L’année sans été

Pourquoi pas une petite histoire de peur?

Quand vous lirez ceci, nous serons sans doute revenus à des températures normales de saison. Mais avouez que la première quinzaine d’avril a été vraiment désolante! On cherchait vainement des signes de printemps; il n’y en avait pas! Pourtant, notre Belle Province a connu pire! Sur Internet, dans L’Histoire du Québec – L’année sans été, avec sous-titre : La disette de 1816 – la catastrophe climatique, on lit ce qui suit : « Dans les annales météorologiques, l’année 1816 est tristement célèbre.  Il semblerait qu’une vague de froid d’une intensité peu commune avait envahi tout l’hémisphère nord, ruinant les récoltes particulièrement en Amérique du Nord… Vers la fin du XVIIIe siècle, déjà on constate de grands changements climatiques sur tout le territoire du Canada. En effet, la lente dégradation du climat a lieu à compter de la fin de ce siècle. Ce phénomène se traduit par des étés plus courts et très pluvieux, ainsi que par des hivers plus rigoureux ».

Jean Provencher, dans son livre Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, nous relate cette année 1816, qui a été vraiment néfaste pour la plupart des habitants du Québec. Il faut dire qu’en ce temps-là, la subsistance des  habitants des villes et de ceux des campagnes, dépendait presqu’entièrement des cultivateurs. Durant la saison des semailles aussi bien que durant celle des récoltes, la température du lendemain décidait de la marche des travaux de la terre.  À tout moment,  la pluie, le vent, la grêle, la gelée, aussi  bien que l’excès de soleil  pouvait tout gâcher.

Déjà en 1807, toujours selon Jean Provencher, des changements subits de températures avaient retardé considérablement la végétation dans la région de Québec. En plein cœur de l’été les arbres fruitiers, tels les pruniers et les cerisiers, n’ont pas pu donner de fleurs, faute de chaleur convenable. L’été suivant s’était révélé, par contre, remarquablement chaud.

À l’été 1816, il continue de neiger jusqu’à la fin de juin, nous dit M Provencher.  Imaginez! Nous sommes au 20 avril et les conditions atmosphériques nous virent déjà à l’envers… que serait-ce, s’il fallait qu’on nous prédise cette température jusqu’en juin! Il faut avouer que nous sommes beaucoup moins patients que ne l’étaient nos ancêtres, qui avaient un meilleur rapport avec la nature; ils avaient compris, eux, qu’on n’y peut rien!

Dans le paragraphe suivant, Jean Provencher cite un capitaine de milice, Augustin Labadie, lequel dépeint dans son langage, la situation en Beauce : « Il est de mon devoir de dire la vérité que le 7 juin, il a nègé presque toute la journée et gros vent et beaucoup de froid. Ce jour même… les habitants ont traîné du bois avec leur traîne pour se chauffer. La nège était d’un pied et demis d’épaisseur ».  Plus loin, l’auteur nous apprend que cet été-là, à la mi-juillet, les lacs situés en arrière de Baie-Saint-Paul sont toujours recouverts de glace.

Et je reviens à L’Histoire du Québec. Il y est écrit que les changements climatiques touchent d’une manière particulière les paroisses de l’est du Bas-Canada (le Québec d’aujourd’hui) et c’est ce phénomène qui explique les mauvaises récoltes un peu partout en Amérique du Nord, mais il est vrai que les effets néfastes de l’éruption volcanique du Tambora, en Indonésie, ont contribué à la disette de 1816. Enfin on a identifié le coupable!

Gillen D’Arcy Wood, un Australien, a écrit en 2015 un livre ayant pour titre L’année sans été, Tambora, le volcan qui a changé le cours de l’histoire. Dans la page de présentation, l’auteur écrit : « Un an après Waterloo, en 1816, le monde est frappé par une catastrophe restée dans les mémoires comme « l’année sans été » ou « l’année des mendiants ». Une misère effroyable s’abat sur l’Europe. Des flots de paysans faméliques, en haillons abandonnent leurs champs, où les pommes de terre pourrissent, où le blé ne pousse plus. Que s’est-il passé?  En avril 1815, Près de Java, l’éruption cataclysmique du volcan Tambora a projeté dans la stratosphère un voile de poussière qui va filtrer le rayonnement solaire plusieurs années durant. »  Ce livre qui fait le tour d’un événement à l’échelle planétaire, sonne aussi comme un avertissement : ce changement climatique meurtrier n’a pourtant été que de 2 degrés C…

Avec tout ce qui se passe de nos jours, sur notre Terre et autour, à mon humble avis, moi qui ne suis pas savante et encore moins voyante, nous sommes bien chanceux de ne pas avoir de changements climatiques plus dérangeants que la température de ce mois d’avril 2018!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 avril 2018

Les fruits et les gens de par chez nous!

