« À quoi qu’on joue? »

Comme si c’était hier… je revois les amis de mes jeunes frères arriver chez nous, vers midi et demie, les beaux jours de vacances, et même les jours moins beaux. Je me rappelle surtout de Jean-Claude, qui demandait toujours : « À quoi qu’on joue? »

Vendredi dernier, à l’occasion de la Journée Mondiale du Livre et du droit d’auteur, la Biblio du Bord de l’eau recevait un collectionneur de jouets anciens, Jean Bouchard, originaire du Lac Saint-Jean. Monsieur Bouchard avait apporté une quantité de jouets de toutes sortes, datant de 1939 à 1969.  Il a d’ailleurs publié un livre abondamment illustré où il parle de tous ces jouets. Quelle soirée intéressante! Le bonheur de retomber en enfance!

Tel un magicien sortant un lapin de son chapeau, notre invité commence à exhiber ses trésors. Voici une poupée « avec pas de cheveux » : « J’en ai eu une pareille! » Et  apparaissent la corde à danser, la balle en caoutchouc bleu-blanc-rouge, une toupie musicale, des autos en plastique et en métal, un petit poêle avec un four; chaque jouet est ponctué de  « Oh! J’en avais un comme ça » ou « Ah oui! Je m’en rappelle ! » ou « Si j’ai joué avec ça! » Et voilà que le magicien nous présente un catalogue de Noël. La nostalgie envahit l’assistance… qui parmi nous n’a pas choisi ses cadeaux de Noël dans le catalogue chez Simpson’s ou chez Eaton, à moins que ce soit chez Dupuis & Frères.

C’est maintenant le tour des jouets d’hiver. Monsieur Bouchard exhibe un « traîne-fesses », c’est le nom le plus poli qu’on peut utiliser pour identifier cet engin. L’objet en question est fait d’un ski coupé, sur lequel on a fixé une bûche, écorcée ou non et, sur la bûche est clouée une planche qui sert de siège. Les hommes d’un certain âge présents  semblent tous avoir connu ce véhicule, si on peut appeler cela ainsi. Mes frères glissaient avec ce jouet casse-cou dans la côte en face de chez nous. J’ai essayé ça moi aussi… on prenait de méchantes culbutes! Pour faire suite, de vieux bâtons de hockey, des patins à deux lames qui ont sûrement été chaussés par plusieurs petits joueurs, et un magnifique chandail en vraie laine rouge, à l’effigie du Canadien de Montréal, nous ramènent au temps où tous les petits garçons, ou presque, rêvaient de devenir des Maurice Richard ou des Jean Béliveau!.

Puis vient le tour des jeux de société. Un beau damier à deux faces, sûrement ancien, un jeu de hockey sur table, des cartes à jouer, un jeu de serpent-échelle; des jeux que nous avons tous connus, et quoi encore! Le conférencier mentionne aussi parmi les jeux « pour jours de  mauvais temps », les « scrap books »… et me sont alors revenus les souvenirs de ces fameux cahiers où l’on collait n’importe quoi n’importe comment, pour occuper  justement les journées où il n’y avait rien à faire dehors. On s’amusait bien et ça ne coûtait presque rien! Je n’ai pas vu cependant dans la panoplie de notre collectionneur notre « jeu de pichenotte ». Quand on était capable de lancer les dames dans un des coins du jeu, d’une seule « pichenotte », on était assez grand pour être admis parmi les vrais joueurs. Chez nous, quand il y avait des fêtes, la table de jeu était toujours sortie et les joueurs se succédaient, espérant chaque fois être le meilleur! Cette table carrée, plantée sur un pied, avec des poches aux quatre coins, existe toujours dans la maison familiale… et il y a toujours quelqu’un qui en joue!

Après la conférence, on échange entre nous sur ce que nous rappellent les différents jouets étalés devant nous.  Un « petit jeune » dans la quarantaine se souvient qu’il avait eu un View-Master et qu’il aimait donc ce jouet! Trente ans plus tôt, j’en avais reçu un moi aussi et ce fut un de mes jouets préférés. Le mien était noir, le sien était rouge, mais la magie créée par cette petite boîte à images était la même d’une époque à l’autre.

Tout en dégustant quelques raisins et des cubes de fromage, accompagnant une coupe de vin, on en vient à parler des jouets de combat : pistolet à pétard ou à eau, bouclier et hache de guerre en plastique; enfin, l’attirail nécessaire pour jouer aux cow-boys et aux Indiens, ou à la police et aux bandits. Jadis, tous les garçons – et souvent des filles aussi – ont joué à ces jeux où il y avait les « bons » et les « méchants ». Aujourd’hui, les seules guerres permises aux enfants sont celles où ils « pitonnent » devant des images de super héros tous plus affreux les uns que les autres, qui font tout exploser, dans des bruits de fureur. Les enfants d’autrefois faisaient autant de bruit, en criant, en courant et en se bousculant… mais au moins ils bougeaient! Il n’est que de regarder les photos que mon petit frère Fernand prenait avec son « kodak » pour constater combien les combattants prenaient leur tâche à cœur!

Chez nous, quand nous étions enfants, nous n’avions pas beaucoup de jouets achetés au magasin, mais quand les amis arrivaient à la maison en demandant : « À quoi qu’on joue? », on trouvait toujours quelque chose à faire.

Merci Monsieur Bouchard pour cette belle soirée qui nous a permis de renouer avec notre enfance. C’est un beau cadeau!

