres chambres à l’étage, installation d’une fournaise dans la cave, réfection du toit, de la galerie. C’était devenu « notre » maison! Nous en aimions tout autant l’extérieur que l’intérieur. Quatre gros saules délimitaient la cour arrière, où on était si bien par les chaudes journées estivales. Quand maman sortait pour étendre sa lessive, elle s’arrêtait un peu à l’ombre des saules pour profiter de leur ombrage; elle s’y sentait bien! Plus loin à l’arrière, s’étalaient des champs où paissaient des vaches… il y avait aussi une grange, où l’on entassait le foin et encore un peu plus loin, coulait un petit ruisseau qui au printemps se gonflait et se prenait pour un torrent.

Que dire de plus? Cette maison nous a abrités, protégés des intempéries, elle nous a tenus au chaud durant les longs hivers, tandis qu’elle nous offrait sa fraîcheur par les journées torrides de l’été. Elle a entendu nos dires, nos rires et nos soupirs… sans jamais rien répéter. Ses vieilles pierres connaissent tous nos secrets… Comment ne pas l’aimer!

© Madeleine Genest Bouillé, août 2015

Du temps où les autos étaient des « chars »…

Le Dodge Crusader rouge 1954.

Le Dodge Crusader rouge 1954.

Mon père n’a jamais eu d’auto. À l’époque où il s’est marié, ce n’était pas rare. Plus tard, quand il travaillait à Montréal, il disait ne pas en avoir besoin; en ville, il y avait les « p’tits chars » et les tramways. Et quand il venait à Deschambault, les premiers temps, il prenait le train, puis plus tard, il voyagea par autobus. Mon frère aîné, Claude, n’a jamais eu d’auto. C’est Jacques, le quatrième de la famille, qui a eu la première automobile après qu’il eut commencé à naviguer. Cette voiture était une Dodge Crusader rouge 1954. Nous en étions tous très fiers! Enfin, nous avions nous aussi un « char » comme tout le monde dans le voisinage.

Le Monarch 1949, modèle acheté par mon beau-frère Odilon...

La Monarch 1949, modèle acheté par mon beau-frère Odilon…

Quelque temps après, notre grande sœur Élyane nous présentait son fiancé. Ce qui signifiait : une deuxième auto dans la famille. Notre beau-frère Odilon conduisait une Monarch de couleur beige et brun. Cette auto avait connu des jours meilleurs puisqu’elle datait de 1949, si je me souviens bien. C’était l’ancêtre des autos de la famille. Elle a tenu bon tout au long du voyage de noces de ma sœur et de mon beau-frère et elle a fait encore un bon bout après. Tout un « char »! Je ne pourrais nommer toutes les autos de mon beau-frère, mais je me rappelle surtout la camionnette de « Jacques-Cartier Cleaner », l’entreprise pour laquelle Odilon a travaillé durant plusieurs années. C’est avec ce véhicule que nous allions pique-niquer sur les bords du Richelieu, au Parc Roman (auquel je fais référence dans un article précédent, Images d’été).

Les plus jeunes de mes frères ont eu eux aussi différentes autos, plus souvent qu’autrement usagées. Georges a eu d’abord un camion; il n’était pas beau, mais il était très utile. Il eut par la suite une Pontiac qu’il avait repeinte lui-même en noir et rouge. Ça faisait tout un effet! Puis, après son retour de la Baie James où il avait été travailler, il s’est payé une petite folie et il a acquis sa superbe Camaro Z28… C’était du « char », ça, oui monsieur! Mais il a ensuite changé ses priorités : il s’est marié et il est devenu marchand général! Mon jeune frère Roger avait pour sa part un penchant pour les petites voitures sport, il a ainsi eu en sa possession deux autos de marque MG, une jaune et une verte. Il en parle encore avec un brin de nostalgie… Un jour, il a enfin possédé une voiture neuve, il s’agissait d’une Toyota 1972. Je ne pourrais vraiment pas faire la nomenclature de toutes les autos qui ont succédé. Mon autre frère – je rappelle que j’en avais huit – André, qui est mon cadet de 364 jours, a commencé à conduire un peu plus tard. Il fréquenta tout d’abord mon amie Francine qui enseignait à l’école primaire de Deschambault. Francine avait de grandes qualités… et elle avait aussi une auto, une Chevy II 1967. Un professeur, c’est habituellement quelqu’un de patient; elle a donc entrepris d’apprendre à André à conduire une automobile. Elle a très bien réussi. La preuve, il conduit toujours et il n’a pas d’accident à son actif. Je crois cependant qu’il est toujours escorté de trois ou quatre anges gardiens…

La première auto de mon mari, une Buick LeSabre 1959.

La première auto de mon mari, une Buick LeSabre 1959.

Quand mon futur époux et moi avons commencé à nous fréquenter, il ne possédait pas encore d’auto. Parfois il venait chez moi avec le camion de son frère aîné Louis-Joseph, parfois, faute de mieux, à bicyclette. Il arrivait aussi qu’il ait la chance de conduire la belle Chevrolet 1959 de son grand frère Gabriel. Durant le premier hiver de nos amours, notre vieille route n’était pas toujours bien entretenue, les tempêtes se succédaient à un rythme que les déneigeurs ne pouvaient pas suivre, mon soupirant devait donc parfois faire un bout de chemin à pied. Si ce n’est pas de l’amour… c’est sûrement quelque chose d’approchant!

Moi et la Oldsmobile 1960 dans la vallée de la Matapédia.