Comme on les aime les fruits de par chez nous! Ils nous arrivent frais, ils n’ont pas subi les désagréments d’un long voyage en train, en camion ou autrement. Ils ont été cueilli hier… on les déguste aujourd’hui! La belle saison n’est pas longue, mais pour se faire pardonner d’être aussi brève, elle est vraiment généreuse.

Notre été nous offre tout d’abord les petits fruits, sans doute les plus délicieux! Fraises, framboises, bleuets et mûres… merveilles! Viennent ensuite les pommes, les prunes et tous les produits du potager, en terminant avec les nombreuses variétés de courges et citrouilles qui célèbrent à leur manière l’automne et ses couleurs! J’aime vivre dans un pays qui a quatre saisons. Je reprends les paroles de Gilles Vigneault, dans la chanson Les Gens de mon pays; on apprécie encore plus « notre trop court été », du fait qu’il est précédé de « notre hiver si long ».

Ma petite-fille Émilie au verger (Photo: ©JMontambault).

Si on me demande lequel de nos petits fruits est mon préféré, je ne suis pas capable de choisir. Je les aime tous. Chacun a sa saveur, sa texture particulière… c’est comme les gens en fait.

Certaines personnes sont comme les fraises, les petites fraises des champs. Ce qu’elles peuvent être discrètes, ces mignonnes! Il faut vraiment les chercher pour les trouver, et c’est parfois leur parfum qui nous guide. Comme ces timides qui ne se laissent découvrir que petit à petit, qui s’effarouchent si on veut aller trop vite; des êtres charmants une fois qu’on les connaît bien. Mais comme on doit user de délicatesse pour parvenir à les approcher!

Ah! les framboises! Quels merveilleux souvenirs me reviennent à la mémoire quand je me rappelle nos randonnées jusqu’au bois, avec mes frères et notre père ! C’est peut-être le plus savoureux parmi les petits fruits. Mais si les framboises sont faciles à cueillir, elles nous déçoivent souvent après. On revient du champ ou du bois avec un contenant rempli à ras bord…et quand on arrive à la maison, le contenant n’est plus qu’au trois-quarts plein, et encore : elles ont « foulé » les pas fines! De plus, elles sont difficiles à nettoyer. Il y a de ces personnes décevantes; elles promettent beaucoup, mais ne tiennent guère leurs promesses. Oh! Elles sont gentilles, aimables; toujours prêtes à dire oui si on leur demande un service, mais il ne faut pas trop s’y fier. Au jour dit, soit elles ont oublié ou elles ont un autre rendez-vous!

Parlons des bleuets. Si vous avez remarqué, les bleuets ne poussent pas dans de belles terres riches. Non, ce délicieux petit fruit, on le trouve dans les savanes, les « brûlés », les terres pauvres. Le bleuet est un fruit tout simple, solide, facile à cueillir et facile à conserver ou à congeler. Il ne perd ni sa saveur, ni sa couleur. Ainsi, les gens les plus serviables, honnêtes, ne sont pas toujours issus de milieux favorisés. Ce ne sont pas nécessairement les plus instruits, ni ceux qui nous en mettent plein la vue. Mais quel bonheur, quand on trouve un ami qui, comme le bleuet, est sincère, pas compliqué,  quelqu’un sur qui on peut vraiment compter.  C’est un vrai trésor!

