Jeux d’hiver 2

 Même s’il a commencé tôt,  j’ai bien l’impression que  cet hiver n’a pas envie de lâcher prise, il faudra  s’y résigner! Je me rappelle, quand on était jeunes, on ne la trouvait jamais trop longue cette saison! On s’amusait avec peu de choses. Notre vieille route, qui s’appelait encore «  la route à Morin »,  longeait un côteau, pas bien gros, juste assez pour qu’on y glisse avec tout ce qui nous tombait sous la main.  C’était cette même côte, à l’ombre du gros orme où, en été, on jouait à «  En bas de la ville »… Elle n’existe plus, on a rempli le champ marécageux  où parfois, les soirs d’hiver,  quand on ne se couchait pas à «  l’heure des poules », on pouvait voir rôder furtivement un renard; si je me souviens  bien, quelqu’un dans le coin possédait un poulailler… Enfin, un bon jour, le propriétaire de ce terrain inutile y a construit quelques maisons.

Mon frère Roger et son petit traîneau…

On avait une belle variété de «  jeux d’hiver ». Pendant que les grandes personnes faisaient du ski de fond dans les champs ou qu’elles évoluaient sur la patinoire du village, nous on glissait sur les pentes de notre côteau. Traînes sauvages, traîneaux, cartons, tout était bon; c’était bien avant les « crazy carpets ». Mes grands frères  avaient aussi  confectionné des «  traînes-fesses », qu’on appelait aussi «  branle-cul » Ce bolide était fabriqué  à partir d’un vieux ski coupé sur lequel on avait cloué une  bûche d’environ 2 pieds  de hauteur et sur cette bûche on avait fixé  une planche faisant office de siège. Ça marchait, ou plutôt, ça glissait! Cet engin n’était pas exempt de risques; la moindre bosse dans la côte nous faisait basculer, alors que le «  traîne-fesse » poursuivait sa route! Mais comme pour tous les sports, il y avait des «  pros » qui ne tombaient jamais ou presque jamais. Pour les plus jeunes, il y avait le petit traîneau sur lequel on avait cloué solidement une «  boîte à beurre » en bois. Un plus grand était alors désigné pour  faire la promenade. Même s’il manquait d’élégance, ce traîneau était solide et il devait sûrement être confortable puisque mon petit frère ne s’en plaignait jamais.  Il n’y a pas à dire, on était inventif à cette époque!

La rue Johnson enneigée en 1961 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Quand la neige était «  mottante », comme on disait dans le temps, aucun plaisir n’égalait celui  de construire un beau bonhomme de neige. Sauf peut-être celui de faire une bataille de «  mottes » de neige… Même si parfois ça tournait mal; mais ça, généralement, c’était quand les grands s’en mêlaient.  On avait construit un fort qu’on retapait à chaque bordée de neige; rendu au mois de mars, il était impressionnant! Mais voilà! La bagarre prenait entre ceux qui étaient à l’intérieur du fort – les plus jeunes – et ceux qui voulaient y entrer – les «  grands ». Habituellement, les jeux cessaient quand on se faisait rappeler que les devoirs n’étaient pas faits. Même si on tentait de négocier encore quelques minutes, ça ne marchait jamais!

Avec Colette et Madeleine, 1948 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Parlons de la pêche sur le fleuve! Quand la glace était prise solidement, aux environs du quai il y avait parfois une bonne quinzaine de cabanes, peut-être plus. Et ça pêchait! Quand on partait pour «  faire la marée », il fallait d’abord être  chaudement vêtu, surtout pour la marée de nuit; sur le fleuve, le vent vient de loin!  Le traîneau était chargé : du bois de poêle,  du foie pour appâter les lignes,  et plein d’autres accessoires, surtout un bon lunch et un «  petit remontant », quand même, dans la cabane à pêche, dès qu’on était un peu loin du poêle, c’était pas chaud!  Je n’oublierai jamais les froides nuits de pleine lune, quand on revenait, le traîneau  chargé cette fois, de  «  petites morues », comme on appelait alors  le  petit poisson des chenaux.  Il y avait quelque chose   de fantastique dans cette  randonnée sous le ciel étoilé,  avec  la glace qui craquait sous l’effet de la marée.    Vraiment, c’est quelque chose d’inoubliable!

De tout temps, il y a eu des jeux d’hiver  pour les adultes autant que pour les enfants.  Sur la patinoire de l’O.T.J. il y avait des joutes  de hockey et vers la fin des années 50, on a découvert le ballon-balai.  En plus des équipes de gars, il y avait aussi des équipes de filles. Parmi celles-ci  on retrouvait d’excellentes joueuses; entre autres, ma tante Gisèle, qui jouait à la défense. Quand elle était sur la glace, personne ne passait!  Ce sport avait l’avantage  de ne pas être dispendieux, du moins au début.  On faisait le tour du voisinage pour ramasser tous les vieux balais qu’on pouvait trouver; après les avoir coupés, on les enroulait de «  tape à hockey » et comme on dit : «  Ça faisait la job! »  Au début, garçons et filles jouaient chaussés de bottes d’hiver ou de « claques ». Ensuite, on eut l’idée de coller des morceaux de «  styrofoam » en dessous de simples espadrilles. Enfin ce sport devint lui aussi «  organisé », les joueurs et joueuses étaient alors .équipés de chaussures adaptées et de casques protecteurs, car ça peut frapper fort un ballon gelé!