Moi et la Oldsmobile 1960 dans la vallée de la Matapédia.

Au début de l’été 1963, alors que mon prétendant prenait un petit congé entre deux bateaux, il a acheté son premier « char », une Buick Le Sabre blanche 1959. Selon moi, les plus belles autos ont été celles de l’année 1959 et la Buick était LA plus belle!   C’était une auto qui « flashait »! Même si je dois admettre qu’à l’usage, on s’est rendu compte que celle que Jacques avait achetée ne valait pas cher… C’est pourquoi, l’année suivante, comme nous avions décidé de faire notre voyage de noces en Gaspésie, il fallait être certain que notre auto soit capable de nous y conduire et de nous ramener à la maison. Cette deuxième voiture, achetée au réputé Garage Brassard de St-Marc-des-Carrières, était une Oldsmobile 98 noire 1960. Comme on disait alors, ça vous avait une allure de « char de ministre »!

Plymouth Duster '73. Nos trois p'tits gars l'aimaient bien celle-là!

Plymouth Duster ’73. Nos trois p’tits gars l’aimaient bien celle-là!

Nous avons eu par la suite quelques autos de marque Oldsmobile, toujours des voitures usagées, jusqu’en 1973, alors que mon époux, qui travaillait à Québec, a jugé bon d’acquérir une voiture neuve, bien que plus petite et économique. Cette première auto neuve était une Plymouth Duster 1973, bleue avec des bandes blanches. Nos trois petits gars la trouvaient bien belle! Elle a rendu de bons et loyaux services jusqu’en 1978. Par la suite, nous avons usé quelques petites autos… qui ne méritaient vraiment pas le terme de « char ». Jusqu’à ce que mon mari revienne en 1994 au style « char de ministre » avec d’abord la Chrysler Dynasty 1992, de couleur gris foncé. Cette merveille a été suivie en 2000 d’une Chrysler Eagle Vision 1995, noire, une voiture magnifique qui a tenu bon jusqu’en 2005. De 1963 à aujourd’hui, mon époux a eu quinze voitures, dont quatre qui étaient neuves à l’achat. Mais je dois dire que seulement sept ou huit parmi ces véhicules méritaient le titre honorifique de « chars »!

© Madeleine Genest Bouillé, août 2015

Que sont mes amis devenus?…

Réflexion sur l’amitié.

J’ai rencontré ces derniers jours une amie que je n’avais pas vue depuis longtemps, elle m’a abordée ainsi : « Comme ça fait longtemps! Qu’es-tu donc devenue? » Ces mots m’ont rappelé les paroles d’une vieille chanson. Elle avait été reprise par Nana Mouskouri dans les années 80. Sur un petit air tristounet, ça dit entre autres choses : « Que sont mes amis devenus, que j’avais de si près tenus, et tant aimés… Ce sont amis que vent emporte, et il ventait devant ma porte, les emporta. »

Une amie qui venait de loin, Lucienne, en 1946.

Une amie qui venait de loin, Lucienne, en 1946.

Dans ma mémoire ont alors défilé les enfants avec qui je jouais dans mon enfance. Et ces garçons et filles, avec qui j’ai « jeunessé » – j’aime bien ce mot, je trouve qu’il exprime bien ces relations amicales et sans conséquence qui sont le lot de notre adolescence et des débuts de notre vie d’adulte. Puis, plus tard, les personnes que j’ai rencontrées au gré des différentes activités auxquelles j’ai participé. Que sont-ils tous devenus? J’avoue que j’en ai perdu plusieurs de vue, et ce, depuis longtemps. Comme dans la chanson : «  Le vent les a emportés ». Par contre, demeurant dans le village où je suis née, je rencontre quand même souvent d’anciennes compagnes de classe ou des amis que je connais depuis de nombreuses années. En vieillissant, je remarque qu’on se rapproche des gens avec qui on a partagé des tranches de vie, et c’est normal. On a des souvenirs en commun, on a écouté les mêmes chansons, on est allés voir les mêmes films, on a ri ensemble, on a échafaudé des projets d’avenir. Plus tard, nos enfants ont fréquenté la même école. Même si nous n’étions pas des amis intimes auparavant, tout cela a créé des liens. Et ces liens qui nous rattachent les uns aux autres, c’est de la chaleur pour le cœur. Ma mère disait : « En vieillissant, on devient frileux; pour avoir plus chaud, on a besoin de compagnie. » En réalité, qu’est-ce donc que l’amitié? Une autre chanson me revient, elle était chantée par Françoise Hardy : « Beaucoup de mes amis sont venus des nuages… ils ont fait la saison des amitiés sincères, la plus belle saison des quatre de la terre. » Déjà, quand j’étais enfant, j’hésitais toujours un peu avant de dire qu’une autre fillette était mon amie. Je me souviens que j’avais peur de me tromper; j’attendais d’être certaine. Selon moi, l’amitié était comme une maison où l’on est invité; on frappe à la porte, mais on attend pour entrer que quelqu’un vienne ouvrir.

En 1960, avec mes amies du

En 1960, avec mes amies du « Cap Blanc », Nicole et Murielle.