Vous êtes déjà allé cueillir des mûres? C’est une entreprise risquée! Ce petit fruit s’entoure de barbelés, comme pour se défendre de toute intrusion. Pourtant, comme elles sont bonnes ces mûres! Les grains plus serrés, plus fermes que les framboises, elles se tiennent bien dans le contenant quand on les cueille; mais on en revient les doigts ensanglantés, les jambes aussi parfois. Il y a des gens comme ça. Remplis de qualités, mais d’un abord difficile, on ne sait pas trop par quel côté les approcher…de vrais ours! À peine un « bonjour » quand on les rencontre, il faut avec eux aller droit au but, sans s’embarrasser de civilités. La plupart du temps, lorsqu’on est venu à bout de franchir ce rempart souvent fait de timidité, on découvre une personne gentille, qui ne demande qu’à rendre service. Ça vaut la peine d’aller au-delà de la première impression, on y gagne parfois un ami sincère!

Ma fille Marie-Noël, en pleine cueillette! (Photo: ©JBouillé).

Cherchez bien parmi vos connaissances… Vous trouverez des petites fraises, sûrement quelques framboises, plusieurs même! Donnez-vous la peine de trouver des mûres… et je vous souhaite de trouver au moins un vrai bleuet!

© Madeleine Genest Bouillé, 2 août 2017

 

(Tiré d’un texte paru dans Grains de sel, grains de vie en 2006.)

Les plaisirs démodés

Je ne sais pas si vous êtes comme ça, mais moi quand je me lève, j’ai toujours une musique qui résonne dans ma tête. Je n’aime pas beaucoup l’expression « ver d’oreille », mais ça exprime bien la chose. Ce n’est pas toujours une chanson à mon goût, et parfois ça dure, hélas, une bonne partie de la journée! Heureusement, il arrive que ce soit un air qui me plaise. Comme cette chanson de Charles Aznavour, Les plaisirs démodés, dont j’aime surtout le refrain. Il y a quelques jours, par un beau matin, j’avais justement cette chanson dans l’oreille. Et voici la réflexion que j’en ai tirée…

IMG_7013Parmi les « plaisirs démodés » de notre monde moderne, ceux qu’on trouve à la campagne sont pour moi irremplaçables. Les séjours à l’extérieur de Deschambault ne représentent en fait que quelques courts moments dans mon été. Les vraies vacances, ce sont donc toutes ces journées où, chez moi, je décroche de toutes les activités qui m’occupent de septembre à juin, sauf mon bénévolat à la bibliothèque, qui se continue en été, car la lecture, c’est un passe-temps qui ne prend pas de vacances. Mais tout de même,  il me reste amplement de temps pour profiter de ce que mon petit coin de pays m’offre à profusion!

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Qu’on se tourne vers le fleuve ou vers les champs environnants, c’est beau, vaste, l’air est bon; le vent toujours un peu là, contribue à rendre encore plus confortable les jours de grande chaleur. La verdure, les fleurs, les oiseaux, tout m’enchante!  Le chant des oiseaux surtout… Oh! Comme j’aime à me réveiller avec cette musique qui m’accompagnera tout le long du jour!

2011-08-21 095Nous avons chez nous beaucoup d’arbres, plantés un peu partout au hasard; quand on plante un petit arbre, on ne pense pas toujours à l’espace qu’il va prendre quand il sera grand; mais ça, c’est une autre histoire! Chacun de ces arbres offre gîte et couvert à une multitude d’oiseaux aussi variés qu’il y a d’espèces d’arbres. Nous n’avons pourtant ni « condos » somptueux, ni mangeoires sophistiquées à leur offrir. Non, ils viennent s’établir chez nous chaque été parce qu’ils aiment ça, je suppose. Et nous les admirons  quand ils construisent leur nid, nous assistons à leurs amours, on les observe quand ils poussent leurs petits hors du nid, afin de leur apprendre à voler. Ça me fait penser à la parole de l’Évangile : « Regardez les oiseaux du ciel… ils ne tissent, ni ne filent, et pourtant ils sont mieux vêtus que Salomon dans toute sa gloire. »

2012-01-18 010Savoir s’émerveiller du chant d’un oiseau, d’une fleur qui s’ouvre au soleil du matin, d’un papillon qui se pose un instant, du bruissement des feuilles dans l’air plus frais du soir, d’un lever ou d’un coucher de soleil, du fleuve qui coule à nos pieds, immuable et pourtant changeant et si vivant : tout ça fait partie du bonheur de vivre. Et les nuits d’été!  Quand il a fait chaud toute la journée et qu’à la nuit tombée, on sent que la nature, lasse de trop de soleil, s’amortit et se repose enfin, alors, en regardant les étoiles au ciel, on prie malgré soi. On est si petits et pourtant si importants, puisque toute cette immensité, toutes ces splendeurs ont été créées pour nous, pour notre usage, pour notre confort, pour notre bonheur.

