Je croyais au Père Noël

Eh bien oui, jusqu’à un certain âge, je croyais au Père Noël. Contrairement aux enfants des temps modernes qui le voient « en chair et en os » un peu partout dans les endroits publics et les parades, dans mon jeune temps, surtout à la campagne, nous n’avions que peu de chance de rencontrer ce sympathique bonhomme à barbe blanche, sauf si nos parents nous emmenaient aux grands magasins comme chez Paquet ou au Syndicat de Québec. Je précise que nous n’avions pas encore la télévision; nos images du Père Noël étaient celles qu’on voyait parfois sur la page couverture des magazines auxquels nos mères étaient abonnées, ou sur les journaux; et plus souvent qu’autrement, ces photos étaient en noir et blanc. Ce cher Père Noël n’avait donc pas plus de consistance pour nous que les anges ou les saints imprimés sur les images pieuses que nous recevions à l’école, en récompense de nos bonnes notes.

Parlons-en des bonnes notes! Après la classe des « petits » aux couvent, c’est-à-dire les 1ère, 2e et 3e années, on arrivait dans celle des 4e et 5e années. Nous n’étions plus des bébés. Et c’est là que j’ai vécu mes premiers vrais problèmes. J’avais appris à additionner et soustraire, c’était compréhensible, mais là, il fallait résoudre toutes sortes d’énigmes, avec des paniers de pommes et de pêches qu’il fallait distribuer et ça n’arrivait jamais égal pour tout le monde, ou encore des tartes divisées en  tellement de parts, que c’est à peine si on peut y goûter! Je n’y comprenais rien. Et j’étais tellement persuadée que je n’y parviendrais jamais que je ne me forçais pas du tout. D’après moi, la Sœur qui nous enseignait, aussi bien que mes parents, auraient dû comprendre que l’arithmétique, ça n’était pas pour moi! Alors, je négligeais de noter mes devoirs, je faisais un problème de temps à autre pour montrer ma bonne volonté, mais je laissais tout ce qui était trop difficile. Ce n’était pas de ma faute, je n’avais pas de talent pour les chiffres! J’étais vraiment incomprise.

Cette année-là, on m’avait dit que si je faisais des progrès en arithmétique, j’irais voir le Père Noël et je ferais un tour dans le nouveau petit train au magasin de la Compagnie Paquet. Je tentai de mettre un peu plus d’ardeur, mais j’avais pris du retard dans mes problèmes et j’ai évidemment échoué mon examen pour le bulletin de décembre. J’ai compris cette fois-là que les adultes sont parfois bien loin d’être gentils! Nous avons été magasiner à Québec; il me fallait des bottes d’hiver. On m’a même emmenée à l’étage du Père Noël. Là, je l’ai vu, de loin. J’ai bien vu aussi le petit train tout rouge, rempli d’enfants qui riaient et qui criaient de joie… et nous sommes redescendus, puis nous sommes sortis du magasin, nous avons repris l’autobus et nous sommes rentrés à la maison! Je croyais toujours au Père Noël, surtout depuis que je l’avais vu. J’espérais donc qu’après la punition que j’avais reçue, peut-être qu’il aurait pitié de moi et que je recevrais quand même des étrennes à Noël… Je ne me souviens pas ce que j’avais demandé, mais j’ai reçu les jouets désirés.

L’année suivante, quelqu’un m’avait suggéré d’envoyer une lettre au Père Noël en lui précisant ce que je désirais recevoir en cadeau. Je commençais à me demander s’il existait vraiment, même si, on l’entendait chaque jour à la radio, aux environs de 4 heures, lorsque que nous étions de retour de l’école. Au cours de cette brève émission, le Père Noël disait un court message, mais surtout, il défilait une liste de prénoms d’enfants, lesquels avaient, parait-il, été sages. J’écoutais chaque jour et mon prénom n’était jamais cité. Cela m’inquiétait bien un peu… pourtant il me semblait que je n’étais pas si tannante que ça. À l’école, ça allait bien, l’arithmétique me causait encore quelques problèmes, mais je m’en sortais quand même pas si mal. J’avais appris ma leçon l’année d’avant.

Je décidai donc d’écrire au Père Noël. On m’avait donné une adresse très facile à retenir : Père Noël,  O-O-O, Pôle Nord. Je me préparai en secret car j’avais un peu peur qu’on me taquine à ce sujet. N’ayant pas de papier à lettre, j’arrachai une page de mon cahier de brouillon afin d’y rédiger ma missive. Chaque année, en décembre, nous écrivions la lettre du Jour de l’An pour nos parents, laquelle était jointe à notre bulletin du mois de décembre. Je n’aimais pas cette lettre, car on copiait tous la même lettre que notre professeur avait écrite au tableau. Je pris quand même cette composition comme modèle. Une compagne un peu curieuse, qui trouvait sans doute que j’écrivais beaucoup, finit par découvrir que j’écrivais au Père Noël. Elle était un peu plus âgée que moi et elle se mit à rire : « Quoi? Tu crois encore au Père Noël? Voyons donc, c’est rien que des menteries! C’est bon pour les bébés.». J’étais en colère et je lui répondis : « C’est pas de tes affaires. » Je terminai ma lettre et, l’école finie,  je rentrai à la maison.