Au cours de mes années d’étudiante, j’ai noué des relations amicales avec plusieurs compagnes, en tenant compte toutefois qu’il était dans l’ordre des choses que nos chemins se séparent à la fin de nos études. Plus tard, au fil des années, j’ai connu des amis que je nomme des « étoiles filantes », des personnes rencontrées dans différents groupes, comme la chorale, le théâtre ou une association quelconque. Des « amis »… en devenir, qui pour une raison ou une autre, n’ont fait que traverser ma vie. Il y a eu des déménagements. On sait ce que c’est, on se promet de demeurer en contact et le cours des choses en décide autrement. Parfois on s’éloigne parce que malgré certaines affinités, on n’est pas sur la même longueur d’ondes, on n’a pas les mêmes valeurs. C’est dommage! Aussi, comme beaucoup de gens de mon âge, je déplore la perte de quelques amis qui sont déjà partie pour l’autre monde. Il y a encore heureusement des personnes qui « font la saison des amitiés sincères ». Ils et elles ne sont pas légion; certains sont des amis depuis très longtemps, d’autres moins, mais tous me sont chers. Que ces amitiés se soient forgées au fil des ans ou au gré des activités qui nous ont rapprochés, j’espère de tout mon cœur que le vent ne les emportera pas! L’amitié, c’est comme le soleil, on n’a pas besoin de le voir tous les jours, mais on s’ennuie quand il se fait trop rare. Pour les vrais amis, l’essentiel c’est que chacun sache qu’il peut compter sur l’autre. En terminant je vous cite deux pensées tirées de mon vieux petit carnet, d’abord celle-ci : « Les vrais amis attendent la réponse quand ils demandent : comment ça va? » Et celle-là : « Un ami, quelqu’un qui sait tout de toi et qui t’aime quand même. »

Madeleine Genest Bouillé, août 2015

L,amie Madeleine et son cousin Jean-Maurice, 1947.

L’amie Madeleine et son cousin Jean-Maurice, 1947.

D’une époque à l’autre, de pique-nique en festin…

Souper communautaire lors du 300e anniversaire de Deschambault, 29 juin 2013.

Souper communautaire lors du 300e anniversaire de Deschambault, 29 juin 2013.

Existe-t-il une rencontre de famille, une fête, un évènement quelconque qui rassemble plusieurs personnes sans qu’il y ait un repas? Du déjeuner au 5 à 7, jusqu’au souper ou au réveillon, en passant par le brunch ou le pique-nique, quand on se réunit, on mange!

Pique-nique dans les années 40...

Pique-nique dans les années 40…

Curieusement, en faisant le tri de mes photos, je me suis demandée pourquoi on ne prend jamais de photo du réveillon de Noël. Car c’est un fait, je n’ai pas de photo de belle table de réveillon. Peut-être que, après la messe de Minuit, on a faim et on se « garroche » sur le festin au plus vite; on en oublie les photos! J’ai constaté aussi que les photos de tables bien garnies sont souvent mises de côté. Cela n’est pas joli, car on y voit évidemment des personnes qui mangent, des mains tendues vers la salière ou la corbeille à pain, quand ce n’est pas la bouteille de ketchup Heinz! Il y a aussi des assiettes à moitié vides et d’autres à moitié pleines. Et c’est ainsi que nos albums de photos manquent de réalisme…

30e anniversaire de mariage de mes parents.

30e anniversaire de mariage de mes parents.

Jour de l'An 1965 dans la famille Bouillé.

Jour de l’An 1965 dans la famille Bouillé.

Dans mes photos plus anciennes, il y a peu de photos où l’on mange. Il est vrai que les anciennes caméras exigeaient un temps d’exposition avant le déclic. Très malcommode au cours d’un repas. J’ai choisi quelques photos de pique-nique, dans les années quarante, où l’on remarque surtout l’emballage. Évidemment, il n’y avait pas de glacière, ni de contenants en plastique. On enveloppait la nourriture dans du papier ou des linges propres. On apportait une bouteille de thé froid, des verres, et on rangeait le tout dans des boîtes en carton. Ça faisait l’affaire!

80e anniversaire de Germaine St-Amant, ma belle-mère.

80e anniversaire de Germaine St-Amant, ma belle-mère.

25e anniversaire de mariage de ma sœur Élyane et son mari Odilon.

25e anniversaire de mariage de ma sœur Élyane et son mari Odilon.

Dans nos familles, tout est occasion de festoyer. Mariage, anniversaire de naissance ou de mariage, repas du temps des Fêtes. Ces souvenirs de belles tablées ont une place de choix dans les albums de photos, telle cette image, qui rappelle le 30e anniversaire de mariage de mes parents en 1962. Si je n’ai pas de photo de réveillon, voici une photo du souper du Jour de l’An en 1965 dans la famille Bouillé. On faisait tout d’abord manger les enfants et les adultes s’attablaient ensuite. Parce que, comme on sait, les grandes personnes, ça mange longtemps, étant donné que ça parle autant que ça mange! Et se succèdent les photos prises au Vieux Presbytère où ont eu lieu maintes fêtes de famille. On y trouve les Bouillé en 1981, pour les quatre-vingt ans de Germaine, la mère de cette grande et belle famille. En 1982, nous fêtions le vingt-cinquième anniversaire de mariage de ma grande sœur Élyane et son mari Odilon; toute une fête! C’était en août, et je me rappelle le soleil qui se levait quand nous sommes rentrés à la maison! Il y aurait un plein album de photos des rassemblements de la famille Genest au Vieux Presbytère dans le temps des Fêtes, avec des tables qui croulent sous les victuailles. Car on ne fait pas que souper; il doit rester assez de boustifaille pour le petit lunch de fin de soirée!