photo © Jacques Bouillé 2014

La meilleure façon de remercier le Créateur pour toutes ces merveilles, c’est de profiter de cette saison si courte, d’en cueillir fleurs et fruits, et de faire en sorte que notre  « petite patrie » soit de plus en plus belle pour ceux qui y vivent aujourd’hui et ces autres qui y vivront demain!

Madeleine Genest Bouillé, 14 août 2016

(Tiré d’un texte paru dans Grains de sel, grains de vie).

Saint-Jean ou solstice, c’est la Fête!

Une vieille chanson de folklore me tourne dans la tête en ces jours de fin juin et de début d’été… Saint-Jean ou solstice, avec pleine lune d’été en prime, de toute façon, c’est la Fête! Le refrain se chante allègrement :

 « Va, mon ami, va, la lune se lève
Va, mon ami, va, la lune s’en va! »

Tandis que les couplets disent :

« Voici la Saint-Jean, faites la veillée
Vos promis seront tous à l’assemblée… »

 « Le tien n’y est pas, j’en suis désolée
Il est à Paris ou dans la Vendée… »

Qu’apportera-t-il à sa bien-aimée?
Et la bague d’or et la robe blanche. »

Spectacle pour enfants, St-Jean 2015.

Spectacle pour enfants, St-Jean 2015.

Depuis toujours, à ce que j’en sais, la fin des classes et la Saint-Jean, ça va de pair. Quelques jours après le solstice, c’est vraiment la fête du début de l’été. Quand mes enfants étaient étudiants, ils se faisaient une fête de brûler leurs cahiers d’école à la Saint-Jean… enfin c’était ce qu’ils se promettaient chaque année. L’ont-ils fait? Je n’en suis pas certaine. De mon temps, on ne nous aurait pas permis de brûler nos cahiers, d’en faire un feu de joie! Surtout que tant qu’il restait des pages blanches, ça pouvait toujours être utilisé comme cahier de brouillon. Mais, par contre, avec quelle joie on garrochait notre sac d’école au fond d’une armoire, quand ce n’était pas tout simplement en dessous du lit!

Papa qui joue au fermier... sur la faucheuse du voisin.

Papa qui joue au fermier… sur la faucheuse du voisin.

Au solstice d’été jusqu’après la Saint-Jean, je dirais que non seulement il est permis de redevenir jeune et insouciant, mais que pour notre santé mentale, ça s’impose! Chez nous, du temps où mon père travaillait à Montréal, la Fête des Pères passait tout droit, papa n’étant presque jamais à la maison en ce jour. Mais dès le début de juin, Maman nous disait « Votre père va venir à la Saint-Jean… il a son congé. » À l’époque, il y avait moins de congés que maintenant. Cette fête était donc pour nous encore plus importante,  puisque papa y était! Comme on avait hâte à ce jour qui marquait le début de l’été, des vacances! Juste le mot « vacances »… c’est rempli de soleil, de musique, d’éclats de rire! C’est un mot chargé de plaisirs anticipés. Des matins où rien ne nous oblige à nous lever tôt, mais où on se lève quand même, pour avoir encore plus de temps pour jouer. Et les soirées où l’on veille dehors bien après que la noirceur est tombée! Ces mots : « Saint-Jean », sont comme les deux notes d’une cloche qui résonne joyeusement!