Mine de rien, je déposai mon enveloppe dûment adressée avec les autres lettres qui devaient être postées le lendemain. C’était ainsi qu’on procédait, on achetait au bureau de postes les timbres dont on avait besoin. J’étais donc certaine que ma lettre s’envolerait vers le Pôle Nord! Mais, comme on disait dans le temps, c’était « arrangé avec le gars des vues »! La lettre en question n’est pas allée plus loin que la porte… quelqu’un dans la maison l’a ramassée et s’est chargé de noter les demandes pour le Père Noël. Je me souviens que j’avais demandé un petit téléphone « à cadran », très nouveau, puisqu’on en était encore au téléphone avec un cornet acoustique accroché à une boite munie d’une manivelle avec laquelle on sonnait pour rejoindre le central. J’avais même précisé le numéro et la page dans le catalogue chez Simpson’s Sears. J’avais demandé aussi une maison de poupée. À Noël, j’ai reçu le téléphone, exactement celui que j’avais demandé, et qui était illustré dans le catalogue, j’avais aussi la belle maison de poupée en carton bleu. Mais je ne sais pourquoi, malgré que j’avais reçu les cadeaux commandés, je demeurais septique… Peut-être bien qu’au fond, je n’y croyais plus au Père Noël. Comme dans la chanson que chantait maman « J’avais passé l’âge »!

Noël 1951: la maison de poupée !

© Madeleine Genest Bouillé, 19 décembre 2017

La Bonne Chanson : saint Nicolas et le Père Noël

Quand j’étais enfant, je regardais longuement les images qui illustrent la chanson inédite de saint Nicolas, à la page 43, dans le premier album de La Bonne Chanson.  Le saint dont on nous parle dans la chanson est encadré d’une part de l’image des trois jeunes enfants qui ont l’air de bien s’amuser et d’autre part, par celle du boucher qui se tient près du tonneau, où l’on apprend que sont entassés les pauvres enfants qui ont été tués! Je ne manquais pas d’imagination… ma mère disait que j’en avais trop! Bien avant de pouvoir lire les paroles des dix couplets de la légende, je pouvais déjà me raconter l’histoire alors que je n’en voyais que les illustrations.

Je résume aussi brièvement qu’il est possible cette légende très ancienne. Trois jeunes enfants s’en allaient glaner aux champs. Le soir tombe et les enfants frappent à la porte d’un homme qui est boucher; ils demandent asile pour la nuit. Le boucher, qui est comme on disait dans le temps « un méchant », les accueille, les tue et les met au saloir «  comme pourceau », tel que précisé dans la chanson.

Sept ans plus tard, saint Nicolas passant par-là, frappe lui aussi à la porte de ce même boucher et demande à coucher. Le boucher, très convivial, accueille le saint évêque : «  Entrez, entrez, il y a de la place, il n’en manque pas! » Sitôt entré, Nicolas demande à souper : « Voulez-vous du jambon? » – « Je n’en veux pas il n’est pas bon. » – « Voulez-vous un morceau de veau? » – « Je n’en veux pas, il n’est pas beau! »

Et, alors, notre saint évêque « lâche le morceau » : « Je veux avoir du petit salé, qu’il y a sept ans qu’est dans le saloir. »  Quand le boucher entend ça, il prend la porte et il veut s’enfuir. Mais le bon saint Nicolas, très magnanime, l’attrape par un bras et lui dit : « Boucher, ne t’enfuis pas. Repends-toi, Dieu te pardonnera. »  Et alors, Nicolas va s’asseoir sur le bord du saloir et il interpelle les enfants qui y dorment depuis sept ans : « Petits enfants qui dormez là, je suis le grand saint Nicolas! »  Il étendit trois doigts, les petits se levèrent tous les trois, comme s’ils avaient tout simplement dormi.  Le premier dit : « J’ai bien dormi », le second : «  Moi aussi! », et le troisième : «  Je me croyais en paradis! » La chanson se termine ainsi : « De tout ceci, petits enfants, vous concluez assurément, qu’il faut aimer saint Nicolas. Et que je puis m’arrêter là! ».

Qui était-il ce grand Nicolas et quel rapport avec le Père Noël? On lit dans la biographie de ce saint très ancien, qu’il vécut à Patara en Lycie (Asie Mineure), de 240 à 320. Ces chiffres varient selon les sources, mais on se situe toujours entre le premier et le quatrième siècle après Jésus-Christ. Enfin, qu’est-ce que trois siècles! On fête ce saint bien sympathique le 6 décembre dans la majorité des pays d’Europe. Détail important : étant donné qu’autrefois cette fête avait lieu au début de l’Avent, on distribuait des bonbons et des jouets aux enfants en ce jour.