© Madeleine Genest Bouillé, 25 avril 2017

Bonjour Noël!

Une autre chanson de Noël qui me rappelle des souvenirs de mes jeunes années: Bonjour Noël, une chanson joyeuse, qui était chantée au couvent lors du récital de Noël par les élèves de la classe des petits.

« Bonjour Noël! Voici que dans les rues
La neige est revenue
Comme un tapis tout blanc… »

Enfin! Cette année, tout annonce un Noël blanc! Mais il ne faut pas crier « victoire! » trop vite. Si vous avez lu Les caprices de l’hiver, vous savez que Dame Nature peut parfois nous réserver des surprises. Mais quand même, espérons que la neige demeure en place au moins jusqu’après le Jour de l’An, les décorations des Fêtes sont tellement plus belles dans ce décor blanc.

« Bonjour Noël! Bonjour belles vitrines
Qui le soir s’illuminent
Pour la joie des passants… »

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Source photo: Tourisme Portneuf

Ah! les vitrines! Après les catalogues des magasins Eaton et Simpson’s, les vitrines concrétisaient nos espérances de cadeaux. Quand j’étais enfant, il était très rare qu’on nous emmène magasiner à Québec. Ça prenait une excellente raison, soit par exemple, la nécessité d’acheter des chaussures, qu’il fallait essayer. Alors les seules vitrines qu’on connaissait, c’était celles des magasins de Deschambault. La grande fenêtre au deuxième étage du Magasin Paré était toujours joliment décorée pour Noël! J’aimais beaucoup aller au « deuxième » chez Paré, surtout à ce temps de l’année. En bas, on trouvait les choses utiles : la « grocerie », les « cannages », les outils, la peinture; la seule denrée intéressante pour les enfants, c’était les bonbons. En décembre, il y en avait pour tous les goûts! Des « tuques » en chocolat, des bonbons français, des bonbons durs de toutes les couleurs, sans oublier les petits poissons rouges et blancs, à la cannelle ou au clou de girofle. Au « deuxième », il y avait toutes sortes de belles choses : de la vaisselle et des bibelots, des coutelleries, de la lingerie fine, et puis, évidemment, des jouets! Je me souviens de l’épouse de Monsieur Narcisse Paré – c’était du temps où les femmes portaient le nom de leur époux – elle régnait sur son étage, comme une actrice sur une scène. Plus tard est arrivée Madame Jeannette, l’épouse de Monsieur Raymond, moins gênante et toujours si gentille et souriante. Elle était secondée par Mademoiselle Bibiane, une personne un peu effacée, qui ne parlait pas fort, mais qui cadrait bien elle aussi dans ce décor victorien. Vraiment, le deuxième étage de notre magasin général, c’était un étage « pour Dames »!

« Les petits nez s’écrasent
Pour mieux les admirer.
Et les yeux pleins d’extase
Sont tout émerveillés. »

Juste en face de la rue de l’Église, était situé le magasin de Mademoiselle Corinne Paris, celui que mes enfants appelaient « le petit magasin vert ». Au temps des Fêtes, la vitrine était illuminée et Mademoiselle Corinne y exposait diverses choses à offrir en cadeaux. Sur l’annonce publicitaire, on lisait « marchandises sèches et cadeaux ». L’expression « marchandises sèches » désignait une foule de choses, dont les seules qui étaient comestibles étaient les bonbons, chocolats et pastilles pour la toux! Elle avait du choix, Mademoiselle Corinne! Elle tenait des livres, format « poche »… plus tard, je suis devenue une fidèle cliente des « Marabout Mademoiselle ».  On y trouvait aussi du papier à lettre, des cartes de souhaits, des bibelots, des jouets – je me souviens qu’elle vendait de beaux cahiers à découper. Elle avait aussi de la lingerie … qu’elle tenait rangée dans les tiroirs derrière le comptoir.  Elle sortait ses trésors de nylon ou de coton sur demande, et seulement s’il n’y avait pas d’enfant dans le magasin, ou pire encore, un homme!

« Bonjour Noël!  Chacun fait sa demande
Toutes les mains se tendent
Vers les jouets rêvés… »

sears1955À l’époque, on ne faisait pas de liste de cadeaux. On se contentait de mettre des « X » sur les choses qu’on préférait dans le catalogue de Noël… et on espérait! Parfois, quand nous étions allés faire des commissions à l’un ou l’autre magasin, en revenant, on parlait des jouets qu’on avait vus. Mine de rien, on disait: « Mamzelle Corinne, elle a un petit  téléphone, presque pareil que celui dans le catalogue…» ou encore : « En haut, chez Paré, il y a un beau jeu de Serpent-Échelles, je pense qu’il coûte pas trop cher. » On savait déjà qu’il ne fallait pas choisir des objets trop chers! Jusqu’à la veille de Noël, on rêvait en feuilletant le catalogue… Les pages de jouets étaient racornies et marquées de « X » un peu partout, sans compter les barbouillages laissés par les plus jeunes qui ne savaient pas encore faire de beaux « X » ! Heureuse enfance, dont les rêves, étant accessibles, deviennent presque toujours réalité…. Et sinon, c’est que la réalité est encore plus belle que le rêve!

 « Bonjour Noël!  Sonnez, sonnez clochettes!
C’est aujourd’hui la fête de la terre et du ciel.
Bonjour Noël!

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 © Madeleine Genest Bouillé, 19 décembre 2016