On m’a demandé l’an dernier, au cours d’un jeu de devinettes, quel était mon menu préféré. Je ne savais vraiment pas quoi choisir; en fait, l’important ce sont les personnes qui sont autour de la table. Je peux manger presque n’importe quoi avec plaisir si je suis en présence des gens que j’aime! Mais j’avoue que les épluchettes de blé d’Inde ont toujours eu pour moi un certain charme. Ça se passe généralement à la Fête du Travail; on célèbre donc la fin des vacances pour les uns et la reprise de l’école ou des multiples activités pour les autres. Et surtout, c’est le temps du blé d’Inde! On l’attend si longtemps ce légume dont la dégustation est une véritable fête! Voilà ce qui a guidé mon choix pour la dernière photo, prise en 2009, à la maison Genest.

© Madeleine Genest Bouillé, juillet 2015

Souper des Genest, en 2009, à la maison familiale dans la rue Johnson.

Souper des Genest, en 2009, à la maison familiale dans la rue Johnson.

Images d’été

IMG_20150714_0001Mon premier été… j’avais huit ou neuf mois, on m’avait assise dans l’herbe haute, comme on peut le constater. Nous n’avions pas de tondeuse à gazon et pas de gazon non plus, juste de l’herbe, ou du foin si vous préférez. Ça ne nous empêchait pas d’être heureux, loin de là! La photo a été prise en avant de la maison sise au 249, Chemin du Roy. C’est dans la partie est de cette maison qui a été rallongée que les six derniers enfants de la famille Genest sont nés. À l’époque, il y avait des arbres devant la maison, une clôture et assez de terrain pour jouer.

Numériser0007Une image que j’aime bien, c’est cette photo avec mon petit bicycle tout en bois! J’étais alors chez Lauréat et Aurore Laplante. Lauréat, qui était menuisier, m’avait fabriqué ce petit véhicule peint en rouge et bleu, avec lequel je m’amusais bien sagement dans la cour. Je n’allais pas encore à l’école, mais je ne m’ennuyais jamais. Il y avait le chien, Buster, un chat, quelques chèvres dans un petit enclos. J’en avais un peu peur, mais j’aimais quand même aller les regarder et leur donner à manger. J’ai eu une belle enfance, du moins c’est ce dont je me souviens… N’est-ce pas l’essentiel?

IMG_20150714_0006Cette photo prise vers 1960 me rappelle les étés où je rendais visite à ma sœur et sa famille à Longueuil; le samedi, quand il faisait beau, nous allions pique-niquer au Parc Roman, quelque part au bord du Richelieu. Je ne me souviens pas dans quelle municipalité était situé ce parc. C’était comme dans la chanson : « Sur la route de Longueuil, de Longueuil à Chambly »… Il y avait de beaux endroits ombragés avec des bancs de pierre que j’imaginais très vieux… peut-être ne l’étaient-ils pas. Parfois, au retour, nous arrêtions dans un ciné-parc pour regarder un film, mes deux petits neveux faisant dodo à l’arrière de la camionnette de mon beau-frère. Quand je travaillais au Central du téléphone, c’était mon voyage de vacances!

IMG_20150714_0005Une photo prise « aux trois roches », sur la grève, où nous allions nous baigner. Je l’ai choisie parce qu’on y voit notre chien Bruno. En fait, nous avons eu Bruno I et Bruno II, deux chiens identiques, des bâtards d’épagneul, pour le peu que j’en sais. Je me souviens moins bien du deuxième; il est entré dans la famille après mon mariage… pour lui, je n’étais pas quelqu’un de la maison! Sur cette photo, il s’agit de Bruno I; il se tient tranquille parce qu’il est avec papa. Notre père était un homme calme, souriant, il ne parlait pas fort; Bruno devait se trouver bien avec lui… comme nous d’ailleurs. Et ça me rappelle aussi les trois roches, où nous allions toujours pour nous baigner et pour pique-niquer… Une image qui représente tellement bien les plaisirs de nos étés.

IMG_20150714_0007Puis un jour, un marin d’eau douce est entré dans ma vie… pour n’en plus sortir! Cette photo date de 1962. Le bateau devait être à quai quelque part à Québec ou à Lanoraie, ou bien mon marin avait décidé de prendre une petite vacance et il me faisait la surprise d’une visite inattendue. Cette photo est une image de bonheur; elle est donc essentielle dans l’histoire de mes étés.

IMG_20150714_0019Nos pique-niques! Quelques membres de ma famille ont eu au cours des années 60 jusqu’en 92, une maison ou un chalet près du fleuve. Imaginez si on en faisait des pique-niques! Voici une de ces images d’été, une parmi tant d’autres. J’ai choisi celle-ci parce que souvent sur ce genre de photos, on voit plus de dos que de figures ou encore les personnes sont éparpillées un peu partout. Cette photo date du début des années 70. Au fil des années, les enfants grandissent, il en arrive d’autres, de nouveaux conjoints s’ajoutent, le décor change un peu, les modes aussi… Mais c’est l’image même des petits bonheurs de nos étés. Ces petits bonheurs qui, s’ajoutant les uns aux autres, forment la trame du bonheur tout court!