IMG_20160621_0001Il n’y avait pas au temps de notre jeunesse de festivités comme on en connaît maintenant. Il arrivait qu’on fasse un feu sur la grève le 24 juin. En 1964, au lendemain de la Saint-Jean, nous descendions en Gaspésie pour notre voyage de noces. Dans les villages tout le long du fleuve, il y avait des vestiges de feux de bois sur la grève… C’était d’ailleurs une coutume dont Félix Leclerc a parlé dans l’un de ses premiers livres, Adagio. Il raconte que « le feu sur la grève, c’est la Patrie… que plus on dit dans les écoles que le Québec est la plus belle place au monde, plus le feu est haut. Plus les enfants sont fiers de parler le français, plus le feu est clair. Un feu, tout dépend ce qu’on met dessus… il ne faut pas dire qu’on n’est bon à rien, ça éteindrait le feu. Faut rire, chanter, danser, écrire, peindre, s’amuser dans notre langue, le français; ça c’est de belles brassées de bouleau dans le feu. Un beau concert, une belle terre, une belle messe bien chantée, ça c’est des grosses bûches de merisier dans le feu. Ça réchauffe, ça brille, ça protège, ça conserve.  Tant qu’il y aura de ça, il y a pas de soin, il y aura une Patrie sur la grève! »

Il écrivait bien Félix, il savait dire les choses. Il savait nous faire aimer notre langue, notre patrie. Justement dans ce texte, « Le feu sur la grève », il terminait avec ceci : « Comme mon père m’avait dit de te dire, écoute bien : Quand on prend des exemples de courage, de ténacité, chez les ancêtres d’il y a deux ou trois siècles, c’est pour se souvenir qu’on a possédé des valeurs héroïques, mais c’est aussi pour admirer, encourager ceux d’aujourd’hui qui possèdent sans le savoir absolument les mêmes dons que leurs aïeux…. Parle des ancêtres à tes enfants! »

Bonne Saint-Jean à vous tous et toutes!

© Madeleine Genest Bouillé, 21 juin 2016

Spectacle de la St-Jean, 1976 (Musée virtuel du 300e, Culture et patrimoine Deschambault-Grondiens).

Spectacle de la St-Jean, 1976 (Musée virtuel du 300e, Culture et patrimoine Deschambault-Grondiens).

Parties de plaisir…

Si on en juge par certaines photos, la vie autrefois n’était pas aussi austère qu’on le croit aujourd’hui. Il n’y avait pas de télévision, pas de téléphone intelligent, moins de loisirs organisés, mais les gens profitaient de tout ce que chacune des saisons leur offrait pour se distraire et s’amuser. L’hiver dernier, j’ai publié des photos de sports d’hiver; au printemps, il y avait les parties de sucre. J’ai sélectionné cette fois quelques photos d’été appartenant à une amie, une grande sœur presque, qui était née en 1923.

plaisirs d'été 1 @ coll. privée Mado GenestDeux des plus vieilles photos datent de 1934. Marie-Paule, la propriétaire de la photo, porte un drôle de béret à rayures. Sauf pour les vêtements, qui diffèrent quelque peu, la photo avec le petit garçon au ballon aurait pu être prise l’été dernier… C’est la même grève, au bord du même fleuve, et je connais des jeunes qui, par les jours de grande chaleur,  même s’ils ont une piscine, ne demandent pas mieux que de se retrouver au bord de l’eau, pour ramasser des coquillages, lancer des cailloux à l’eau en essayant de faire plusieurs ricochets!

plaisirs d'été 2 @coll. privée Mado GenestAu retour de cette équipée, ils ne manquent jamais d’arrêter manger une glace à la Crémerie. Quand nous avions été sages, il nous arrivait aussi de recevoir un cornet de crème glacée, que nous dégustions avec une joie sans pareille!  Les saveurs étaient moins variées que maintenant : vanille, fraise, érable et chocolat; moi, je préférais celle à la fraise. La photo du petit garçon a été prise au magasin de madame Adrienne Courteau-Savard, (au 208, chemin du Roy); elle vendait des friandises et des liqueurs douces. Et on dit que les temps changent…

plaisirs d'été 3 @coll. privée Mado GenestSur la troisième photo, Marie-Paule, alors âgée de 11 ans, est à gauche de la photo. Elle pose fièrement avec sa cousine, dans sa plus belle robe. On prenait moins de photos autrefois, alors quand on avait la chance de se faire photographier, généralement, on mettait les vêtements du dimanche et, face au soleil, on arborait son plus beau sourire…Une photo, c’est quelque chose qui dure! Celle-ci a quand même 82 ans!

