Si on parlait de l’église… 2e partie

Comme beaucoup de gens ayant atteint un âge vénérable, notre église a connu plusieurs « opérations », des ajouts, des retraits… toujours dans le but d’améliorer le décor et l’utilité de l’édifice. En consultant divers documents, dont celui qui a paru dans le journal communautaire Le Phare en 1978, on apprend qu’en 1893, un orgue a été installé au jubé; il s’agit de l’orgue actuel, un Warren, instrument réputé pour sa solidité et la clarté de son timbre. Cet orgue a été classé en 1965, tout comme l’église et son décor intérieur. En 1894, on procède à la bénédiction des stations du Chemin de la croix; il est à remarquer que le coût de ces tableaux a été payé par les familles, dont on peut encore voir les noms des donateurs sous chacun des tableaux. Et en 1899, on décida d’installer une fournaise… comme on dit souvent « plus ça change, plus c’est pareil »! Réchauffer l’église aura donc toujours été un problème! Enfin, en 1905, plusieurs travaux de rénovation sont exécutés : les dorures de l’intérieur de l’église sont rafraîchies par J.H.A. Marcoux, un artiste peintre. Le sculpteur F.P. Gauvin complète les ornements des médaillons des portes du chœur. Les six verrières sont mises en place et on construit des « bergères » qui prendront place au milieu de l’allée centrale; ces bergères seront enlevées lors des travaux des années 50. Pour terminer cette longue période de travaux, en 1906, le perron de pierre et le grand trottoir sont construits.

Les années 50 marqueront une période de travaux qui, soi-disant pour le mieux, ont quand même changé l’apparence de l’église, à l’intérieur et aussi à l’extérieur. Tout d’abord, on a enlevé les bancs carrés qu’on appelait familièrement les « boîtes à beurre », pour les remplacer par des bancs plus modernes et, il faut bien l’avouer, plus confortables… mais qui, selon certains experts, ne vont pas vraiment avec l’architecture du reste de l’édifice. Dans la même veine, on a enlevé les petits jubés, qui encadraient l’orgue de chaque côté; on accédait à ces jubés, qu’on appelait « le troisième ciel », par un étroit escalier le long du mur arrière de l’orgue. Pour ce qui est du « banc d’œuvre », qui était jadis adossé au mur, en avant de l’allée latérale du côté sud, on l’aurait modifié et teint de la même couleur que les autres bancs, pour ensuite le placer en avant de l’allée centrale, côté sud toujours.

Ancienne carte postale de l'église...

Ancienne carte postale de l’église…

Dans ce même élan de changement, l’autel principal a été amputé de l’étage du haut, qui était constitué de trois niches dont chacune logeait une statue. Quelqu’un a jugé que cet étage était de trop! On avait aussi repeint en gris les six statues qui étaient alors attribuées à L.T. Berlinguet; peut-être qu’on voulait leur donner l’aspect de la pierre, mais vraiment, elles ressemblaient à d’affreux fantômes! Quand on rappelle cette période de gros travaux à l’église, c’est sans contredit, la réfection des clochers, qui fut le plus gros changement. Évidemment, pour ceux qui n’ont pas connu l’aspect de l’église auparavant, il est difficile de comparer. Mais, en 1957, ces clochers ont beaucoup fait jaser! Surtout, que les gens du village ont pu suivre l’évolution des travaux, à commencer par la descente des cloches; on ne les avait jamais vues d’aussi près! Je me souviens quand j’allais au couvent; on s’arrêtait souvent pour regarder les travaux; certaines élèves, parmi les plus grandes, saluaient de leur plus beau sourire les travailleurs, sans aucun doute pour les encourager!…

On ne peut parler de l’église sans s’arrêter aux six statues qui ornent le haut du chœur. Dans une brochure intitulée Les Baillairgé à Deschambault, publiée par le Musée du Québec en 1999, on nous rappelle que, « originellement, le Christ et la Vierge étaient entièrement dorés, tandis que les quatre autres personnages étaient polychromes. Les six statues ont pour la plupart connu trois repeints complets successifs, correspondant à autant de campagnes de rafraîchissements de l’intérieur de l’église (1905, 1956 et 1980) ».

Justement, lors de la réfection de 1980, on a refait la peinture de l’intérieur de l’église, tout en gardant sensiblement les mêmes couleurs, sauf qu’on a enlevé la petite touche de   turquoise qui ornait les médaillons. Ce n’était pourtant qu’un petit détail, mais pour ceux qui ont connu « l’avant », l’après était moins beau. On a aussi repeint (encore!) les six statues, cette fois, dans les mêmes teintes que le reste de l’intérieur de l’église.

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(Source: Musée virtuel de Deschambault, CLDG).