IMG_20150115_0004L’été ça passe vite. Un beau matin, sans qu’on sache comment c’est arrivé, c’est le mois d’août! Cette photo de mes grands-parents Blanche et Tom Petit a certainement été prise au mois d’août. D’abord, je dois préciser que la rue Saint-Joseph, qu’autrefois on nommait tout bonnement « la petite route », était et est toujours de par sa situation géographique, une espèce d’Eden où l’on trouve les plus beaux potagers du village! Tout particulièrement, le jardin de ma grand-mère Blanche, qui est devenu par la suite le jardin de ses filles, était sans contredit LE plus beau jardin. Sur cette photo, prise après le souper – le « serein » tombe vite en août –, mes grands-parents sont l’image même des gens heureux. Après une grosse journée (y en avait-il de petites?), Blanche se repose en mangeant un épi de blé d’Inde, pendant que Tom fume une pipée de tabac canadien, qu’il a sans doute récolté dans son jardin. Ils ont l’air si bien! C’est l’une de mes photos préférées, une image apaisante, qui me fait aimer le mois d’août.

© Madeleine Genest Bouillé, juillet 2015

La famille de ma mère: les Paquin et les Petit

Photo de mariage d'Edmond et Blanche (la photo "double" était à la mode à cette époque).

Photo de mariage d’Edmond et Blanche (la photo « double » était à la mode à cette époque).

Il me fait grand plaisir de vous présenter maintenant les parents de ma mère, Blanche Amaryllis Paquin, et Edmond Petit, lors de leur mariage le 5 mai 1903. Coïncidence, nos grands-parents Genest et Petit ont convolé le même mois de la même année. Vous remarquerez la photo double qui devait être alors très à la mode. Mes grands-parents maternels étaient cousins germains, Blanche étant la fille d’Amaryllis Boissonnault et de Grégoire Paquin et Edmond – qu’on a toujours appelé Tom, le fils d’Angèle Paquin, la sœur de Grégoire, et de Nérée Petit. Les parents de Grégoire et Angèle, Léon Paquin et Julie Proulx, demeuraient dans une maison qui a été incendiée en 1918; cette demeure était située au même endroit que la maison Montambault, au 338, sur le Chemin du Roy. Grégoire et Amaryllis ont eu dix enfants, dont quatre décédés en bas âge. Eugène, Georges, Alfred, Ernestine, Eugénie et Blanche se sont mariés et ont eu des enfants. Les Paquin de ma branche maternelle sont issus de Nicolas Paquin, l’ancêtre de tous les Paquin, et de sa deuxième épouse, Thérèse Grosleau.

Les oncles Petit avec le cousin Georges Paquin.

Les oncles Petit avec le cousin Georges Paquin.

Pour ce qui est de la famille Petit, le premier de notre lignée était Charles, marié à une Fille du Roy, Jeanne Rossignol. Charles est décédé très jeune; il laissait pour perpétuer son nom deux garçons : Jacques et Nicolas. Ce dernier se marie en 1700 à Neuville tandis que son fils, Jean-François, épouse à Cap-Santé Françoise Matte en 1725. C’est avec Augustin de la quatrième génération qu’on voit les Petit établis à Deschambault à partir de 1774. La généalogie nous apprend que Nicolas, le fils d’Augustin, marié à Angélique Marcotte, acquiert une terre au village de Deschambault sur le lot 54 en 1800. En 1809, il déménagera sur le lot 24 à l’ouest de la terre des Delisle. Sur les papiers officiels, David, fils de Nicolas, qui a épousé Flavie Gauthier en 1827, a été identifié comme cultivateur. Nérée, mon arrière-grand-père, l’époux d’Angèle Paquin, est lui aussi cultivateur et d’après ce que je sais, ses cinq fils n’ont pas repris le métier de leur père. Quatre d’entre eux, Ulderic, Jean, Alfred et Victor, ont vécu à Grand-Mère. Cependant, l’oncle Alfred est revenu vivre à Deschambault après son mariage. Les deux maisons qu’il a construites ont toutes les deux la particularité d’être bâties dans une côte (la maison au coin de la rue Johnson et la maison Vézina). Nérée et Angèle ont eu aussi cinq filles : Caroline, Hélène, Joséphine, Rose et Louise. Seul mon grand-père, Tom, a passé sa vie à Deschambault où il a exercé le métier de cordonnier. Sur la photo des frères Petit, on voit aussi le cousin Georges Paquin. Les deux familles étaient très liées, Paquin autant que Petit aimant rire, avoir du plaisir et festoyer.

Les tantes Petit: Rose, Hélène et Joséphine.

Rose, Hélène et Joséphine Petit.

Mes grands-parents Petit ont eu dix enfants, dont trois sont décédés en bas âge; il s’agissait des deux premiers, Guillaume et Jeanne, ainsi que Pierrette, qui était la septième. Parmi les survivants, l’aînée Thérèse était mariée à Adrien Létourneau, avec qui elle a eu quatre enfants. Tante Thérèse est décédée à quarante-deux ans. Venait ensuite Jeanne, ma mère, qui a épousé Julien Genest le 30 août 1932; Jean-Paul, marié à Bernadette Mottard, a eu quatre enfants; Alice, qui a épousé Léo, un des frères de mon père, n’a eu qu’un fils. Irma et Gisèle sont demeurées célibataires et Rollande, mariée à Roméo Hamelin, a eu cinq enfants. Tante Rollande est notre seule tante encore vivante. Notre grand-mère Blanche est décédée en 1951 et son mari, « le Père Tom » l’a suivie en 1955.

Nos grands-parents tant Genest que Petit ont eu chacun de leur côté vingt-quatre petits-enfants. Une autre génération a essaimé du Canada aux États-Unis en passant par le Grand Nord… et peut-être ailleurs, qui sait, nous nous sommes perdus de vue depuis déjà bien longtemps!