 

plaisirs d'été 4 @coll. privée Mado GenestJ’aime beaucoup les photos suivantes, prises en 1940. Marie-Paule avait à l’époque son propre Kodak. Les photos ont été prises la même journée, si j’en juge par les vêtements.  Sur l’une des images, il est écrit « Partie de plaisir ». Les filles ont chacune une fleur dans les cheveux. C’était peut-être l’anniversaire de l’une d’elle…

 

 

plaisirs d'été 5 @coll. privée Mado GenestAu temps jadis, quand on voulait canoter, il fallait savoir ramer. La photo est prise de la grève. On voit au loin, une des « pointes » du bas du village. Jadis, il y avait trois pointes, chacune séparée par un ruisseau qui se jetait dans le fleuve. Évidemment, il n’y avait pas encore de constructions à cet endroit, qui était inondé à chaque printemps. Elles étaient quand même robustes, ces rameuses! Peut-être chantaient-elles « Partons la mer est belle »

 

plaisirs d'été 6 @coll. privée Mado GenestNul doute que nos belles de 1940 ont dû faire un pique-nique en revenant du fleuve. Le mobilier de jardin était plutôt rare, à part parfois un hamac, des balançoires à corde et quelques chaises de parterre. On était moins exigeant à cette époque. On étendait une nappe sur le gazon et s’il ventait, on mettait quelques roches aux quatre coins. On servait des sandwiches, des radis et des concombres du jardin, le repas était peut-être agrémenté  de liqueurs douces ou à tout le moins d’une bouteille de limonade ou de thé froid. Les jeunes filles devaient avoir confectionné des biscuits ou des gâteaux… Elles avaient toutes suivi les cours d’Économie Domestique au couvent! Pour remplacer la petite marche de digestion, pourquoi pas une promenade en voiture à cheval? Elles savaient toutes conduire, et il n’y avait pas grand risque d’accident!  Quand je regarde cette photo, il me semble entendre le rire de ces belles jeunesses, rythmé par le pas du cheval. Vraiment quelle belle finale pour « une partie de plaisir »!

© Madeleine Genest Bouillé, 10 mai 2016

Chère balançoire…

Ma balançoire est vide, toute seule, par ce soir d’hiver… Le vent la bouscule sans ménagements, elle se désole. Comme je la comprends! Alors, en attendant le retour des beaux jours, je lui dédie cette page.

photos jacmado 270809 223Chère balançoire, tu fais partie de notre décor extérieur depuis déjà un certain temps. Je t’avais reçue en cadeau pour la Fête des Mères, il y a de cela pas loin de dix ans, si je ne m’abuse. Tu remplaçais une de tes pareilles qui avait rendu l’âme après plusieurs années de bons et loyaux services. Pour mal faire, cette année-là, l’été tardait et j’ai dû attendre le début de juin pour profiter de ta présence. Au début, on t’avait installée en plein soleil; ça n’était pas une très bonne idée, étant donné que je n’aime le soleil que quand je suis à l’ombre! Avant de trouver le bon endroit, on t’a déménagée deux ou trois fois. Mais tu restais toujours du côté est de la maison.

Il y a quelques années, nous t’avons peinte en vert afin que tu t’harmonises avec la maison et le hangar; j’avoue que cette couleur te va très bien. L’été dernier, je m’étais dit comme ça, que ça serait bien si tu étais plus proche de la galerie; on t’a donc déplacée du côté ouest du parterre. Tu es ce qu’on pourrait appeler une « balançoire voyageuse »! Comme j’ai passé ce dernier été pratiquement toujours à la maison, j’ai profité de ta présence plus que jamais. On est si bien en ta compagnie! Un érable tout près nous offre son ombrage, quand le soleil tape trop fort. Comme il est agréable de se balancer tranquillement avec un bon livre ou un recueil de mots croisés! Et par les jours de grande chaleur, tu sais te faire accueillante, quand on se berce à deux, à trois ou à quatre… avec une boisson fraîche ou une bonne crème glacée!

photos jacmado 080806 112 (2)On ne peut se le cacher, là où nous sommes situés, il y a bien quelques inconvénients… Nous demeurons à proximité du Chemin du Roy; tout au long de la belle saison, tu dois donc comme nous subir le trafic incessant et surtout le vacarme infernal des motos, en particulier les fins de semaine. Heureusement, cela ne semble pas t’incommoder. Et puis, il y a quand même des avantages. Le décor est magnifique! Pendant que les oiseaux gazouillent dans les arbres, un petit suisse court le long des fils électriques ou téléphoniques… les papillons viennent butiner les fleurs tout près, sans demander la permission. Un grand aigle tourne très haut dans le ciel au-dessus des frênes et des saules qui bordent la rive du fleuve. C’est presque le paradis!