Enfin, en 1999, après une restauration minutieuse qui a duré près de deux ans, nos six statues ont retrouvé leurs socles, de chaque côté du chœur, ainsi que leur auteur : Le Christ et la Vierge sont de Thomas Baillairgé et les autres de François Baillairgé. Vous voulez savoir qui elles représentent? On reconnaît facilement les deux statues dorées, lesquelles figurent le Christ et la Vierge. Identifions maintenant les autres : celui qui porte la tiare du pape, est Saint Grégoire le Grand; le Roi, avec sa couronne et son sceptre, Saint Louis, qui fut roi de France; le prêtre vêtu de sa chasuble, représente Saint Ignace de Loyola et l’autre prêtre, plus sobrement vêtu, avec sa croix, figure Saint François-Xavier.

Notre église est remarquable! Nous devons en être fiers… dans un avenir assez rapproché, elle aura à jouer plusieurs rôles, bien différents de ceux auxquels elle a été habituée. Qu’on le déplore ou qu’on l’approuve, il est à espérer que les rôles qu’on lui attribuera respecteront ce qu’elle a été pour les gens de Deschambault tout au long de ces 180 années.

© Madeleine Genest Bouillé, 19 février 2017

Vue actuelle de l'intérieur de l'église (photo: © Patrick Bouillé).

Vue actuelle de l’intérieur de l’église (photo: © Patrick Bouillé).

Si on parlait de l’église…

Du fleuve ou de la route, on la voit de loin. Telle une forteresse sur le Cap Lauzon, l’église de Deschambault domine le décor environnant depuis 180 ans. À ce sujet, les premières lignes d’un vieux cantique me reviennent en mémoire : « Temple témoin des premiers vœux, et du bonheur de l’innocence, je te dois, image des cieux, les plus beaux jours de mon enfance… »

Qu’on la vénère comme témoin de la foi de nos ancêtres, qu’on l’aime parce que c’est le plus beau joyau de notre patrimoine local, ou qu’on l’admire en tant que monument d’une grande valeur architecturale, recelant plusieurs œuvres d’art, notre église ne peut laisser personne indifférent.

Dans le journal municipal Le Phare de novembre 1978, on avait publié l’histoire de « nos églises », le temple actuel étant le deuxième. Dans l’Histoire, on dit que la première église était orientée vers l’est, légèrement plus au sud que l’église actuelle. Il s’agissait d’une construction de style roman. À l’intérieur on y retrouvait le tableau « La Vision de Saint-Antoine », qu’on peut encore voir dans notre église. De l’histoire de cette première église, on retient surtout ce passage où l’on raconte qu’en 1759, une frégate anglaise qui remontait le fleuve, tira un boulet de canon qui transperça de part en part le mur de l’église, près de la toiture.

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Église Saint-Joseph, avec ses anciens clochers de bois.

En 1833, on élaborait des plans pour la construction d’une nouvelle église.  Il est noté que les matériaux de l’ancienne furent utilisés pour l’édification de la salle publique (Salle des Habitants).  Thomas Baillargé fut désigné pour tracer les plans de la future église.  Le 7 juillet 1835, l’évêque de Québec, Mgr. Joseph Signay, présidait à la bénédiction de la première pierre. Et le 24 décembre 1838, M. le curé François Morin bénissait la nouvelle église.

Ce qui frappe tout d’abord celui qui la voit pour la première fois, ce sont ses dimensions. Pourquoi une église aussi imposante pour un village, somme toute, plutôt petit? À ce propos, il est utile de rappeler que lors de la construction de l’église en 1837, les limites de Deschambault s’étendaient beaucoup plus loin, au nord et au nord-ouest, puisque les paroisses de Saint-Alban, Saint-Gilbert et Saint-Marc-des-Carrières n’étaient pas encore fondées. De plus, à cette époque, tous les paroissiens fréquentaient l’église et ce, malgré l’éloignement et les mauvais chemins, sous peine d’être traité de mécréant!

Mais, retournons admirer notre église… Ce qui retient l’attention en plus de l’imposante façade, c’est la double rangée de fenêtres. On dit que l’architecte Thomas Baillairgé a voulu ainsi accorder la même importance aux deux étages. À l’intérieur, on remarque en effet la structure des deux jubés latéraux. L’architecture intérieure toute de bois, a été exécutée de 1840 à 1850 par le sculpteur André Paquet, toujours d’après les plans de Baillairgé. Paquet a aussi été le maître d’œuvre de beaucoup d’autres ouvrages; entre autres, la chaire, une merveille de sculpture ornementale, et les trophées du sanctuaire – panneaux décorés de chaque côté du chœur –  qui sont remarquables.

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Église en 1957, avec les clochers actuels. À remarquer: le motif ornemental des portes du cimetière, et l’un des anges sculptés par Louis Jobin.

Durant la saison estivale, notre église est chaque année de plus en plus fréquentée par les touristes qui proviennent de tous les points du globe. Vraiment, il y a là de quoi être fiers… car bien avant les touristes, ce sont d’abord nous, les paroissiens de Deschambault, qui devons être les premiers admirateurs et les gardiens de notre patrimoine. N’est-ce pas?

À bientôt pour une autre page de l’histoire de notre église…

© Madeleine Genest Bouillé, 16 février 2017

(Pour plus d’information sur le patrimoine religieux de Deschambault, on peut consulter le Musée virtuel du 300e.)