Ballon-balai fin des années 60 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Évidemment l’O.T.J., comme tous les organismes bénévoles, devait faire des activités de financement. Chaque hiver, il y avait donc un carnaval, avec des duchesses commanditées par l’une ou l’autre entreprise locale.  Chaque  duchesse avait un lot de billets à vendre et le soir du couronnement, la demoiselle qui avait vendu le plus de billets devenait pour   une fin de semaine, la Reine du Carnaval!  Pour faire une belle histoire, j’ajoute ceci; une certaine  année, un   intendant  eut le coup de foudre pour sa duchesse.  Ce sont des choses qui arrivent! Comme dans les contes de fées, celle-ci fut élue reine! Après le carnaval ils ont continué de se fréquenter …si bien qu’après  quelque temps, ils se sont mariés!

Vraiment, les jeux d’hiver du temps de ma jeunesse n’avaient rien à envier aux jeux d’été!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 février 2019

Cabanes à pêche sur le fleuve, 1977 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

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Jeux d’hiver

IMG_20160104_0008J’ai tellement parlé des jeux d’été… il faudrait bien que je parle de ceux qui égayaient nos hivers. Surtout maintenant qu’on a de la neige! Quand j’étais jeune, les jeunes filles et les jeunes gens faisaient du ski. À Deschambault, s’il n’y a pas de montagne digne de ce nom, on a bien quelques buttes, et il était toujours possible de faire du ski de fond. Je ne connais pas la jeune fille qui pose pour cette photo, mais elle vivait à Deschambault, dans les années 40.

IMG_20160119_0008Quand on avait des vieux skis cassés, s’ils étaient d’une certaine longueur, on les coupait, on y clouait une bûche – écorcée ou non, et une planche de travers qui servait de banc; et voilà! On avait un « traîne-fesse » ou un « branle-cul », si le mot ne vous offusque pas. C’est dommage, je n’ai malheureusement pas de photo de ce bolide qui amusait une bonne partie des jeunes de mon époque. Chose certaine, on était inventif dans le temps, il n’est que de voir le superbe petit traîneau dans lequel on promenait mon petit frère qui avait à peine deux ans sur la photo; une « boîte à beurre » fixée solidement sur un petit traîneau, ça faisait l’affaire!

IMG_20160119_0004Quand la neige est « mottante », comme on disait dans le temps, il n’y a pas de plaisir qui égale celui de faire un beau bonhomme de neige. Avec mes amies Colette et Madeleine, nous en avions fait un; d’après mes souvenirs, nous y avions mis beaucoup de temps. Il n’était pas rond, comme la plupart de ses pareils, c’était un grand bonhomme élancé, la taille fine… Pour qu’il soit encore plus grand, il avait une chaudière rouge sur la tête. Heureusement, Madeleine était grande, car Colette et moi n’aurions jamais été capables de finir la tête! Cette photo a été immortalisée sur une toile de Colette, qui est peintre; elle y a ajouté un petit chien… comme elle le fait sur presque toutes ses œuvres.

ballon balai 67-70Dans ma jeunesse, le sport d’hiver à la mode était le ballon-balai. C’était nouveau et tout le monde pouvait jouer. Au début, les garçons – et aussi les filles – jouaient chaussés de bottes d’hiver ou de « claques ». Un peu plus tard, on eut l’idée de coller des morceaux de « styrofoam » en dessous de simples espadrilles. Enfin, ce sport devint lui aussi « organisé », les joueurs et joueuses étant alors équipés de chaussures adaptées et de casques protecteurs, car ça peut frapper dur un ballon gelé! La photo qui date je crois de 1967, a été prise lors d’un tournoi à St-Léonard… on peut voir les joueurs de l’équipe gagnante, de Deschambault. L’autre photo date des années 70, les joueurs sont plus jeunes, on y voit quelques membres de la famille Parent et on reconnaît le « coach », le regretté Marc Gariépy, qui ne ménageait pas son temps pour encourager les jeunes dans les sports d’équipe, été comme hiver!

IMG_20160119_0006Dans mon livre Propos d’hiver et de Noël, dans le texte Au temps du ballon-balai, j’évoque aussi les carnavals de l’O.T.J. Je n’ai pas de photos de ces activités carnavalesques et des bals avec les duchesses et les intendants, et c’est vraiment dommage; elles avaient beaucoup d’allure nos duchesses vêtues de leur costume de sport ou de leur robe de bal. Dans les années 90, après une éclipse de presque vingt ans, le Club Optimiste a fait revivre pour un temps le carnaval d’hiver. On voit ici une soirée carnavalesque en 1995, les sièges des duchesses sont encore vides… mais on peut voir le maire qui remet les clés de la municipalité au Bonhomme Carnaval, selon la coutume!

fete sucreQuand on aime l’hiver, on en profite jusqu’à la fin! Ainsi comme on peut le voir sur cette photo des années 40, quoi de plus amusant qu’une partie de sucre! Je ne reconnais pas tous les participants à cette belle activité où tout le monde semble très heureux… Ça se passait à Deschambault, je sais que certains sont décédés, d’autres ont aujourd’hui quatre-vingt ans et plus. Ça donne envie de chanter : « En caravane, allons à la cabane, on n’est jamais de trop pour goûter au sirop… au bon sirop d’érable! »

© Madeleine Genest Bouillé, 21 janvier 2016