À l'arrière-plan, le vieux hangar où autrefois on ferrait les chevaux...

À l’arrière-plan, le vieux hangar où autrefois on ferrait les chevaux…

Quand le soir tombe et que le trafic ralentit, on entend le murmure des vagues, à la marée montante. C’est l’heure que je préfère… L’heure où j’ai envie de faire un retour dans le temps. Notre demeure est habitée depuis presque deux cents ans. Au début, avant la réfection de la route en 1937, notre maison ainsi que quelques voisines étaient placées au sud du chemin; à cette époque, le tracé de la route principale passait sur ce qu’on appelle maintenant la rue Saint-Laurent. Les trois ou quatre maisons dont je parle ont alors dû être transportées du côté nord. Nous avons aussi un hangar, qui fut jadis un atelier de forgeron; comme il n’a jamais été refait, il a toujours ses trois portes et la petite porte du fenil. Quand nous avons emménagé ici, il y avait encore des vestiges du feu de forge et des stalles pour les chevaux. Il faut que tu saches, ma chère balançoire, que tu es sise en sol historique!

Notre maison, du temps de la famille Rousseau, à l'intersection de la route Bouillé et de la "Route 2" (chemin du Roy).

Notre maison, du temps de la famille Rousseau, à l’intersection de la route Bouillé et de la « Route 2 » (chemin du Roy).

Souvent, j’essaie d’imaginer la vie des femmes qui m’ont précédée dans cette maison. Avant nous, la dernière famille qui a habité ici était les Rousseau; Madame Rousseau était une Julien, de Deschambault. Au début du siècle le propriétaire était Gédéon Perron et auparavant, il y eut une Dame Mac Cormack. Comment était la vie de ces femmes? Je me demande si elles apprécieraient les changements qu’on a apportés à la maison. J’aime à croire qu’elles étaient heureuses… Même s’il n’y avait pas encore de balançoire autre que les balançoires « à corde » des enfants, sûrement que les femmes de la maison devaient venir s’asseoir sur la galerie, par les beaux soirs d’été, quand les travaux du jour étaient terminés. Peut-être que, comme nous, elles se reposaient et causaient, en écoutant le murmure des vagues à la marée montante…

Chère balançoire, quand l’été reviendra, avec tous ses parfums, ses chants d’oiseaux, ses insectes piqueurs et bourdonnants, j’aimerais que tu te sentes en vacances toi aussi, même si tu ne changes jamais de décor et que tu ne fais pas de long voyage. Tu fais partie de notre été, tu partages nos moments de détente, tu berces aussi bien les rêves des plus jeunes que les discussions enflammées des adultes. Tu accompagnes doucement les voix des plus vieux qui se racontent leurs souvenirs. Tu es une compagne précieuse!

Patiente encore quelques mois… nous te reviendrons!

© Madeleine Genest Bouillé, février 2016

Images d’été

IMG_20150714_0001Mon premier été… j’avais huit ou neuf mois, on m’avait assise dans l’herbe haute, comme on peut le constater. Nous n’avions pas de tondeuse à gazon et pas de gazon non plus, juste de l’herbe, ou du foin si vous préférez. Ça ne nous empêchait pas d’être heureux, loin de là! La photo a été prise en avant de la maison sise au 249, Chemin du Roy. C’est dans la partie est de cette maison qui a été rallongée que les six derniers enfants de la famille Genest sont nés. À l’époque, il y avait des arbres devant la maison, une clôture et assez de terrain pour jouer.

Numériser0007Une image que j’aime bien, c’est cette photo avec mon petit bicycle tout en bois! J’étais alors chez Lauréat et Aurore Laplante. Lauréat, qui était menuisier, m’avait fabriqué ce petit véhicule peint en rouge et bleu, avec lequel je m’amusais bien sagement dans la cour. Je n’allais pas encore à l’école, mais je ne m’ennuyais jamais. Il y avait le chien, Buster, un chat, quelques chèvres dans un petit enclos. J’en avais un peu peur, mais j’aimais quand même aller les regarder et leur donner à manger. J’ai eu une belle enfance, du moins c’est ce dont je me souviens… N’est-ce pas l’essentiel?