© Madeleine Genest Bouillé, juillet 2015

Maison de Grégoire Paquin (à l'emplacement actuel du 338 Chemin du Roy).

Maison de Grégoire Paquin (à l’emplacement actuel du 338 Chemin du Roy).

Mes ancêtres Genest, ces inconnus…

Alvine et Joseph Genest, en 1903.

Alvine et Joseph Genest, en 1903.

J’ai l’honneur de vous présenter mes grands-parents paternels, Joseph Genest et Alvina Frédénia Pelletier. Cette photo est celle de leur mariage le 15 mai 1903, en la paroisse de Saint-Sauveur. Leur histoire est très courte et somme toute, assez triste. Mariée à 29 ans, Alvina a donné naissance à six garçons. En 1913, elle est décédée d’une méningite, nous a-t-on dit, à l’âge de 39 ans. Joseph, un homme grand, fort et en santé, a succombé à la grippe espagnole en 1918; il était dans la quarantaine. Mon père n’avait pas quatre ans lors du décès de sa mère et à la mort de son père, il avait à peine huit ans. Donc, pas vraiment de souvenirs d’enfance en famille!

J’interroge parfois cette photo pour tenter de saisir qui étaient ces grands-parents dont la vie n’a été qu’un bref passage en ce monde. Les photographies de cette époque ne révélaient pas grand-chose des personnages qui devaient demeurer immobiles de longues minutes en attendant le déclic du photographe. Grand-Mère, comment te nommait-on? Alvina ou Frédénia? Je préfère Alvine… c’est moins cérémonieux que Frédénia. D’ailleurs, à ma naissance, on m’a donné le prénom d’Alvine en plus de celui de mon autre grand-mère Blanche, qui se trouve aussi être celui de ma marraine, Blanche Petit-Paris. J’ai été gâtée, vraiment!

La généalogie de la famille de mon père nous apprend que le premier Genest de notre lignée se nommait Géraud, il avait épousé en 1670 Marie Lacoste et, à leur arrivée en Nouvelle-France, ils venaient de Toulouse. Toulouse dans le Midi de la France, au pays du soleil! Pourquoi ont-ils choisi de s’expatrier? Et comment ont-ils pu demeurer en ce pays sauvage après y avoir passé un hiver? Ils étaient peut-être des gens remplis d’espoir en l’avenir ou bien ce qu’ils laissaient derrière eux étaient pire que ce qu’ils allaient connaître.

À la cinquième génération Genest, on fait connaissance avec Jacques, qui a épousé en 1800 Madeleine Chrétien; ils vont s’établir à Saint-Raymond. C’était dans les débuts de cette toute nouvelle paroisse. Jacques a eu trois enfants, tous établis à Saint-Raymond. Madeleine, mariée à Laurent Bédard en 1851, Joseph, marié à Caroline Gauvin en 1857 et Michel, mon arrière-grand-père, marié à Marie-Délima Gagné en 1864. Michel et Marie-Délima ont eu trois filles et deux fils : Edmond, mon grand-oncle, qui a vécu à Ottawa et Joseph, mon grand-père.

Parallèlement, à la même époque, on rencontre la famille d’Édouard Pelletier, également établie à Saint-Raymond. Edouard, marié en premières noces à Marie Morasse, a deux enfants, Lorenzo et Alvina Frédénia. On peut supposer que ces deux familles se connaissaient déjà puisqu’on les retrouve à Québec en 1903, alors que Joseph Genest épouse Alvina Frédénia Pelletier.

Rangée du haut: oncle Gérard Genest, tante Alice Paquet et oncle Léo Genest; rangée du bas: maman, papa et tante Alice Petit (1961).

Rangée du haut: oncle Gérard Genest, tante Alice Paquet et oncle Léo Genest; rangée du bas: maman, papa et tante Alice Petit (1961).

Quand on lit l’histoire de Saint-Raymond, on apprend qu’en 1899, un incendie a détruit une quarantaine de maisons. Serait-ce à la suite de cet incendie que les Genest tout comme les Pelletier ont décidé de déménager à Québec ? C’est fort possible. Papa nous disait qu’il était né « au pied de la Pente Douce », sur la rue Hermine. Après le décès de Joseph, les garçons ont été éparpillés. Le bébé, Gérard, a vécu aux États-Unis chez son tuteur l’oncle Lorenzo Pelletier jusqu’à l’adolescence. Georges a été élevé à Ottawa, chez l’oncle Edmond; il a fait carrière dans la Gendarmerie Royale du Canada et a épousé une anglophone du Nouveau Brunswick, avec qui il a eu un fils. Je ne sais pas grand-chose de Laurent, sauf qu’il ne s’est pas marié. Les parrains n’avaient pas tous la possibilité de s’occuper de leurs filleuls, aussi Léo, Julien et Maurice ont connu la vie dans les orphelinats. En dernier lieu, mon père a été à l’orphelinat de Saint-Césaire, où il avait appris le métier de jardinier. C’est également à cet endroit qu’il a rencontré le Frère André qui demeurait dans cette institution; papa a toujours eu une grande dévotion au Frère André. Au cours des années 1920, mon père et mes oncles sont arrivés à Deschambault pour travailler à la Ferme-École du gouvernement provincial. Maurice a épousé une jeune fille de Portneuf, Marguerite Couture, avec laquelle il a eu deux enfants. Marguerite décédée très tôt, Maurice s’est remarié avec Yvette Germain, qui travaillait à l’Hôtel Maple Leaf à Deschambault (actuellement le 398 chemin du Roy). Ils ont eu dix enfants. Léo a épousé tante Alice, sœur de maman; ils ont eu un fils, Michel, décédé tragiquement sur un bateau à l’âge de vingt ans. Julien a rencontré Jeanne, notre mère, et ils se sont épousés le 30 août 1932… Et c’est ainsi que commence mon histoire, celle de mes frères et de ma sœur, et la vôtre, chers enfants et petits-enfants! Une histoire avec beaucoup de points d’interrogation!