Saint Nicolas… Santa Claus… il n’y a qu’une bedaine entre ces deux patriarches! Mais voilà! Saint Nicolas ne connaissait pas les « hot dogs »! Il est cependant plausible qu’on lui attribue le fait qu’il soit l’ancêtre du Père Noël. Surtout que c’est aux États-Unis qu’il est devenu le bonhomme bedonnant vêtu de rouge, qu’on connaît maintenant. Et ce qui rapproche encore plus notre grand saint du Père Noël, c’est que tout comme ce dernier, Nicolas aimait beaucoup les enfants!

Moi, je raffole des légendes!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 29 novembre 2017

Ma lettre au Père Noël

Cher Père Noël,

J’espère que tu es en bonne santé. J’ai appris que tu avais perdu du poids, j’espère que ton costume te va quand même… Si tu voyais notre ministre de la santé, il a tellement perdu de livres qu’il a dû changer sa garde-robe au moins deux ou trois fois. C’est ce qui s’appelle « dégarnir une bibliothèque »! Bon, excuse le jeu de mots, c’était trop facile.

8d1ad910J’imagine que tu dois avoir encore un mois de décembre très chargé, avec beaucoup de commandes, pas toutes faciles à satisfaire. Mais ça, c’est ta vie et j’ose croire que tu es heureux ainsi. Ici, ça va bien, comme on dit « faut pas se plaindre le ventre plein ». Il y a tellement de gens démunis, sans abri, et cela, pas seulement dans les pays pauvres ou en guerre. Même dans notre beau Québec où règne l’abondance, il y a des personnes qui souffrent de la faim et aussi de solitude. Des gens qui, comme Marie et Joseph, ne trouveront pas de place pour passer la nuit de Noël. Je comprends qu’on ne peut pas toujours aider les malheureux, mais le moins qu’on puisse faire, c’est de remercier le ciel – ou qui vous voulez, selon vos croyances – pour tous les biens matériels que nous avons en abondance, et surtout pour  les personnes qui nous entourent et que nous aimons.

Une chose est certaine, le malheur des uns ne peut empêcher les autres d’être heureux. J’ai toujours aimé Noël et le temps des Fêtes et je ne crois pas que cela puisse changer. Malgré que des êtres chers sont partis, malgré les petits ennuis de santé – on ne rajeunit pas – et les inquiétudes dont chacun a sa part, oui, envers et contre tout, j’aime Noël! Chaque année je retrouve cette sorte de « grâce » faite d’un espoir tenace et aussi sans doute d’un reste d’enfance qui ne veut pas s’éteindre, enfin, ce que moi j’appelle « l’esprit de Noël ». Tu dois bien connaître cela, toi aussi, Père Noël, sinon comment ferais-tu pour continuer cette tâche surhumaine qui te fait parcourir le monde chaque  mois de décembre!

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Il serait temps que j’en vienne à « l’essentiel de mon propos ». Qu’est-ce que je demanderais bien pour Noël cette année? Tout d’abord, si tu commençais ta tournée en visitant les enfants malades, ceux dont c’est peut-être le dernier Noël. Il y a aussi tous ces jeunes maltraités, malaimés. Apporte-leur un peu de joie, de douceur. Ce serait un bon début; bien entendu, si tu veux ajouter quelques « bébelles », c’est toujours bienvenu!

pere-noel-5556Je suis encore sortie du sujet pour lequel je t’écris. Qu’est-ce que je vais demander en cadeau cette année? En fait, je veux surtout que ce soit une surprise. Ce n’est pas la grosseur, ni la valeur du cadeau qui compte pour moi, c’est la « surprise »! Tu comprends, c’est pour cette raison que les enfants d’aujourd’hui sont si difficiles à contenter; ils ne rêvent pas, ils ne souhaitent pas : ils commandent. Ils ajoutent même le coût de l’article demandé sur leur liste. Ce n’est pas ça, un cadeau! Elle est où alors, la magie de Noël? Dans l’emballage, peut-être? Sincèrement, comme dans la chanson Trois anges, ce que je désire le plus ardemment, c’est « le bonheur pour tous ceux que j’aime »! Et pourquoi pas aussi ceux que j’aime moins… Quand les gens sont heureux, ils sont plus aimables, n’est-ce pas?

saint-nicolas2Enfin, si tu ne sais pas quoi m’apporter, je vais te faire une confidence : j’aime beaucoup les chocolats de Julie Vachon, notre vaillante chocolatière. J’en achète parfois, mais c’est pour les offrir, pas pour moi! Je ne saurais lesquels choisir, ils sont tous aussi excellents les uns que les autres! Si c’est trop te demander, ne te casse pas la tête, deux ou trois « Cherry Blossom », ça fera l’affaire.

Merci, cher Père Noël de m’avoir lue jusqu’au bout et merci à l’avance pour le cadeau. Je te souhaite un Joyeux Noël et une très bonne année 2017!

Mado  Genest

© Madeleine Genest Bouillé, le 12 décembre 2016