IMG_20150714_0006Cette photo prise vers 1960 me rappelle les étés où je rendais visite à ma sœur et sa famille à Longueuil; le samedi, quand il faisait beau, nous allions pique-niquer au Parc Roman, quelque part au bord du Richelieu. Je ne me souviens pas dans quelle municipalité était situé ce parc. C’était comme dans la chanson : « Sur la route de Longueuil, de Longueuil à Chambly »… Il y avait de beaux endroits ombragés avec des bancs de pierre que j’imaginais très vieux… peut-être ne l’étaient-ils pas. Parfois, au retour, nous arrêtions dans un ciné-parc pour regarder un film, mes deux petits neveux faisant dodo à l’arrière de la camionnette de mon beau-frère. Quand je travaillais au Central du téléphone, c’était mon voyage de vacances!

IMG_20150714_0005Une photo prise « aux trois roches », sur la grève, où nous allions nous baigner. Je l’ai choisie parce qu’on y voit notre chien Bruno. En fait, nous avons eu Bruno I et Bruno II, deux chiens identiques, des bâtards d’épagneul, pour le peu que j’en sais. Je me souviens moins bien du deuxième; il est entré dans la famille après mon mariage… pour lui, je n’étais pas quelqu’un de la maison! Sur cette photo, il s’agit de Bruno I; il se tient tranquille parce qu’il est avec papa. Notre père était un homme calme, souriant, il ne parlait pas fort; Bruno devait se trouver bien avec lui… comme nous d’ailleurs. Et ça me rappelle aussi les trois roches, où nous allions toujours pour nous baigner et pour pique-niquer… Une image qui représente tellement bien les plaisirs de nos étés.

IMG_20150714_0007Puis un jour, un marin d’eau douce est entré dans ma vie… pour n’en plus sortir! Cette photo date de 1962. Le bateau devait être à quai quelque part à Québec ou à Lanoraie, ou bien mon marin avait décidé de prendre une petite vacance et il me faisait la surprise d’une visite inattendue. Cette photo est une image de bonheur; elle est donc essentielle dans l’histoire de mes étés.

IMG_20150714_0019Nos pique-niques! Quelques membres de ma famille ont eu au cours des années 60 jusqu’en 92, une maison ou un chalet près du fleuve. Imaginez si on en faisait des pique-niques! Voici une de ces images d’été, une parmi tant d’autres. J’ai choisi celle-ci parce que souvent sur ce genre de photos, on voit plus de dos que de figures ou encore les personnes sont éparpillées un peu partout. Cette photo date du début des années 70. Au fil des années, les enfants grandissent, il en arrive d’autres, de nouveaux conjoints s’ajoutent, le décor change un peu, les modes aussi… Mais c’est l’image même des petits bonheurs de nos étés. Ces petits bonheurs qui, s’ajoutant les uns aux autres, forment la trame du bonheur tout court!

IMG_20150115_0004L’été ça passe vite. Un beau matin, sans qu’on sache comment c’est arrivé, c’est le mois d’août! Cette photo de mes grands-parents Blanche et Tom Petit a certainement été prise au mois d’août. D’abord, je dois préciser que la rue Saint-Joseph, qu’autrefois on nommait tout bonnement « la petite route », était et est toujours de par sa situation géographique, une espèce d’Eden où l’on trouve les plus beaux potagers du village! Tout particulièrement, le jardin de ma grand-mère Blanche, qui est devenu par la suite le jardin de ses filles, était sans contredit LE plus beau jardin. Sur cette photo, prise après le souper – le « serein » tombe vite en août –, mes grands-parents sont l’image même des gens heureux. Après une grosse journée (y en avait-il de petites?), Blanche se repose en mangeant un épi de blé d’Inde, pendant que Tom fume une pipée de tabac canadien, qu’il a sans doute récolté dans son jardin. Ils ont l’air si bien! C’est l’une de mes photos préférées, une image apaisante, qui me fait aimer le mois d’août.

© Madeleine Genest Bouillé, juillet 2015