À bientôt pour la rencontre avec les familles Petit et Paquin.

© Madeleine Genest Bouillé, juillet 2015

Un voyage autour du monde… à Montréal!

IMG_20150705_0002C’était en 1967. L’année du centenaire de la Confédération. Sous le thème de Terre des Hommes, du 28 avril au 27 octobre, l’Exposition universelle de Montréal a accueilli plus de cinquante millions de visiteurs de tous les coins du globe. Soixante pays participaient à cet évènement pour lequel on avait créé de toutes pièces un site fabuleux, fait de terre et d’eau. J’ai en mémoire la chanson-thème composée par Stéphane Venne :

« Un jour, un jour, quand tu viendras

Nous t’en ferons voir de grands espaces

Un jour, un jour, quand tu viendras

Pour toi nous retiendrons le temps qui passe.

Nous te ferons la Fête

Dans une île inventée

Sortie de notre tête,

Toute aux couleurs de l’été. »

IMG_20150704_0002Dès les premières annonces de l’exposition, mon frère André et moi avions décidé de prendre un passeport afin d’aller visiter cet évènement unique. On offrait des passeports soit pour la saison, pour une semaine ou pour une journée. André naviguait encore à l’époque, il prévoyait donc prendre des vacances, ce qui était relativement facile, surtout pour un célibataire. De mon côté, j’attendais mon deuxième bébé pour mars… Pas de problème! Mon mari était d’accord pour me faire cadeau de ces vacances spéciales; pour le gardiennage et tout ce qui allait avec, on s’arrangerait! Mon deuxième petit garçon, né le 19 mars, était un bon bébé en santé. Je n’avais donc aucune inquiétude pour mes petits gars, qui étaient sous la garde de leur papa. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes! Nous avons donc pris nos passeports pour une semaine.

L'un des deux

L’un des deux « mini-rails », la Balade.

Nous avions choisi de faire notre voyage au cours de la semaine du 17 au 24 juillet. Il était entendu que nous allions demeurer chez notre grande sœur à Longueuil, car nous devions visiter l’exposition ensemble. Nous étions escortés des deux garçons de ma sœur, alors âgés de sept et neuf ans; comme ils n’en étaient pas à leur première visite, ils étaient déjà de très bons guides, sachant repérer les pavillons où il y avait une file moins longue. Nous avions fait le projet de visiter le plus grand nombre de pavillons chaque jour, même si pour certains endroits, il y avait une file d’attente de plusieurs heures. En plus des soixante pays exposants, il y avait plusieurs pavillons thématiques, tels L’Homme dans la Cité, L’Homme et la Mer, L’Homme à l’œuvre, L’Homme interroge l’univers. Les concepteurs du site avaient doublé la superficie de l’Île Sainte-Hélène et ajouté une toute nouvelle île, l’Île Notre-Dame. Pour faciliter les déplacements sur le site, il y avait deux mini-rails, le jaune et le bleu, la Balade et le Vaporetto, car plusieurs canaux reliaient les îles entre elles. Tout était nouveau; on passait d’un pays à l’autre en quelques minutes, il y avait des gens de partout. On entendait parler toutes les langues. Terre des Hommes, c’était un univers où tous les visiteurs se côtoyaient dans un même but : faire connaissance avec le Monde!

La pyramide inversée du Canada, Katimavik.

La pyramide inversée du Canada, Katimavik.

Pour l’édification des pavillons, on pouvait admirer toutes les formes d’architecture. Les États-Unis en mettaient plein la vue avec la grosse boule du concepteur Buckminster Fuller, qui était traversée par un mini-rail. Le Canada n’était pas en reste avec la pyramide inversée « Katimavik ». Le pavillon des Pâtes et Papier présentait une forêt stylisée de conifères. Certains pays offraient plutôt des constructions typiques comme le pavillon de l’Iran avec ses murs incrustés de mosaïque bleue, une merveille! La Thaïlande avec sa pagode dorée, nous transportait dans un autre monde. Pour l’originalité, j’ai retenu entre autres le pavillon des Provinces de l’Ouest qui avait la forme d’une souche géante.

Le pavillon de Trinidad et Tobago.

Le pavillon de Trinidad et Tobago.

Il y avait de la musique, aussi différente selon qu’on abordait un pavillon ou un autre. Par exemple, près de la bâtisse de Trinidad et Tobago, on pouvait entendre un « Steel Band » dans le plus pur style antillais. Ailleurs, une chorale chantait des airs tyroliens. C’était vraiment la Fête! Une fête comme on n’en avait jamais vue de semblable!

Il y a de cela quarante-huit ans! Si je vous dis que j’ai mangé ma première pizza et mon premier sous-marin à l’Expo 67, ça signifie que cette expérience est très lointaine, n’est-ce pas? Lointaine certes, mais inoubliable. C’était plus qu’une exposition, Montréal accueillait le Monde et le Monde découvrait Montréal, le Québec et le Canada. Vraiment, un de mes plus beaux souvenirs!

