Te souviens-tu?…

Je lisais quelque part que les amoureux de longue date – ou si vous aimez mieux, « les vieux amoureux » – se disent souvent : « Te souviens-tu? » Pour ceux qui s’aiment et qui vivent ensemble depuis de nombreuses années, cette phrase est aussi importante et tout autant significative que l’éternel : « M’aimes-tu? » D’une certaine façon, ça veut presque dire la même chose! Des souvenirs communs nous rapprochent, nous font sourire; et s’il s’agit de souvenirs douloureux, le rappel est moins pénible, puisque nous avons quelqu’un avec qui les partager.

On a traversé les moments difficiles ensemble, on a vécu «  le meilleur et le pire ».  L’indéfectible présence de l’autre nous a soutenus à chaque étape de la vie. On a conjugué à tous les temps le verbe aimer, avec tendresse, passion, patience, humour, reconnaissance… Il y en a des choses dans ce « te souviens-tu? »

« Te souviens-tu? », c’est aussi ce qui nous rapproche quand, les parents partis, on se retrouve, frères et sœurs, sur la branche du haut de l’arbre généalogique. Certains sont mariés, ont leur famille : enfants et petits-enfants sont au centre des préoccupations. Les célibataires, plus libres, ont rempli leur vie de réalisations diverses. Mais toujours, lors de nos rencontres, invariablement, au détour de la conversation, la question : « Te souviens-tu » vient abolir les années écoulées. « Te souviens-tu la fois où on t’avait accusée d’avoir mangé les bananes mises de côté pour le pique-nique au 3e rang, alors qu’on les avait tout simplement oubliées à la maison? » Si je m’en rappelle? Il n’y a pas de danger que je l’oublie! – « Et toi, te souviens-tu quand vous dessiniez des moustaches sur les affiches de Daniel Johnson, quand il s’est présenté aux élections provinciales de… quand donc déjà? »  Celle-là, on s’en rappelle tous. On s’était tellement amusés!

Les « p’tits Bouillé » au cours d’une fête de famille en 1978 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Les souvenirs des bons et des mauvais coups, des tours qu’on s’est joués mutuellement, même des punitions méritées, font rayonner les visages de ces enfants d’hier! Et l’écho des fou-rires d’autrefois résonne encore à nos oreilles au rappel de nos folles équipées.

« Te souviens-tu? », c’est d’une certaine façon, le thème du mois de novembre. Est-ce à cause de son dénuement, de sa grisaille, de sa mélancolie toujours présente, même quand il fait beau? C’est en novembre qu’on rappelle à notre souvenir ceux qui nous ont quittés pour toujours. Deuils récents à la douleur encore vive ou deuils anciens à jamais présents dans notre mémoire; à moins d’être très jeune, on a tous un peu de parenté « de l’autre bord » et ils sont précieux ces moments pour se souvenir. On ne peut pas les laisser passer… Alors oui, on se souvient!

© Madeleine Genest Bouillé, 7 novembre 2017

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