© Madeleine Genest Bouillé, 5 juillet 2015

Des vacances « tout inclus », pas chères du tout!

Premières images des vacances du temps où j’allais au couvent : d’abord ranger l’uniforme noir et sortir les petites robes de coton de l’été d’avant, robes qu’il fallait bien rallonger parce que j’avais grandi. Ensuite, laisser mes cheveux libres, pas de tresses, pas de rubans que je perdais régulièrement. Déjà, la vie était plus belle!

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Plaisirs de vacances au bord du fleuve!

À cette époque, les vacances, ça se passait – sauf rare exception – à la maison, dans les champs, près du ruisseau, au bois pour cueillir des petits fruits et au bord du fleuve. Près de la maison entourée de champs, il y avait des buissons de cerisiers sauvages le long des clôtures. Comme mes frères, je grimpais aux arbres, quoiqu’un peu moins haut car ma mère me défendait d’aller plus loin. J’entends déjà la question horrifiée : « Grimper aux arbres? En robe? » Sachez, amis lecteurs, que les sous-vêtements du temps étaient conçus pour décourager tout regard intempestif. Il s’agissait de pantalons bouffants munis d’un élastique sur la cuisse et dont la jambe descendait au moins jusqu’à deux pouces au- dessus du genou. De plus, si j’avais le droit de monter dans les arbres, il ne fallait en aucun cas déchirer ma robe. Ma carrière dans l’escalade n’a donc pas duré longtemps. À vrai dire, je n’aurais quand même pas été loin dans ce domaine, car déjà j’avais le vertige dès que je montais sur une chaise!

C’était les vacances quand maman disait : « Il fait trop chaud pour allumer le poêle, on mange des sandwiches! » C’était la belle vie. On ne s’en lassait pas! Parfois, on étendait une couverture sur l’herbe derrière la maison et nous faisions un pique-nique. Tout était meilleur quand on mangeait dehors! Un autre souvenir délectable me revient : toujours par les journées de grande chaleur, pour ne pas avoir à cuire un dessert pour le dimanche, parfois maman achetait du boulanger un gâteau « trois couleurs ». J’ai toujours la nostalgie de ce gâteau rose, blanc et brun qu’elle découpait en parts rigoureusement égales et qui faisait notre délice.

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Une partie de la gang au 3e Rang pour l’un de nos pique-niques. On voit l’auto de M. Frenette.

Les pique-niques étaient toujours les bienvenus. Quand on allait se baigner au fleuve, soit avec papa quand il était en vacances, ou encore, sous la bonne garde de notre grande sœur, il arrivait qu’on apporte un goûter qu’on dégustait sur la grève. Chaque été, habituellement en août, nous allions faire un pique-nique sur la terre à bois de mon grand-père au 3e Rang. Pour se rendre, nous prenions le taxi de M. Frenette. Les tantes et les cousins étaient de la partie. Maman m’a raconté que lors d’un des derniers voyage au 3e Rang, nous étions dix-huit. Ne me demandez pas de quelle façon nous nous sommes rendus… Ceci reste pour moi un mystère! Après le dîner, certains des convives s’étendaient sur l’herbe pour une petite sieste avant d’aller cueillir des bleuets. Pour les plus jeunes, les jeux ne manquaient pas, on pouvait même pêcher dans la rivière Belle-Isle qui coulait paisiblement dans la clairière.

La robe que j'étrennais fièrement lors de notre visite  à St-Basile...

La robe que j’étrennais fièrement lors de notre visite à St-Basile…

Un dimanche au cours de l’été était réservé pour la visite chez l’oncle Jean-Paul, le frère de maman, à Saint-Basile. Encore là, ce voyage se faisait avec les tantes, cousins, cousines; aussi, il n’y avait que quelques privilégiés qui étaient de la partie. Vers l’âge de quatorze, quinze ans, j’eus enfin le bonheur d’être admise à ce voyage, où je pouvais rencontrer mes cousines et cousins. Mon oncle Jean-Paul était cordonnier comme son père, mais il pratiquait son métier dans le village de Saint-Basile, d’où son épouse était originaire. Je me souviens que, lors de la rentrée scolaire, notre professeur nous demandait toujours de raconter « notre plus beau voyage de vacances ». Parmi mes compagnes, certaines, plus fortunées, avaient le loisir de relater des voyages de plusieurs jours, de la Gaspésie jusqu’à Old Orchard. Généralement, j’inventais des petits voyages, à Trois-Rivières, à Ste-Anne-de-Beaupré… je ne devais quand même pas exagérer. Je n’avais jamais été bien loin. La dernière année où j’eus à exécuter cette détestable rédaction, j’ai tout simplement raconté mon dimanche à Saint-Basile, j’y ai mis les bons petits plats de tante Bernadette, la belle robe neuve que j’étrennais pour l’occasion, les rires et la musique qui animait toujours nos rencontres avec la famille Petit. J’avais terminé en soulignant le fait que cette journée était la plus belle de toutes mes vacances! J’y avais mis tout le plaisir que cette journée représentait pour nous. Ce n’était pas tellement exotique, mais j’avais cependant récolté une note plus appréciable que quand j’inventais… Nos vacances ne coûtaient vraiment pas cher, mais c’était une suite de petites joies dont nous nous souvenons avec bonheur!

© Madeleine Genest Bouillé, 3 juillet 2015